Débat sur la culture

Je viens de regarder l’émission “on est pas couché” avec Laurent Ruquier sur France 2. Invités : Benoît Hamon, Kool Shen, Philippe Torreton, Frédéric Lopez, Nathalie Dessay et, invité surprise, Christian Audigier. il ne me vient que ces quelques mots à l’esprit :

Certains, aujourd’hui, trouveront de la culture en constant que la façon dont le clochard leur demande de l’argent est aussi réaliste qu’un roman d’Emile Zola, poétique qu’un poème de Baudelaire et aussi alcoolique que des vers d’Apollinaire.

J’ai beaucoup apprécié cette émission parce que les invités (hors suprise) étaient à la fois intéressants et choisis de manière cohérente, en ce qu’ils apportent tous une pierre à l’édifice de la culture française.

Au risque de paraître un peu réac et même si la culture ce n’est pas que Mozart, Brecht et Rembrandt, je crois que la culture n’admet pas le n’importe quoi…

Publié dans:  on 8 novembre 2009 at 2:15 Laisser un commentaire

Nation, Europe, fédéralisme

Vous parlez à bon droit de garanties contre le retour de rêves malsains ; mais quelle garantie vaudrait celle de l’Europe, consacrant de nouveau les frontières actuelles et interdisant à qui que ce soit de songer à déplacer les bornes fixées par les anciens traités ? Toute autre solution laissera la porte ouverte à des vengeances sans fin. Que l’Europe fasse cela, et elle aura posé pour l’avenir le germe de la plus féconde institution, je veux dire d’une autorité centrale, sorte de Congrès des Etats-Unis d’Europe, jugeant les nations, s’imposant à elles, et corrigeant le principe des nationalités par le principe de fédération. Jusqu’à nos jours, cette force ne s’est guère montrée en exercice que dans des coalitions passagères contre le peuple qui aspirait à une domination universelle ; il serait bon qu’une sorte de coalition permanente et préventive se formât pour le maintien des grands intérêts communs, qui sont après tout ceux de la raison et de la civilisation.” Lettre d’Ernest Renan (avant la guerre de 1870)

Après le brevet de gauche, c’est le brevet de fédéralisme que l’on demande. Je  m’y soumets donc également. Ceux qui liront la citation verront que Victor Hugo n’est pas le seul à avoir été habité de l’idée européenne. Même celui que l’on considère, probablement (l’ignorance étant maîtresse des errances), comme un affreux nationaliste, pratiquement responsable du nazisme. J’ai déjà donné ici le mot de Clemenceau, selon qui il n’est rien de plus haut que l’amour de la patrie, pourvu qu’elle soit juste. Nous avons ici la même idée.

A l’Europe et non à la France je confie volontiers autorité pour incarner cette “coalition préventive” au service de la “raison et de la civilisation” ; c’est la grande idée de Paul Valéry que d’avoir dégagé les contours d’un “esprit européen”, que je ne confine pas personnellement à des limites actuelles. Cet esprit est celui de l’Europe, c’est vrai, mais c’est avant tout celui de l’Humanité, qui en son Europe pour ainsi dire, s’est exprimée ainsi. C’est pourquoi la Turquie, si elle ne quitte pas le chemin initié par Atatürk, celui de la rationalité et de la république peut y adhérer. Mais le débat  n’est pas là.

Cette autorité de l’Europe lui vient de la capacité à neutraliser la prétention d’une nation particulière à un rôle prépondérant. Mais si elle ruine toute idée de puissance, alors nation ou pas, fédéraliste ou pas, elle ne sera rien qu’une zone, pacifiée certes, mais parfaitement inerte. Seuls 17% des jeunes français ont le sentiment d’appartenir à la société dans laquelle ils vivent. Pourquoi ? Parce qu’aucune société n’a pu donner lieu à un sentiment d’appartenance en se contentant de confort matériel, de normes juridiques et d’une politique de cantiniers. L’Europe des consommateurs, comme la France des consommateurs d’aujourd’hui, ne saurait être satisfaisante.

Une Nation européenne ? Je veux bien accorder l’esprit, je veux bien accorder l’histoire européenne de l’Europe, mais qui d’autre qu’une minorité d’esprits cultivés et universalistes peut seulement penser à une idée pareille ? Partout, on est italien, français, allemand, polonais ou irlandais. Le cas britannique est une curiosité et qui confirme mon propos, comme les basques par exemple. Accepteront-ils de se dire membres d’une nation européenne alors qu’ils cherchent à se détacher d’une autre ?

Comme ceux qui s’affirment parfaitement fédéralistes et le proclament, j’appartiens à une sorte de République intellectuelle. Mais contrairement à eux, je ne considère pas le temps venu de prendre cette petite société de songeurs pour une nation. Ma nation, ma patrie, c’est la France. Son histoire, sa culture, ses grands noms, son peuple et ses traits, parfois caricaturaux, constituent des éléments palpables et présents. Ils ne sont pas les plus petits dénominateurs communs qui nécessaires pour concevoir une “nation” européenne. Ils sont les attributs que donnent la majorité des socialisations aux enfants de notre territoire, et qui deviennent peu à peu indissociables de la personne. Ces éléments ne sont pas ceux d’un jeune polonais ou d’un jeune suédois. Bien sûr, ils ne sont pas identiques entre français de classes différentes, d’origine différente, mais enfin ils font que l’on nous reconnaît dans les rues étrangères, que l’on se reconnaît entre nous et qu’on se sent tout de suite, entre membres d’une même communauté, bien plus que lorsque l’on croise d’autres européens. Voilà le principe de nationalité dont parle Renan. Il porte en lui-même des écueils et des dangers. Il porte également de grandes vertus.

C’est pourquoi le principe fédéraliste doit l’encadrer. Plus généralement, c’est la politique qui doit s’organiser autour de la responsabilité de tempérer le sentiment national, comme dans la citation de Clemenceau. La République a construit la laïcité en s’opposant à l’existence d’une politique romaine, cette même politique romaine, vaticane, qui existe en Italie. Le souverainisme signifie le rejet de toute politique européenne. Le fédéralisme ne signifie pas la fin de la politique française. Poussé à l’extrême, il signifie au mieux la fin de la politique internationale française et, plus trivialement, un budget européen d’environ 20% du PIB européen. C’est cet extrême que je considère aujourd’hui comme parfaitement éthéré et par conséquent me laisse relativement indifférent.

En revanche, je veux une véritable politique européenne, tout en voulant une véritable politique française. La politique européenne, c’est par exemple déjà une véritable politique économique, car il y a là un domaine où la “question nationale” importe assez peu. L’objectif étant finalement de donner à l’Europe le plus de ressources possibles, l’intégration me paraît parfaitement pertinente. Cette production devant se faire au moindre impact écologique, cette dimension là également doit être totalement et rapidement européenne. Une institution comme la commission européenne, dont je refuse d’ailleurs la politisation à outrance, peut tout à fait user de son pouvoir d’initiative dans un but d’intérêt général, indifférente aux “pollutions” particularistes ou politiciennes qui viendraient l’influencer. C’est pourquoi je veux “politiser” la commission au sens de lui donner de l’envergure, par un président puissant, charismatique et déterminé.

Mais je veux une politique française et cela pour deux ordres de raisons. D’abord, parce que, pour le moment, seule une politique française peut faire vivre une société cohérente et volontaire. Ensuite parce que seules les politiques nationales peuvent s’organiser avec le citoyen pour base. Les partis européens ne fonctionnent pas. C’est pourquoi les partis nationaux doivent se parler entre eux… l’exemple, triste, qui vient à l’esprit, c’est le Komintern ; mais le parti libéral fin XVIII° et ses suites constituent des exemples d’une “société politique” européenne et internationale possible. Mais jamais ils n’ont eu la faiblesse de tomber dans les vapeurs illusoires de la fin des nations.

Je suis Français et je considère que c’est en tant que Français que nous pourrons rénover la vie politique de nos concitoyens immédiats. C’est parce que je considère que les autres pays doivent faire de même que je veux multiplier les liens avec ces concitoyens médiats. Je suis européen, c’est pourquoi je considère que les Nations d’Europe doivent s’organiser, tantôt sur un mode “communautaire” (au sens juridique), c’est-à-dire éminemment technique, tantôt sur un mode international, c’est-à-dire une coalition. Seule cette dernière forme permettra de dépasser les clivages politiques, notamment internationaux. Elle les neutralise en permettant la réduction de l’assiette de la coalition, et elle ne prend pas l’Europe en otage en la réduisant à l’impuissance. Français européen, je veux que la France mette toute son énergie à l’effectivité des matières communautarisées, et qu’elle mette tout son poids pour la formation de coalitions aussi larges que possibles.

Publié dans:  on 18 octobre 2009 at 5:49 Commentaires (1)
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Retour de Milan

A Milan se tient du 3 au 21 septembre 2009 la “Festa Democratica”, héritière de la “Festa de l’Unità”, organisée par le Partito Democratico et déclinée dans toute l’Italie à des dates différentes mais toujours selon le même mode : beaucoup de convivialité, des conférences et des tables rondes. C’est dans ce cadre que j’ai été invité, et je les en remercie, par nos amis italiens.

Arrivé sur place Samedi, je suis reparti Lundi et arrive à l’instant à Lyon.  J’en garde un excellent souvenir. D’abord l’amitié toujours vivace avec Allessandro Zunino et Matteo Cazzulani qui m’ont successivement accueilli chez eux. Ensuite le rafraîchissement dont on bénéficie lorsque l’on se plonge dans l’aventure du Parti Démocrate. Les Italiens ont réussi le pari de réunir une quinzaine de partis politiques sous une seule et même entité, opposant ainsi aux forces réactionnaires de Silvio Berslusconi une force progressiste unifiée.

Bien sûr, il serait naïf de ne pas parler de la part d’ombre de cette initiative. Depuis sa création le 14 octobre 2007, le Parti Démocrate n’a pas connu les succès auxquels on pouvait s’attendre après la mobilisation de plusieurs millions d’électeurs lors des primaires de 2005 pour désigner Romano Prodi (alors pour l’Unione mais qui était l’ébauche du PD) et Veltroni en 2007. C’est cette part d’ombre qui conduit les Démocrates italiens à se donner aujourd’hui, avec leur Congrès, le temps du débat et de l’affirmation d’une identité.

Trois candidats présentent trois motions à ce Congrès : Pier Luigi BERSANI, Dario FRANCHESCHINI et Ignazio MARINO. La lutte se joue entre les deux premiers protagonistes. Au dire des militants avec qui j’ai pu discuté, un des points positifs est que l’origine partisane n’entre pas vraiment en ligne de compte : BERSANI vient des Démocrates de Gauches (anciens communistes, puis socialistes, puis DS) tandis que FRANCHESCHINI est originaire de la Margherita. Ce point est important car on pouvait craindre que le PD ne soit qu’une simple addition de vieux appareils.

Dans ce débat pour l’identité du centre-gauche (il est notable d’ailleurs que tous parlent de centrosinistra et jamais de la Gauche véritablement, qui confine plus à notre extrême-gauche, peut-être déjà une première leçon), il y a bien sûr les idées, mais il y a aussi la stratégie. En lisant les motions et en discutant avec les militants, j’ai cru comprendre que BERSANI reste à la fois attaché à une politique plus ancienne, d’une position sociale plus affirmée, mais prend aussi le pari de solidifier le PD rapidement. FRANCHESCHINI semble avoir une attitude plus prudente. Sa motion est beaucoup plus centrée sur une attitude générale, sur des principes d’ouverture, parce qu’il vise à faire du PD un parti majoritaire, capable de gagner les élections sans se soucier trop des éventuelles alliances, ce qui suppose donc de ne faire fuir personne.

J’essaierai de revenir sur ces deux motions dans les jours prochains…

Je termine ce billet sur la soirée d’hier, qui était finalement l’objet premier de mon invitation. J’étais convié à une table ronde sur le “PD dans le mouvement progressiste mondial”. Il y avait Sandro Gozzi, député italien, Gianfranco Susta, député européen avec qui nous avons dîné (et qui parle très bien Français !), un concitoyen, Thomas Boquillon, qui anime la section PS de Milan, la responsable des Democrats Abroads,

Mon intervention aura été très courte car je tenais à m’exprimer en Italien. J’ai simplement tenu à dire que ce qui se passe en Italie est très important. Les mots communistes, socialistes, chrétiens démocrates, etc. sont des mots anciens. Mieux vaut les oublier un peu lorsqu’ils ne peuvent que diviser le camp progressiste. Mais juste un peu, parce qu’ils portent encore du sens. Les deux motions principales rappellent toutes les deux que le PD doit s’inscrire dans l’histoire politique italienne et ne pas sortir de nulle part.

Au fond, nous ne sommes pas obligés de penser exactement la même chose (allers vers la flexsécurité par exemple ou non? qui est une question dont parlent les militants). Le débat, le parlementarisme, sont l’essence de la démocratie. Mais nous sommes obligés d’aller tous dans la même direction, c’est-à-dire vers plus de progrès, de justice sociale, d’égalité, d’épanouissement pour l’individu. Cela parce que sinon, l’alternative à la droite ne sera jamais autre chose qu’une bonne intention, parfois auréolée d’une belle primaire ou d’un coup médiatique.

Ce qui se passe en Italie est pour moi une invitation, parce que la plupart des politiques sociales et économiques n’auront de sens qu’au niveau européen, et que cela suppose que les forces progressistes non seulement soient au pouvoir dans une majorité d’Etats européens, mais se parlent et se préparent à avoir une politique cohérente, commune. En France, nous en sommes encore à débattre de l’opportunité de parler entre nous. Nous avons un train de retard. Et c’est Sarkozy qui reste le chef de gare…

Gauche ?

Oui. Parce que depuis 1789 aucune période ne me fait hésiter bien longtemps, ce qui n’interdit pas d’avoir un certain respect, voire une certain sympathie VOIRE (horreur, social traître !) quelques accords avec la droite. Mais je me dois de suivre le fil, repris par Romain et d’autres.

Rappel en Préambule : la gauche au pouvoir n’a été socialiste en France que pour moins de 20 ans tout compris… tu vu les socialistes de l’époque il vallait peut-être mieux.

1. Contrairement aux collectivistes qui pensent qu’il faut une nouvelle société pour faire une homme nouveau, je considère qu’on ne change la société qu’en agissant sur les hommes. C’est pourquoi tout ce qui marginalise l’individu, l’embrigade ou le noie doit être tempéré, à défaut d’être supprimé. Partis politiques fermés, élection du Pdt de la République au SUD, scrutins de listes etc. tout comme les interventions par trop infantilisantes de l’Etat participent de ces travers.

Corollaire : L’Education doit être une priorité absolue dans sa mise en oeuvre. L’Etat ne doit pas avoir de Conciles chargés d’en régenter le contenu. Le monopole (que voulait Jaurès par exemple) doit être rejeté au nom de la liberté de conscience. Et Clemenceau ajoutait l’argument que eux, avaient eu des aïeux à genoux devant la soutane et qu’ils s’en étaient fort bien tirés. La conciliation de tout cela passe : par une plus grande place donnée à la pédagogie, notamment les approches de type Montessori ; par une plus grande autonomie de chaque établissement afin de permettre une unité pédagogique ; par une formation érudite continue de tous les enseignants, voire entre eux et par eux-mêmes.

2. Il existe un principe de solidarité (Léon Bourgeois) par lequel tout homme vient au monde avec une dette et est intimement lié à tous ses semblables. Il n’est dès lors aucune position sociale, quelle qu’en soit la cause, qui puisse justifier des écarts de qualité de vie démesurés. C’est pourquoi non seulement l’impôt sur le revenu doit voir son assiette élargie à toute forme de revenu, y compris du capital, mais rendu réellement progressif jusqu’à un quasi-salaire maximal, disons pour ne froisser personne, autour de 100 000 euros mensuels ? (je suis plutôt pour 15 000).

3. Le système bancaire doit être réellement investi par l’Etat, lequel doit en maîtriser de nombreuses règles (et intervenir en ce sens aux niveaux communautaire et mondial) et être présent dans les conseils d’administration avec un poids conséquent.

4. Toute la politique économique en direction des PME et TPE doit être tournée vers la promotion de nouvelles formes de coopération entre acteurs d’une même entreprise. Tout comme l’on est passé de l’esclavage au servage et du servage au salariat, nous devons maintenant passer du travail salarié au travail associé. C’est la seule forme de création de richesse qui soit républicaine dans son principe et dans son implication en termes de relations individuelles. Ni domination, ni opposition, association.

5. La démocratie dans l’entreprise doit permettre non plus la seule défense des intérêts en présence, mais une véritable participation de tous les acteurs à la gestion de l’entreprise. Cette forme de cogestion suppose un respect mutuel qui passe par l’interdiction de siéger dans les conseils d’administration de différentes entreprises ; par la transparence sur toutes les rémunérations supérieures à 15 000€ mensuels ; etc.

6. De manière générale, la représentation syndicale en France doit être revue pour être régénérée. Cela passe à la fois par des mesures fortes au sein des centrales (comme la limitation dans le temps d’un détachement total, disons à 2 ou 3 ans ?) et par des mesures externes (je ne suis pas spécialiste…). Ses formes doivent être étendues à toutes les entreprises. Bonne idée du modem de faire bénéficier les filiales des grosses entreprises de leur comité d’entreprise.

7. Pour finir, d’un point de vue constitutionnel, tout ce qui est d’essence monarchique doit être combattu par la Gauche. Les barons locaux socialistes devraient éviter de l’oublier… et militer pour une limitation dans le temps de toute fonction exécutive locale à un seul mandat (c’est quand même 6 ans maire…), maximum deux consécutifs.

8. la liste pourrait être encore plus longue, avec par exemple la fin des ghettos urbains, en profitant de l’impératif écologique pour reloger beaucoup de monde en organisant une certaine mixité ; des politiques culturelles réellement CULTURELLES,tournant autour des Humanités, de l’Histoire de l’art et de la pratique d’une activité de ce type etc.

Publié dans:  on 10 septembre 2009 at 11:56 Commentaires (1)

Politique I

L’été est un moment paradoxal. Beaucoup sont en vacances. Le gouvernement d’abord, et puis les députés même si ça n’a guère d’importance de nos jours, et puis tout ce petit monde qui grouille sur nos territoires. Les journalistes sont à la détente également. Et pourtant l’été reste un grand moment de politique.

D’abord, bien qu’en vacances, le gouvernement n’en trouve pas moins les moyens de publier en catimini les décrets d’application de la mastérisation. Je crois qu’ils ne devront pas s’étonner si l’escroquerie provoque des remous à la rentrée, mais peut-être s’en moquent-ils. Cela témoigne assez, je crois, de l’honnêteté de notre exécutif.

Ensuite, il y a les Universités des partis politique. Les radicaux ont pris de l’avance et c’est déjà fait, mais quoi donc ? Nous autres attendons de voir ce qu’il ressortira du rassemblement de la Grande Motte, à part un trou dans le compte bancaire. Et puis le PS s’offre le luxe d’un dédoublement avec Peillon & Co qui se réunissent à Marseille une semaine avant La  Rochelle. Que faut-il y voir ? Je ne sais pas.

Et enfin, pour les militants actifs comme moi, l’été est un moment d’expectative. Que fera-t-on l’an prochain ? Et puis, au fond, pourquoi en suis-je à chercher comment je vais concilier ma thèse, mes cours (héhé… enfin !), ma vie privée et la politique. Alors que dire ? Pourquoi prendre part aussi activement à notre vie politique ?

De prime abord, le constat ne fait guère envie. Les élections régionales commencent déjà à nous faire la démonstration du spectacle auquel nous allons assister. Les socialistes vont chercher à tout prix à conserver les seigneuries qu’ils ont acquis grâce à M. Raffarin et son gouvernement impopulaire. L’UMP va chercher à regagner ce que les mêmes leur ont fait perdre. Les Verts vont, on peut le penser, profiter de la si belle occasion de partir sous leurs propres couleurs pour espérer faire au moins 10% partout et, pourquoi pas, parfois s’offrir la position de force pour présider une région. Quant à nous, je ne dirai rien sinon qu’on peut se réjouir que le mode d’élection nous évite a priori les arlequinades des municipales. Voilà pour le grand panier de crabes.

Du côté des grenouilles. Ce n’est pas cette année que nos citoyens vont s’intéresser d’un peu plus près à ceux qu’ils seront censés envoyer administrer nos régions. Je doute qu’on assiste à des adhésions massives pour venir, sur leur terrain, dire aux politiques que maintenant ils vont devoir compter sur eux pour leurs petites affaires. Je doute tout autant que les journalistes en viennent à dire qu’il est peut-être temps d’exercer un véritable contrôle sur nos cartels d’élus. Quel sera le taux d’abstention des jeunes ? Question qui fâche, sans doute. L’avantage de l’été, c’est qu’on ne fache pas grand monde…

Y a-t-il un gouvernement ?

« Il y a en France des ministres. On murmure même qu’il y a encore un Premier Ministre. Mais il n’y a plus de gouvernement. Seul le président de la République ordonne et décide. »

Ce passage du Coup d’Etat permanent de François Mitterrand doit interpeller tout observateur de la vie politique par son actualité. Pourtant, c’est le général De Gaulle qui est visé ici. Et je crois que c’est la suite du passage qui éclaire bien la différence entre ce que l’on peut dire de Nicolas Sarkozy, et je crois que la première partie s’applique parfaitement, et ce qui est différent.

« Certes les ministres sont appelés rituellement à lui fournir assistance et conseils. Mais comme les chérubins de l’Ancien Testament, ils n’occupent qu’un rang modeste dans la hiérarchie des serviteurs élus et ne remplissent leur auguste office qu’après avoir attendu qu’on les sonne. »

Dans la critique que fait Mitterrand, il voit les ministres comme des conseils, comme des serviteurs. Ils sont sonnés pour assister le Prince à gouverner. Or, avec le président Sarkozy, point de cela. Les ministres ne sont que des faire-valoir, ils sont là pour la montre. Et le mot est choisi à dessein. Il y a le cercle élyséen, dans lequel tout se décide. Il y a sûrement, aussi, les cabinets ministériels qui gèrent le quotidien. Et puis, entre le président et les ministres, il n’y a qu’une communauté médiatique. Ils ne sont que les projecteurs auxiliaires du premier. C’est parce qu’il les rabaisse qu’il peut se rehausser. Et le mot est choisi à dessein.

Ce que l’on peut dire de tout cela, c’est qu’avec De Gaulle, et même avec Mitterrand, il y avait certes une dimension monarchique de la présidence, mais celle-ci restait une présidence de la République par l’idée que ces hommes avaient d’eux-mêmes, de leur pays, de l’Histoire et de leur fonction. Aujourd’hui, cette présidence n’est même plus monarchique parce que ce serait là faire insulte à certains monarques que nous avons connus. Et ce n’est absolument plus républicain parce que l’idée que se fait Sarkozy de lui-même : c’est une idée de nouveau riche en adoration devant l’argent et, au fond, jaloux de ceux qui en ont toujours eu et plus que lui n’en n’aura jamais. Parce que l’idée qu’il se fait de son pays est à des années lumières de nos principes fondamentaux. Et quoi de plus normal quand on n’a connu que Neuilly, la jet set et peut-être (et encore ? dans quelle mesure ?) la haute finance ? Parce qu’il ne se fait probablement aucune idée de l’Histoire. Et parce qu’enfin, il se fait de la fonction qu’il occupe une idée de chef de clanc, d’entremetteur d’affaires et de rouleur de mécaniques.

Nous avons connu des grands hommes de grande taille. Nous avons connu des grands hommes de petite taille. Nous avons maintenant un petit homme de petite taille. Et si j’étais jamais lu par lui, il me donnerait probablement la meilleure preuve de ce que je dis.

« Ce sont les petits hommes, qui se soucient des petits écrits. » Beaumarchais.

Publié dans:  on 13 mai 2009 at 1:06 Laisser un commentaire

Devisons

J’aime bien les devises, « Je maintiendrai », « Dieu et mon droit » ou l’autre britonne, « Honni soit qui mal y pense »… ex voto ou affirmation, adresse ou mise en garde, ces devises médiévales ont un sens souvent protecteur. Je préfère les devises dynamiques, celles qui ne font pas naître un sentiment de force, celles qui ouvrent des perspectives, non moins fortifiantes d’ailleurs. Trois d’entre elles attirent mon attention. Positiviste, révolutionnaire et solidariste.

Auguste Comte avait posé : « L’ordre pour base, l’amour pour principe et le progrès pour but ». Ordre, amour et progrès. Autrement dit des jambes, du cœur, et une tête pour faire avancer tout ça. C’est une devise de science et d’humanisme. Science parce que c’est une matière qui demande de l’ordre, qui ne fonctionne que si l’on aime ce qu’on fait, et qui est le progrès. D’humanisme, à cause de la conscience de réalités intangibles : il faut des règles, il faut l’altruisme, l’existence ne vaut que si l’on en fait une belle chose. Ordre, amour et progrès sont trois choses parfaitement étrangères à l’univers insensibles. J’aime cette devise, car c’est le cri d’un homme libre au monde qui l’a produit, mais qui l’ignore. Le Grand Orient avait pour devise : « Liberté et égalité ». Les républicains de 1848 auront ajouté à cette devise déjà reprise par ceux de 1789 un noble mot pour donner : « Liberté, Egalité, Fraternité ». C’est aussi une devise mécanique, mais moins scientifique. Elle est sœur de la Déclaration. Elle est donc toute métaphysique, sybilline, faites de mots qui parlent à l’homme sensible plus qu’à l’homme rationnel. Et il faut un effort pour la rendre lisible, effort parfois vain et aux résultats divers : on peut les combiner de bien nombreuses façons. La liberté suppose l’égalité, ou l’inverse. Laquelle conduit la fraternité ? je crois que ce jeu est un peu superflu. Liberté, oui, égalité, oui, fraternité, et comment ! Voilà une lecture peut-être plus sans culotte, qui détonnerait un peu si elle figurait sur une planche. J’y vois donc non pas un triptyque rationnel qui commanderait l’action. Non, j’y vois un triptyque d’affirmation, d’instinct, qui appel l’action mais sans révéler comment.

La troisième devise l’y aide un peu, réunissant les trois. Elle nous vient, je crois, de Léon Bourgeois. Lisez Solidarité ! (sur gallica) Il avait proposé que les radiaux changeassent la devise nationale en : « Liberté, Solidarité, Justice ». C’est là une doctrine un peu métaphysique puisqu’en un sens incantatoire, mais elle n’est pas dénuée de logique. Tenant cela de son auteur, elle décrit la représentation qu’on doit avoir de l’individu, de la société et de l’humanité. L’individu est un être qui doit être considéré, respecté, promu à la liberté, qu’on la pense réelle ou qu’on la sache imaginée. Cet individu, pourtant, n’est pas dissociable des autres. Il vient au monde avec une dette, il doit s’en acquitter. Et se plaçant dans un rapport de solidarité. Dès lors, on parle de coopération, de travail associé. N’est-ce pas un peu de la Fraternité aussi ? Et tout ça pourquoi ? Pour que l’humanité, faites d’individus libres et solidaires, s’identifie à la Justice, seul sentiment parfaitement désintéressé, véritable source de satisfaction et agent du bonheur généralisé. Voilà ce qui m’est venu. C’est un peu candide, peut-être naïf, pourquoi pas un peu sot, je l’admets volontiers. Mais parfois, cela fait du bien d’être un républicain un peu sot.

Publié dans:  on 6 mai 2009 at 5:21 Commentaires (1)

Politique et compétences

Dans le Propos d’Alain du 27 octobre 1912, ce philosophe dont je recommande la lecture assidue surtout à nos amis démocrates revient sur un argument contre la démocratie : un peuple peu compétent enverra comme députés des incompétents. Les choses iraient mieux si l’on prenait savants et experts directement.

Pour Alain, mieux vaut la probité que la compétence. Le risque est trop grand de voir un parfait expert dans son métier se révéler aussi tyrannique au pouvoir qu’il ne l’est dans son laboratoire ou son cabinet. “Ainsi leur science pourra bein nous coûter cher. J’aimerais souvent mieux un honnête homme qui n’aurait pas trop réussi. Bref, je ne désire pas avant tout des Compétences.”

Il avance également que le Conseil d’Etat, la Cour des comptes et les nombreux corps de ministères sont le lieu où l’on trouve d’excellentes compétences. Celles-ci cependant, et les faits le montrent, ont besoin d’un aiguillon, d’une surveillance si on veut les voir utiliser au mieux. Et c’est pour cela que, selon lui, “on prend à tort les ministres pour des hommes qui devraient être plus savants que leurs subordonnés”.

Or, selon Alain et c’est un leitmotiv que je fais parfaitement mien : le citoyen contrôle le député qui contrôle le ministre qui contrôle l’administration. Si celle-ci ne donne pas satisfaction : “Le peuple est celui qui paie; et ses représentants ont mille moyens de faire que le peuple soit bien servi, si seulement ils le veulent.”

C’est donc quelqu’un qui veut que ce contrôle s’exerce qui doit être désigné, et non pas quelqu’un qui pourra disserter des heures avec son subordonné sur une question d’expert.

Le problème principal aujourd’hui est de deux ordres :

- au somment du système le député est le vassal d’un gouvernement puisque tous appartiennent à un même parti structuré autour de l’élection présidentielle pour dispenser des prébandes à ceux qui arrivent à se placer

- à la base du système le citoyen n’a pas de prise sur celui qui est désigné, à moins d’entrer lui-même dans un parti et, nous le savons, au sein des partis ce n’est pas nécessairement celui qui veut contrôler, celui qui reste honnête et ferme qui sera devant les électeurs. Ce sera peut-être cela. Mais ce sera d’abord et avant tout celui qui détiendra des compétences d’un autre ordre et beaucoup moins nobles que celles dont nous parlions au début de ce billet.

A nos soldats d’Afghanistan et d’ailleurs

Les socialistes français ont pour parti refusé de voter la continuation du mandat français en Afghanistan. Pour moi c’est un outrage.

Certes, l’opinion semble majoritairement contre notre présence là-bas. L’opinion pense ce qu’on lui donne à penser et si l’on en est là, c’est bien parce que les opérations militaires françaises ne font l’objet d’aucune information sérieuse et n’intéressent que le jour où il y a des morts (et encore des morts bien français, parce que ceux de la légion étrangère ne sont quasiment jamais mis en avant… leur sang doit avoir moins de valeur).

Tout d’abord sur le fondement de notre présence là-bas. La France s’est engagée dans le cadre du Traité de l’Atlantique Nord a porté secours à tout membre de l’Alliance qui serait attaqué par une puissance étrangère. Les attentats du 11 septembre n’ont été possibles qu’avec l’appui de l’Afghanistan ce qui justifie parfaitement le déclenchement du traité. Le premier fondement est donc celui-ci : le respect de la parole donnée. J’ose croire que les socialistes français y attachent une quelconque importance.

Le second fondement est, qu’une fois l’Afghanistan réduit militairement, nous nous sommes associé à une opération de long terme visant au maintien de l’ordre et, in fine, au développement de ce pays. Il me semblait lorsque j’étais adhérent du PS, que l’internationalisme, l’aide aux populations nécessiteuses, l’aide au développement etc. faisaient partie de leur corps de doctrine. J’ose croire qu’il en est toujours ainsi malgré leur vote honteux.

Sur la viabilité de l’opération elle-même, argument matériel qui pourrait s’opposer à tous les autres : nécessité fait loi. Et bien, que dire ? La population voit son sort empirer, et commence parfois à regretter les Talibans. Ces derniers retrouvent leur vigueur. Le Pakistan, volontairement ou non, arme et soutien les entreprises islamistes en Afghanistan. La force de l’OTAN subit les limites de toute coalition. L’armée française souffre de faibles moyens, d’une faible considération nationale, commet des erreurs, etc. Le gouvernement local voit son autorité limitée aux abords de Kaboul. Les divisions intestines ont repris de plus belles (ont-elles jamais cessées ? à moins de monter à la courte période d’Alexandre le Grand…). La drogue est la seule chose qui prospère là-bas. Bref, l’état actuel de la situation semble désastreux.

Mais face à ce constat, de deux choses l’une : soit les socialistes français ont raison de dire, nous n’avons plus rien à faire là-bas, laissons les Talibans revenir, quelques massacres et épurations malheureuses mais nécessaires et puis le calme reviendra, sous la chape de plomb d’un islamisme intolérant. Soit, je ne pensais pas que c’était là du socialisme.

Soit l’on se conforme à sa parole, à ses principes humanistes, on admet les erreurs omises et l’on relève les carences puis on réagit. L’Afghanistan d’une police internationale pour maintenir l’ordre et rétablir un gouvernement et une administration efficace, non corrompue. L’Afghanistan a besoin d’une force militaire capable de réduire les résistances islamistes et tenir en respect les seigneurs locaux. Si cela demande 50 000 hommes de troupes et 100 000 gendarmes supplémentaires, donnons les leur ! Et oui, il y aura des morts, français même, puisqu’il semble nécessaire de préciser la valeur du sang qui va couler, mais ces morts au moins, seront justes.

A mon sens, voilà l’alternative : soit nous posons pour l’avenir les garanties d’un minimum de contrôle sur notre monde extérieur, soit nous pouvons d’ores et déjà prévoir les murs et la flotte qui deviendra indispensable lorsque le désordre que nous aurons laisser s’organiser poussera vers nous réfugiés et crève-la-faim.

Question de stratégie. Notion d’efficacité. Ces arguments devraient peut-être convenir. Pour moi il y en a d’autres : l’honneur et le devoir, le sens de la justice, le goût de la liberté. Mais apparemment, ce ne sont pas des arguments qui priment pour certains de nos députés socialistes…

Lettre au Tigre, “le Vieux”

Il y a des hommes qu’on aurait aimé avoir pour ami, d’autres qu’on aurait préféré simplement ne pas avoir comme ennemi, d’autres encore qu’on eut apprécié comme professeur ou mentor, d’autres enfin, qu’on aurait aimé avoir pour parent. Georges Clemenceau, à mes yeux, et ils ont maintenant lu de lui et sur lui suffisamment de milliers de mots pour que ce soit plus qu’une impression basée sur des lieux communs, est tout cela à la fois. J’eus aimé qu’il fusse mon grand père, même si sa déception, probable, m’aurait grandement blessé.

Cher héros de cette nation de France que tu jugeais l’égale d’Athènes par l’idéal et l’inconstance, toi qui n’a jamais démenti que l’idéal suprême est l’amour le Patrie pourvu que celle-ci soit juste, l’amertume t’auras gagnée avant ton dernier soupir, elle eût été insupportable si tu avais vécu jusqu’à aujourd’hui.

Les heures que tu as connues et qui ont fait ta gloire, elles sont revenues dix ans à peine après ton trépas. Au lieu d’un nouveau Clemenceau, nous avons eu un De Gaulle, égal en force et en détermination, mais si défaillant dans sa philosophie et son idéal. Ces heures, bien sûr, tu les avais devinées, toi qui refusait le relâchement, la dilution, l’atrophie dans une inaction naïve portée par des idéaux de déraison et de faiblesse. Si ta force avait été nôtre en ces heures de péril, plus encore aux heures où l’on voulait l’oublier et que tu étais encore parmi nous (1919-1929), la France eût pu éviter la honte d’une conquête, d’une occupation doublée d’une trahison de sa justice.

L’Indochine, tu n’en as jamais voulu, tu n’y es jamais allé. Une guerre terrible aura fait plier la France une première fois. Ce n’était qu’un prologue. Tu voulais donner raison à la « Jeune Algérie », leur donner accès aux écoles, aux élections, bref, à la République. Les colons avaient à choisir entre la justice et leurs biens et privilèges ; ils ont perdu leurs biens, leurs privilèges, leur statut et leur terre, ils auraient dû y penser à deux fois. La justice, elle, attend toujours.

Puis il y a eu ce que tu n’as jamais réellement ignoré mais qui ne t’a jamais intéressé, les questions économiques et sociales. Trente années de prospérité, trente années de progrès, trente années d’apaisement. Mais déjà, une société qui consomme et travaille pour consommer, et se divertit en consommant et réfléchit maintenant sur sa consommation. Mais déjà, une société qui exclut une partie de ses membres. Des arrivants que l’on regroupe, que l’on parque et que l’on laisse sans les assimiler, sans les passer sous les fourches caudines de la République comme vous l’aviez fait, vous, hommes de 70.

Une crise qui t’aurait sûrement dérouté. Tu n’as pas connu celle des années 30, celle-là aura été moins brutale peut-être, mais plus latente. Elle aura achevé de tourner les hommes vers un matérialisme aptère que tu aurais abhorré, toi l’athée d’Au soir de la pensée. Tout tourne maintenant autour de ce que l’on gagne, de ce que l’on possède. La politique elle-même se résume à répartir les possessions, les revenus et les avantages. Ce ne sont plus des ministres, mais des cantiniers. Ce n’est plus un gouvernement, c’est un rendez-vous d’experts-comptables. Ce n’est plus une République, c’est un grand marché. Et, pour toi, l’un de nos plus grands parlementaires, ce n’est plus un Parlement, c’est une chambre d’enregistrement sans individus, sans personnalités, sans hommes au sens où tu l’entendais, parce que l’action y est absente.

Dans la rue, il n’y a qu’apparence, modes et coquetteries. Ceux qui feignent de s’en détourner créent leur propre caste à leur tour mais tu détesterais cet habillage de casquette, sport et inculture autour d’un français impropre parlé par des jeunes gens incapables de grandeur, d’idéal et, par-dessus tout, d’amour de la patrie. Mais ceux qui sont les premiers responsables de leur déchéance, ceux qui ne leur ont pas donné de patrie, d’instruction, de culture, se drapent soit dans l’ignorance totale pour la majorité, soit dans un angélisme béat tout d’abdication et de condescendance dissimulée, soit dans une réaction agressive qui, bien que suscitée par un écoeurement sincère, n’en relève pas moins de la plus grande injustice.
Ah ! Tu me demanderais sûrement quels journaux il te faudrait lire pour connaître les avis principaux sur ces questions ! Et bien, que répondre… la presse écrite tient plus de la chronique que du journalisme que tu professais. Il y a la radio, mais là encore, aucune n’affiche une ligne qui puisse permettre un débat réel par titres interposés. Et il y a ce monstre, la télévision. Une petite machine qui laisse défiler des images à un rythme inconvenant. Point de temps, point de repos, point de détente. Une frénésie pour alimenter la boulimie des téléspectateurs que l’on gave afin qu’ils consomment plus encore. Tu serais sûrement déçu de voir que les gens maintenant, préfèrent se laisser aller deux heures devant cet écran pour oublier leurs problèmes plutôt que de s’instruire deux heures des moyens qui leurs permettraient de les régler, plutôt que de se réunir entre gens de même situation pour se syndiquer, plutôt que de soutenir telle ou telle pensée qui les élève. La facilité, atavisme immortel.

La médiocrité partout. L’idéal galvaudé. Et la France ? Elle est aujourd’hui représentée par un pantin qui gesticule et promène sa chanteuse partout. Tu le qualifierais sûrement de dandy doublé d’un inculte. Son gouvernement ne vaut guère mieux et, de toute façon, il l’étouffe entièrement. A l’intérieur, des mots, mais qui ne préparent aucune action, tu as bien connu cela. A l’extérieur ? La France se retire, désarme, se désengage… tout doucement elle s’efface. Et pourtant, le monde actuel est en plein bouleversement. Des puissances montent. Des ressources se raréfient. La faim se développe. Qui pourrait dire que la paix est certainement éternelle ? Allons-nous encore être pris en flagrant délit d’impréparation ?

Mais il y a la République ! Mais il y a l’Europe ! Mais il y a l’Humanité ! Aujourd’hui encore, tu pourrais développer toute ton action car, plus que jamais, nous avons besoin d’hommes tendus vers la Justice et la Liberté, des hommes d’action qui veulent bousculer leurs semblables, faire de créatures de mangeoire des citoyens, puis, peut-être, des hommes ! Éperonner une société léthargique. Raviver la flamme. Oui, tu pourrais encore montrer que la France est la patrie de l’idéal ! Quelle peut, dans ce monde, porter la Justice ! La République n’a jamais été aussi loin de la justice qu’elle pourrait dispenser !

Et l’Europe ! Quelle occasion de faire vivre les nations, libres d’être elles-mêmes dans une coalition cosmopolite de respect, de considération et d’égalité ! Quel idéal en soi ! Mais quel gâchis… quelle déception de lui avoir coupé les ailes par crainte d’une dilution des patries. Celles-ci sont rongées de l’intérieur. Qu’y aurait-il à craindre de les porter au sommet d’un édifice qui est un sommet de l’imagination humaine !? Après tout, dans cette Grèce que tu aimais tant, Démosthène n’a-t-il pas tenté de créer un sentiment hellène que tu louais. Ce sentiment nuisait-il aux identités propres de chaque cité ? Nullement. Alors, osons !

Quelle déception aussi, de voir des illuminés détruire cet idéal de rassemblement par une volonté naïve de vouloir faire disparaître les patries et ainsi renforcer les ennemis de l’Europe ! Tu le disais, si la Patrie est juste, il n’y a rien au-dessus de l’amour pour elle. Qui aime une juste patrie, donne à l’Humanité un nouvel atout. Qui fera de l’Europe le faisceau rassemblant les justes patries du Vieux Continent, donnera à l’Humanité une arme absolue de Justice et de Liberté. Voilà qui te donnerait peut-être de nouveau l’envie d’agir. Tu as souvent manqué à la France, puisse-t-elle ne pas manquer tes dignes successeurs qui s’ignorent peut-être, ou que dissimulent les plâtres de notre société de décors…