Y a-t-il un gouvernement ?

« Il y a en France des ministres. On murmure même qu’il y a encore un Premier Ministre. Mais il n’y a plus de gouvernement. Seul le président de la République ordonne et décide. »

Ce passage du Coup d’Etat permanent de François Mitterrand doit interpeller tout observateur de la vie politique par son actualité. Pourtant, c’est le général De Gaulle qui est visé ici. Et je crois que c’est la suite du passage qui éclaire bien la différence entre ce que l’on peut dire de Nicolas Sarkozy, et je crois que la première partie s’applique parfaitement, et ce qui est différent.

« Certes les ministres sont appelés rituellement à lui fournir assistance et conseils. Mais comme les chérubins de l’Ancien Testament, ils n’occupent qu’un rang modeste dans la hiérarchie des serviteurs élus et ne remplissent leur auguste office qu’après avoir attendu qu’on les sonne. »

Dans la critique que fait Mitterrand, il voit les ministres comme des conseils, comme des serviteurs. Ils sont sonnés pour assister le Prince à gouverner. Or, avec le président Sarkozy, point de cela. Les ministres ne sont que des faire-valoir, ils sont là pour la montre. Et le mot est choisi à dessein. Il y a le cercle élyséen, dans lequel tout se décide. Il y a sûrement, aussi, les cabinets ministériels qui gèrent le quotidien. Et puis, entre le président et les ministres, il n’y a qu’une communauté médiatique. Ils ne sont que les projecteurs auxiliaires du premier. C’est parce qu’il les rabaisse qu’il peut se rehausser. Et le mot est choisi à dessein.

Ce que l’on peut dire de tout cela, c’est qu’avec De Gaulle, et même avec Mitterrand, il y avait certes une dimension monarchique de la présidence, mais celle-ci restait une présidence de la République par l’idée que ces hommes avaient d’eux-mêmes, de leur pays, de l’Histoire et de leur fonction. Aujourd’hui, cette présidence n’est même plus monarchique parce que ce serait là faire insulte à certains monarques que nous avons connus. Et ce n’est absolument plus républicain parce que l’idée que se fait Sarkozy de lui-même : c’est une idée de nouveau riche en adoration devant l’argent et, au fond, jaloux de ceux qui en ont toujours eu et plus que lui n’en n’aura jamais. Parce que l’idée qu’il se fait de son pays est à des années lumières de nos principes fondamentaux. Et quoi de plus normal quand on n’a connu que Neuilly, la jet set et peut-être (et encore ? dans quelle mesure ?) la haute finance ? Parce qu’il ne se fait probablement aucune idée de l’Histoire. Et parce qu’enfin, il se fait de la fonction qu’il occupe une idée de chef de clanc, d’entremetteur d’affaires et de rouleur de mécaniques.

Nous avons connu des grands hommes de grande taille. Nous avons connu des grands hommes de petite taille. Nous avons maintenant un petit homme de petite taille. Et si j’étais jamais lu par lui, il me donnerait probablement la meilleure preuve de ce que je dis.

« Ce sont les petits hommes, qui se soucient des petits écrits. » Beaumarchais.

Publié dans: on 13 mai, 2009 at 1:06 Laisser un commentaire

Devisons

J’aime bien les devises, « Je maintiendrai », « Dieu et mon droit » ou l’autre britonne, « Honni soit qui mal y pense »… ex voto ou affirmation, adresse ou mise en garde, ces devises médiévales ont un sens souvent protecteur. Je préfère les devises dynamiques, celles qui ne font pas naître un sentiment de force, celles qui ouvrent des perspectives, non moins fortifiantes d’ailleurs. Trois d’entre elles attirent mon attention. Positiviste, révolutionnaire et solidariste.

Auguste Comte avait posé : « L’ordre pour base, l’amour pour principe et le progrès pour but ». Ordre, amour et progrès. Autrement dit des jambes, du cœur, et une tête pour faire avancer tout ça. C’est une devise de science et d’humanisme. Science parce que c’est une matière qui demande de l’ordre, qui ne fonctionne que si l’on aime ce qu’on fait, et qui est le progrès. D’humanisme, à cause de la conscience de réalités intangibles : il faut des règles, il faut l’altruisme, l’existence ne vaut que si l’on en fait une belle chose. Ordre, amour et progrès sont trois choses parfaitement étrangères à l’univers insensibles. J’aime cette devise, car c’est le cri d’un homme libre au monde qui l’a produit, mais qui l’ignore. Le Grand Orient avait pour devise : « Liberté et égalité ». Les républicains de 1848 auront ajouté à cette devise déjà reprise par ceux de 1789 un noble mot pour donner : « Liberté, Egalité, Fraternité ». C’est aussi une devise mécanique, mais moins scientifique. Elle est sœur de la Déclaration. Elle est donc toute métaphysique, sybilline, faites de mots qui parlent à l’homme sensible plus qu’à l’homme rationnel. Et il faut un effort pour la rendre lisible, effort parfois vain et aux résultats divers : on peut les combiner de bien nombreuses façons. La liberté suppose l’égalité, ou l’inverse. Laquelle conduit la fraternité ? je crois que ce jeu est un peu superflu. Liberté, oui, égalité, oui, fraternité, et comment ! Voilà une lecture peut-être plus sans culotte, qui détonnerait un peu si elle figurait sur une planche. J’y vois donc non pas un triptyque rationnel qui commanderait l’action. Non, j’y vois un triptyque d’affirmation, d’instinct, qui appel l’action mais sans révéler comment.

La troisième devise l’y aide un peu, réunissant les trois. Elle nous vient, je crois, de Léon Bourgeois. Lisez Solidarité ! (sur gallica) Il avait proposé que les radiaux changeassent la devise nationale en : « Liberté, Solidarité, Justice ». C’est là une doctrine un peu métaphysique puisqu’en un sens incantatoire, mais elle n’est pas dénuée de logique. Tenant cela de son auteur, elle décrit la représentation qu’on doit avoir de l’individu, de la société et de l’humanité. L’individu est un être qui doit être considéré, respecté, promu à la liberté, qu’on la pense réelle ou qu’on la sache imaginée. Cet individu, pourtant, n’est pas dissociable des autres. Il vient au monde avec une dette, il doit s’en acquitter. Et se plaçant dans un rapport de solidarité. Dès lors, on parle de coopération, de travail associé. N’est-ce pas un peu de la Fraternité aussi ? Et tout ça pourquoi ? Pour que l’humanité, faites d’individus libres et solidaires, s’identifie à la Justice, seul sentiment parfaitement désintéressé, véritable source de satisfaction et agent du bonheur généralisé. Voilà ce qui m’est venu. C’est un peu candide, peut-être naïf, pourquoi pas un peu sot, je l’admets volontiers. Mais parfois, cela fait du bien d’être un républicain un peu sot.

Publié dans: on 6 mai, 2009 at 5:21 Commentaires (1)

Politique et compétences

Dans le Propos d’Alain du 27 octobre 1912, ce philosophe dont je recommande la lecture assidue surtout à nos amis démocrates revient sur un argument contre la démocratie : un peuple peu compétent enverra comme députés des incompétents. Les choses iraient mieux si l’on prenait savants et experts directement.

Pour Alain, mieux vaut la probité que la compétence. Le risque est trop grand de voir un parfait expert dans son métier se révéler aussi tyrannique au pouvoir qu’il ne l’est dans son laboratoire ou son cabinet. “Ainsi leur science pourra bein nous coûter cher. J’aimerais souvent mieux un honnête homme qui n’aurait pas trop réussi. Bref, je ne désire pas avant tout des Compétences.”

Il avance également que le Conseil d’Etat, la Cour des comptes et les nombreux corps de ministères sont le lieu où l’on trouve d’excellentes compétences. Celles-ci cependant, et les faits le montrent, ont besoin d’un aiguillon, d’une surveillance si on veut les voir utiliser au mieux. Et c’est pour cela que, selon lui, “on prend à tort les ministres pour des hommes qui devraient être plus savants que leurs subordonnés”.

Or, selon Alain et c’est un leitmotiv que je fais parfaitement mien : le citoyen contrôle le député qui contrôle le ministre qui contrôle l’administration. Si celle-ci ne donne pas satisfaction : “Le peuple est celui qui paie; et ses représentants ont mille moyens de faire que le peuple soit bien servi, si seulement ils le veulent.”

C’est donc quelqu’un qui veut que ce contrôle s’exerce qui doit être désigné, et non pas quelqu’un qui pourra disserter des heures avec son subordonné sur une question d’expert.

Le problème principal aujourd’hui est de deux ordres :

- au somment du système le député est le vassal d’un gouvernement puisque tous appartiennent à un même parti structuré autour de l’élection présidentielle pour dispenser des prébandes à ceux qui arrivent à se placer

- à la base du système le citoyen n’a pas de prise sur celui qui est désigné, à moins d’entrer lui-même dans un parti et, nous le savons, au sein des partis ce n’est pas nécessairement celui qui veut contrôler, celui qui reste honnête et ferme qui sera devant les électeurs. Ce sera peut-être cela. Mais ce sera d’abord et avant tout celui qui détiendra des compétences d’un autre ordre et beaucoup moins nobles que celles dont nous parlions au début de ce billet.

A nos soldats d’Afghanistan et d’ailleurs

Les socialistes français ont pour parti refusé de voter la continuation du mandat français en Afghanistan. Pour moi c’est un outrage.

Certes, l’opinion semble majoritairement contre notre présence là-bas. L’opinion pense ce qu’on lui donne à penser et si l’on en est là, c’est bien parce que les opérations militaires françaises ne font l’objet d’aucune information sérieuse et n’intéressent que le jour où il y a des morts (et encore des morts bien français, parce que ceux de la légion étrangère ne sont quasiment jamais mis en avant… leur sang doit avoir moins de valeur).

Tout d’abord sur le fondement de notre présence là-bas. La France s’est engagée dans le cadre du Traité de l’Atlantique Nord a porté secours à tout membre de l’Alliance qui serait attaqué par une puissance étrangère. Les attentats du 11 septembre n’ont été possibles qu’avec l’appui de l’Afghanistan ce qui justifie parfaitement le déclenchement du traité. Le premier fondement est donc celui-ci : le respect de la parole donnée. J’ose croire que les socialistes français y attachent une quelconque importance.

Le second fondement est, qu’une fois l’Afghanistan réduit militairement, nous nous sommes associé à une opération de long terme visant au maintien de l’ordre et, in fine, au développement de ce pays. Il me semblait lorsque j’étais adhérent du PS, que l’internationalisme, l’aide aux populations nécessiteuses, l’aide au développement etc. faisaient partie de leur corps de doctrine. J’ose croire qu’il en est toujours ainsi malgré leur vote honteux.

Sur la viabilité de l’opération elle-même, argument matériel qui pourrait s’opposer à tous les autres : nécessité fait loi. Et bien, que dire ? La population voit son sort empirer, et commence parfois à regretter les Talibans. Ces derniers retrouvent leur vigueur. Le Pakistan, volontairement ou non, arme et soutien les entreprises islamistes en Afghanistan. La force de l’OTAN subit les limites de toute coalition. L’armée française souffre de faibles moyens, d’une faible considération nationale, commet des erreurs, etc. Le gouvernement local voit son autorité limitée aux abords de Kaboul. Les divisions intestines ont repris de plus belles (ont-elles jamais cessées ? à moins de monter à la courte période d’Alexandre le Grand…). La drogue est la seule chose qui prospère là-bas. Bref, l’état actuel de la situation semble désastreux.

Mais face à ce constat, de deux choses l’une : soit les socialistes français ont raison de dire, nous n’avons plus rien à faire là-bas, laissons les Talibans revenir, quelques massacres et épurations malheureuses mais nécessaires et puis le calme reviendra, sous la chape de plomb d’un islamisme intolérant. Soit, je ne pensais pas que c’était là du socialisme.

Soit l’on se conforme à sa parole, à ses principes humanistes, on admet les erreurs omises et l’on relève les carences puis on réagit. L’Afghanistan d’une police internationale pour maintenir l’ordre et rétablir un gouvernement et une administration efficace, non corrompue. L’Afghanistan a besoin d’une force militaire capable de réduire les résistances islamistes et tenir en respect les seigneurs locaux. Si cela demande 50 000 hommes de troupes et 100 000 gendarmes supplémentaires, donnons les leur ! Et oui, il y aura des morts, français même, puisqu’il semble nécessaire de préciser la valeur du sang qui va couler, mais ces morts au moins, seront justes.

A mon sens, voilà l’alternative : soit nous posons pour l’avenir les garanties d’un minimum de contrôle sur notre monde extérieur, soit nous pouvons d’ores et déjà prévoir les murs et la flotte qui deviendra indispensable lorsque le désordre que nous aurons laisser s’organiser poussera vers nous réfugiés et crève-la-faim.

Question de stratégie. Notion d’efficacité. Ces arguments devraient peut-être convenir. Pour moi il y en a d’autres : l’honneur et le devoir, le sens de la justice, le goût de la liberté. Mais apparemment, ce ne sont pas des arguments qui priment pour certains de nos députés socialistes…

Lettre au Tigre, “le Vieux”

Il y a des hommes qu’on aurait aimé avoir pour ami, d’autres qu’on aurait préféré simplement ne pas avoir comme ennemi, d’autres encore qu’on eut apprécié comme professeur ou mentor, d’autres enfin, qu’on aurait aimé avoir pour parent. Georges Clemenceau, à mes yeux, et ils ont maintenant lu de lui et sur lui suffisamment de milliers de mots pour que ce soit plus qu’une impression basée sur des lieux communs, est tout cela à la fois. J’eus aimé qu’il fusse mon grand père, même si sa déception, probable, m’aurait grandement blessé.

Cher héros de cette nation de France que tu jugeais l’égale d’Athènes par l’idéal et l’inconstance, toi qui n’a jamais démenti que l’idéal suprême est l’amour le Patrie pourvu que celle-ci soit juste, l’amertume t’auras gagnée avant ton dernier soupir, elle eût été insupportable si tu avais vécu jusqu’à aujourd’hui.

Les heures que tu as connues et qui ont fait ta gloire, elles sont revenues dix ans à peine après ton trépas. Au lieu d’un nouveau Clemenceau, nous avons eu un De Gaulle, égal en force et en détermination, mais si défaillant dans sa philosophie et son idéal. Ces heures, bien sûr, tu les avais devinées, toi qui refusait le relâchement, la dilution, l’atrophie dans une inaction naïve portée par des idéaux de déraison et de faiblesse. Si ta force avait été nôtre en ces heures de péril, plus encore aux heures où l’on voulait l’oublier et que tu étais encore parmi nous (1919-1929), la France eût pu éviter la honte d’une conquête, d’une occupation doublée d’une trahison de sa justice.

L’Indochine, tu n’en as jamais voulu, tu n’y es jamais allé. Une guerre terrible aura fait plier la France une première fois. Ce n’était qu’un prologue. Tu voulais donner raison à la « Jeune Algérie », leur donner accès aux écoles, aux élections, bref, à la République. Les colons avaient à choisir entre la justice et leurs biens et privilèges ; ils ont perdu leurs biens, leurs privilèges, leur statut et leur terre, ils auraient dû y penser à deux fois. La justice, elle, attend toujours.

Puis il y a eu ce que tu n’as jamais réellement ignoré mais qui ne t’a jamais intéressé, les questions économiques et sociales. Trente années de prospérité, trente années de progrès, trente années d’apaisement. Mais déjà, une société qui consomme et travaille pour consommer, et se divertit en consommant et réfléchit maintenant sur sa consommation. Mais déjà, une société qui exclut une partie de ses membres. Des arrivants que l’on regroupe, que l’on parque et que l’on laisse sans les assimiler, sans les passer sous les fourches caudines de la République comme vous l’aviez fait, vous, hommes de 70.

Une crise qui t’aurait sûrement dérouté. Tu n’as pas connu celle des années 30, celle-là aura été moins brutale peut-être, mais plus latente. Elle aura achevé de tourner les hommes vers un matérialisme aptère que tu aurais abhorré, toi l’athée d’Au soir de la pensée. Tout tourne maintenant autour de ce que l’on gagne, de ce que l’on possède. La politique elle-même se résume à répartir les possessions, les revenus et les avantages. Ce ne sont plus des ministres, mais des cantiniers. Ce n’est plus un gouvernement, c’est un rendez-vous d’experts-comptables. Ce n’est plus une République, c’est un grand marché. Et, pour toi, l’un de nos plus grands parlementaires, ce n’est plus un Parlement, c’est une chambre d’enregistrement sans individus, sans personnalités, sans hommes au sens où tu l’entendais, parce que l’action y est absente.

Dans la rue, il n’y a qu’apparence, modes et coquetteries. Ceux qui feignent de s’en détourner créent leur propre caste à leur tour mais tu détesterais cet habillage de casquette, sport et inculture autour d’un français impropre parlé par des jeunes gens incapables de grandeur, d’idéal et, par-dessus tout, d’amour de la patrie. Mais ceux qui sont les premiers responsables de leur déchéance, ceux qui ne leur ont pas donné de patrie, d’instruction, de culture, se drapent soit dans l’ignorance totale pour la majorité, soit dans un angélisme béat tout d’abdication et de condescendance dissimulée, soit dans une réaction agressive qui, bien que suscitée par un écoeurement sincère, n’en relève pas moins de la plus grande injustice.
Ah ! Tu me demanderais sûrement quels journaux il te faudrait lire pour connaître les avis principaux sur ces questions ! Et bien, que répondre… la presse écrite tient plus de la chronique que du journalisme que tu professais. Il y a la radio, mais là encore, aucune n’affiche une ligne qui puisse permettre un débat réel par titres interposés. Et il y a ce monstre, la télévision. Une petite machine qui laisse défiler des images à un rythme inconvenant. Point de temps, point de repos, point de détente. Une frénésie pour alimenter la boulimie des téléspectateurs que l’on gave afin qu’ils consomment plus encore. Tu serais sûrement déçu de voir que les gens maintenant, préfèrent se laisser aller deux heures devant cet écran pour oublier leurs problèmes plutôt que de s’instruire deux heures des moyens qui leurs permettraient de les régler, plutôt que de se réunir entre gens de même situation pour se syndiquer, plutôt que de soutenir telle ou telle pensée qui les élève. La facilité, atavisme immortel.

La médiocrité partout. L’idéal galvaudé. Et la France ? Elle est aujourd’hui représentée par un pantin qui gesticule et promène sa chanteuse partout. Tu le qualifierais sûrement de dandy doublé d’un inculte. Son gouvernement ne vaut guère mieux et, de toute façon, il l’étouffe entièrement. A l’intérieur, des mots, mais qui ne préparent aucune action, tu as bien connu cela. A l’extérieur ? La France se retire, désarme, se désengage… tout doucement elle s’efface. Et pourtant, le monde actuel est en plein bouleversement. Des puissances montent. Des ressources se raréfient. La faim se développe. Qui pourrait dire que la paix est certainement éternelle ? Allons-nous encore être pris en flagrant délit d’impréparation ?

Mais il y a la République ! Mais il y a l’Europe ! Mais il y a l’Humanité ! Aujourd’hui encore, tu pourrais développer toute ton action car, plus que jamais, nous avons besoin d’hommes tendus vers la Justice et la Liberté, des hommes d’action qui veulent bousculer leurs semblables, faire de créatures de mangeoire des citoyens, puis, peut-être, des hommes ! Éperonner une société léthargique. Raviver la flamme. Oui, tu pourrais encore montrer que la France est la patrie de l’idéal ! Quelle peut, dans ce monde, porter la Justice ! La République n’a jamais été aussi loin de la justice qu’elle pourrait dispenser !

Et l’Europe ! Quelle occasion de faire vivre les nations, libres d’être elles-mêmes dans une coalition cosmopolite de respect, de considération et d’égalité ! Quel idéal en soi ! Mais quel gâchis… quelle déception de lui avoir coupé les ailes par crainte d’une dilution des patries. Celles-ci sont rongées de l’intérieur. Qu’y aurait-il à craindre de les porter au sommet d’un édifice qui est un sommet de l’imagination humaine !? Après tout, dans cette Grèce que tu aimais tant, Démosthène n’a-t-il pas tenté de créer un sentiment hellène que tu louais. Ce sentiment nuisait-il aux identités propres de chaque cité ? Nullement. Alors, osons !

Quelle déception aussi, de voir des illuminés détruire cet idéal de rassemblement par une volonté naïve de vouloir faire disparaître les patries et ainsi renforcer les ennemis de l’Europe ! Tu le disais, si la Patrie est juste, il n’y a rien au-dessus de l’amour pour elle. Qui aime une juste patrie, donne à l’Humanité un nouvel atout. Qui fera de l’Europe le faisceau rassemblant les justes patries du Vieux Continent, donnera à l’Humanité une arme absolue de Justice et de Liberté. Voilà qui te donnerait peut-être de nouveau l’envie d’agir. Tu as souvent manqué à la France, puisse-t-elle ne pas manquer tes dignes successeurs qui s’ignorent peut-être, ou que dissimulent les plâtres de notre société de décors…

Impossible Clemenceau, ou conjuration des faibles

Un passage de la magnifique biographie du Tigre de Duroselle que je vous conseille m’amène à vous : A la suite d’un Comité secret de décembre 1916, Maginot dit à Abel Ferry : “Clemenceau vient, au Sénat, d’attaquer Malvy. J’ai été le voir, je lui ai dit : Décidément, vous êtes impossible; vous voulez devenir président du Conseil, et vous vous mettez mal avec un homme qui dispose de cent cinquante députés à la Chambre.

- Qu’a-t-il répondu ?

- Rien, il m’a regardé.”

Clemenceau continua, et d’impossible il est devenu indispensable, tandis que de ministre intangible Malvy devenait un inculpé de haute trahison.”

Cela m’a fait avoir la réflexion suivante : et s’il n’avait pas été impossible ? Si, au lieu de pourchasser les ministres, d’insulter à tout va, d’agresser chacun à la moindre faute, il s’était fait un peu moins terrible ? Si, ayant agi en politique, il avait réussi plus tôt à se faire désigner président du conseil ? La guerre n’aurait-elle pas été terminée plus tôt ? Aurait-il lui aussi échoué en attendant l’aide américaine (mais on sait que c’est lui qui en a hâté la conséquence glorieuse) ?

Et puis non. Je me suis ravisé. C’est lui qui avait raison. Il a été fort, il a été terrible, il a été impossible parce que les autres étaient insupportables. Il a été énergie, action, force, il a été homme en somme. Les autres ont été verbeux, faibles et inutiles. C’est le fait qu’il fut si seul qui est à déplorer, et que les autres furent si nombreux. Ils le sont encore, et où est-il, l’homme dont a besoin la République en espérant qu’il y en ait pluieurs, aujourd’hui ?

Publié dans: on 19 juin, 2008 at 4:06 Commentaires (2)
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De petites “communes” ?

C’est un article du Monde qui m’a invité à écrire ce billet. De nouvelles émeutes ont éclaté dans la cité de Vitry-le-François où un jeune homme de 20 ans est mort d’une balle perdue tirée par un habitant aux prises avec un autre. Le titre, lui, vient simplement du passage qui décrit le maire allant d’un incendie à l’autre, d’une femme apeurée à un groupe de jeunes en colère. Cela n’est pas sans rappeler l’action des maires de Paris en 1871, notamment le maire de Montmartre (Clemenceau) qui a tenté d’empêcher l’assassinat de deux officiers chargés de ramener les canons, et capturés par les habitants. Mais peut-on continuer l’analogie au-delà ?

Le plus facile, toujours, consiste à rappeler que : “Dans cette ville de 17 000 habitants, le revenu des ménages n’atteint que 71 % de la moyenne nationale. Les écoles maternelles du quartier de Rome-Saint-Charles comptent 86 % de familles défavorisées.” Lorsqu’un problème nait d’une concentration d’habitant, la seule solution logique qui s’impose c’est le déplacement. C’est tout de suite moins facile.

Mais ce qu’il faut peut-être remarquer avec plus d’acuité, c’est ceci :

La nouvelle du décès se diffuse immédiatement dans le quartier où un mariage réunit une grande partie des jeunes. Faute de pouvoir se venger directement sur l’auteur du coup de feu, qui s’est enfui, des groupes de plusieurs dizaines de personnes, cagoulées, armées de barres de fer, de battes de base-ball, de cocktails Molotov, sillonnent les rues de leur propre cité et s’en prennent, pour l’essentiel, aux voitures de leurs voisins. Des scènes ultraviolentes.

Au maire qui fait le tour du quartier, à pied, les habitants victimes des émeutiers témoignent de leur terreur. “Ils ont voulu casser mes volets et les vitres”, raconte une grand-mère de 72 ans, encore toute tremblante, devant sa maison partiellement dégradée. “On les entendait crier et on les voyait courir. Des jeunes qu’on voit passer tous les jours et qui nous disent bonjour”, s’émeut une autre habitante sous le choc d’avoir vu son véhicule détruit à coups de barre de fer.

Le bilan est lourd. Une cinquantaine de véhicules, dont un camion, ont été incendiés, la gare SNCF et un local de l’office HLM saccagés. Survoltés, les émeutiers s’en sont aussi pris aux gendarmes et aux pompiers, blessant légèrement quatre d’entre eux et dégradant sept de leurs véhicules.

Les jeunes, victimes de l’effet de foules, veulent une vengeance et ne pouvant mettre la main sur le coupable, portent leur haine sur tout ce qui tombe à leur portée. Ils détruisent en fin de compte leur propre cité. Ils attaquent leurs voisins, qui partagent leur misère. L’analogie serait d’un ridicule consommé si on imaginait la Commune n’opposant que des Parisiens. Par ailleurs, que revendiquent-ils ? Rien. Ce n’est pas une lutte raisonnée vers un objectif (la poursuite de la guerre et ensuite, mais pour une minorité, l’avènement du drapeau rouge) quel qu’il soit, mais une vulgaire explosion de haine incontinente, irrationnelle, animale.

Alors non, adressons nos félicitations au maire socialiste de cette ville qui n’a pas démérité de ses électeurs et qui a fait son devoir de représentant de l’Etat ; mais ne poussons pas plus loin l’analogie avec les événements de la Commune. Nulle amnistie ne saurait être réclamée.

Revenons à présent sur l’apaisement, temporaire peut-être, qui s’en est ensuivi. “Les adultes ont enfin repris le contrôle de la cité. Grâce à une poignée de “grands frères” soucieux d’apaiser les plus jeunes.” Entre le maire et les gendarmes, voilà des protagonistes surprenants, incongrus, comme si ces événements se faisaient entre enfants, petits et grands frères. Selon un commissaire divisionnaire que j’avais eu en cours, les émeutes se finissent généralement quand les “affaires” doivent reprendre. Le désordre tue le commerce, dans les cités également. Mais ce serait sûrement un peu gros de réduire ces acteurs à l’analyse sommaire et diffamante selon laquelle cette histoire eût fini comme elle avait commencé : d’une rixe entre trafiquants à un coup de sifflet des mêmes. N’écartons cependant pas entièrement cette hypothèse que peut avoir joué sa partie (laquelle ?).

Des grands frères. Entre les adultes malmenés et violés dans leurs biens, et les émeutiers “gamins enragés”, il y aurait un groupe d’intermédiaire permettant l’apaisement voulu par le père privé de son fils. C’est là, je crois, le coup de grâce à l’analogie un instant évoquée. Refuser l’abdication d’une Nation, refuser l’amputation d’une Patrie, aspirer à une société plus libre et plus juste, voilà des aspirations qui pouvaient être comprises (et justifier l’amnistie) bien que combattues (par des atrocités plus terribles encore). Mais un déchaînement spontané comme on vient de le voir sous nos yeux n’a rien à avoir avec cela. Il n’y a aucune idée, aucune vision, aucune volonté, rien qui ressemble à une aspiration, rien qui suscite l’adhésion ou la contradiction ; cela ne peut pas susciter d’émotions humaines, cela ne peut que soulever le coeur animal qui est en nous, du dégoût, du mépris.

Car enfin, à quoi répond ce mouvement bestial d’une foule de gamins ? A LA MORT D’UN HOMME ! Et n’a-t-on rien d’autre à répondre à cette mort que de s’en prendre aux voisins ? Aux pompiers qui risquent déjà bien assez leur vie ? Le défunt paraît devoir recueillir toute notre sympathie, lui qui est mort en cherchant la paix. Et que répondent ceux qui prétendent le venger ? La violence et, ce qui est bien pire encore, une violence sans raison, sans but, sans valeur. Bien triste époque… quand on sait toutes les protubérances d’aspirations, d’envolées, d’émotivités d’idéales qui ont tempéré (même bien mal) les atrocités de la Commune.

Mais venons en à la véritable honte de tout ceci. Un homme est mort en séparant deux bandits. Où est le droit ? Un homme est mort, voitures brûlées et simple marche silencieuse, où est l’humanité ? Et demain, rien n’aura changé, tout recommencera, où est la République ?

Si l’indifférence, des citoyens, des politiques, des gouvernants, de tous en fait (y compris ceux qui comme moi se livrent à l’exercice facile d’un billet écrit sur un ordinateur à plus d’un SMIC) continue d’être la seule réponse à de tels événements, alors parler d’accueillir en Europe 53 millions d’étrangers pour pallier à la carence de notre démographie relève non pas de la gageure, largement dépassée, mais du crime pour tous les Mohamed D., 20 ans, qui seront les prochaines victimes.

Le principal des grands travaux qui doit être entrepris concerne la disparition des quartiers de ce type. Nous avons l’obligation de mettre nos logements en cohérence environnementale, profitons en pour les penser également en cohésion sociale. Chantier titanesque ? peut-être… nous en avons connu d’autres.

L’action, la liberté, la justice

“Pan nous commande. Il faut agir. L’action est le principe, l’action est le moyen, l’action est le but. L’action obstinée de tout l’homme au profit de tous, l’action désintéressée, supérieure aux puériles glorioles, aux rémunérations des rêves d’éternité, comme aux désespérances des batailles perdues ou de l’inéluctable mort, l’action en évolution d’idéal, unique force et totale vertu.” Clemenceau, Le Grand Pan.

Cette action, voulue par Clemenceau comme un principe vital, nécessite pour tout homme la liberté absolue. Il lui était d’ailleurs arrivé de vanter l’excentricité si libre des Anglais ce en quoi je le rejoins parfaitement. La libre expression, le libre développement de chacun, voilà ce que la République doit permettre. Politiquement, cette volonté de libérer toute action signifie également volonté de retirer toute entrave à la liberté d’expression. Clemenceau condamnait l’outrage à la République, arguant que la République ne se satisfait que de liberté et qu’elle ne souffre nullement de l’usage outrageux à son endroit de cette liberté. Je le rejoins sur ce point et je m’oppose entièrement à toutes les lois bien pensantes que l’on assène sur la Shoah, l’esclavage et bientôt l’Arménie. Lamennais désirait plus que tout la libre lutte entre la vérité et l’erreur. Ce n’est pas à un Parlement de dire ce qui est et ce qui n’est pas. La République ne contient aucune vérité, elle n’en contient que la libre expression. C’est aux idées monarchistes et aux Eglises avec leurs fatwas et leurs bûchers que revient le déshonneur du dogme imposé et demandant la crainte pour se faire respecter. Mais là encore, à ceux qui diraient qu’on ne peut pas laisser dire certaines choses, la réponse n’est pas dans une loi répressive, elle est une fois encore dans l’action, l’action toujours. Lorsque le Tigre défendait farouchement la liberté de l’enseignement, il ne faisait pas le jeu des doctrines cléricales et théologiques, au contraire, il leur donnait simplement libre expression pour pouvoir, lui-même et en retour, exprimer toutes les attaques qu’il pouvait formuler contre ces pensées. Mais il avait compris qu’aucun décret ne peut changer l’esprit d’un homme. On doit toucher la conscience humaine par une autre conscience, défendre, combattre et convaincre. Ce n’est donc pas un laisser-faire passif qu’il suggère, mais plutôt de laisser libre cours aux débats, aux confrontations, seules capables d’amener une évolution par des succès gagnés, non pas dans l’artificielle quiétude d’une assemblée d’ors et de velours, mais dans la lutte parfaitement humaine de deux consciences mises en relation par les mots et les gestes.

En ces temps de débats européens, de rejet et de déceptions… combien de leçons faudra-t-il encore recevoir pour comprendre que la République ne s’est pas faite par un traité et une politique postiche d’élections lointaines pour une assemblée laissant indifférente ? Vous voulez l’Europe ? Alors voulez non pas un peuple européen, une conscience européenne que vous ne susciterez jamais par des messages désincarnés ; voulez plutôt des Républiques européennes, de l’Europe et pour l’Europe ! Voulez des hommes politiques nationaux européens, d’Europe et pour l’Europe ! Bref, ne voulez pas une politique européenne qui soit à l’échelle d’une Europe inaccessible et théorique, abstraite, voulez une politique qui soit européenne à tous niveaux ! Exigez des élus une conscience européenne ! Exigez d’eux un programme européen. Ou alors, recevez le message d’Irlande non comme une déception, mais comme la sanction de votre inaction.

Car l’action, servie par la liberté, ne peut viser qu’un seul but qui soit assez noble : la justice. Oui c’est un idéal qui n’a pas sa place dans une théorie matérialiste, pourtant c’était celle d’un des plus grands matérialistes de l’histoire, Georges Clemenceau. Oui c’est arbitraire en ce sens que, comme tout jugement de valeur, il ne peut reposer sur aucun fondement matériel et logique. Mais c’est beau, et c’est cela qui importe. Une esthétique d’idéal, voilà qui peut satisfaire l’émotivité de l’homme qui ne peut que refuser l’insensibilité de l’univers et le regarder en face, lui qui l’a créé mais ne peut le penser. L’action pour la justice, pour le plus complet développement des droits de l’homme, pour la plus parfaite liberté… l’action, pour l’établissement de la vraie République, d’une démocratie véritable.

Pan nous commande. Il faut agir. Mais agir, ce n’est pas une action qui nous satisfasse comme un service fait, laissant une conscience tranquille. Non, l’action, c’est celle qui nous réalise. “Se sacrifier pour une idée, c’est se grandir, se développer, se faire, s’achever.” Toute la question est de déterminer cette idée. J’ai l’impression que pour certains elle se limiter par cette maxime : exister par le discours qui aura le plus l’oreille des autres. Pour ma part, cette idée est simple : faire renaître chez le plus grand nomre l’esprit de l’action, libre et tournée vers la justice. Vive la République !

Publié dans: on 13 juin, 2008 at 6:11 Laisser un commentaire

Education, décentralisation

Deux ouvrages m’amènent à faire cette note. D’abord l’un d’eux que je n’ai que survoler mais qui méritera un examen plus approfondi : La décentralisation, de Paul Deschanel (disponible sur Gallica) et un rapport de l’institut Montaigne conduit par Alain Mérieux.

Le point commun, parler d’un décentralisation au sein de l’administration. Donner plus de pouvoirs aux responsables administratifs à leur échelon, voilà qui donne sa véritable efficacité à l’action administrative. Il s’agit toujours, selon l’expression consacrée, “du même marteau qui frappe, mais dont on a raccourci le manche”. 

Au niveau de l’éducation cela devient la proposition suivante du rapport : 

“Nous proposons de donner aux établissements publics et privés sous  qui le souhaitent la faculté de disposer d’une grande autonomie en matière  gestion, tant des moyens que de la pédagogie, sans remettre en cause  des enseignants à la fonction publique ni le rôle majeur de l’état.  doit rester nationale parce qu’elle est une mission fondamentale de la . Les objectifs sont nationaux mais les modalités d’exécution doivent être adaptées.”

C’est là je crois une proposition audacieuse que nous devons défendre. A titre particulier, il s’agit de la seule solution permettant d’introduire dans certaines écoles publiques (et prioritairement les écoles où les enfants turbulents et inattentifs sont majoritaires) les principes pédagogiques de Maria Montessori par exemple.

Comme toujours la réplique sera que le système actuel protège de l’arbitraire d’un chef d’établissement ou ce genre de choses… mais d’une part il faut bien voir si de telles remarques sont fondées ou non. Et dans la mesure où elle le serait un tant soit peu, je crois que l’absolue priorité ne doit pas être sur ce genres de considérations, mais uniquement sur la volonté de donner à la République l’éducation la plus performante possible à la plus large frange de sa population.

Bonnes lectures…

Un autre propos d’Alain

“La lutte politique sera entre le peuple et les puissances financières. Plus d’un socialiste a annoncé que l’organisation démocratique convenait merveilleusement aux tyrans d’aujourd’hui, qui sont les grands chefs de la banque, de l’industrie, du commerce. Comment agit-on sur l’opinion ? Par les journaux, et pour lancer un journal, il faut de l’argent. Les élections de même ; non que l’électeur soit à vendre, mais on agit aisément par le journal, par l’affiche, par des dons aux oeuvres d’instruction et d’assistance, par des services rendus à ceux qui dirigent l’opinion. C’est un jeu de conduire l’opinion, dès que l’on paie ; les entrepreneurs de publicité le savent bien.”

[etc...]

Après quoi il défend le scrutin d’arrondissement (uninominal) contre le scrutin de liste (proportionnelle) pour éviter que les élus ne soient esclaves des partis ou des grands journaux. C’est toujours la même idée que les partis volent aux citoyens le choix de leurs élus (à moins que les citoyens ne se décident à adhérer massivement dans les partis politiques et à exiger de porter leur contrôle ici-même, là où tout se joue… mais combien auront cette force civique ? Combien prendront réellement la mesure de la mascarade que sont devenues les élections libres dans des Républiques de partis ?

Ah, je me souviens de Michel Rocard lorsqu’il disait à la tribune lors de son mandat de premier ministre ( 1988 ) : “je rêve que l’on regarde ce qui est dit et non pas celui qui le dit”. Mais c’est tellement plus simple, soit d’être dans un parti et de s’y attacher solidement dans la facilité de l’appareil et en se faisant une montagne des mesquineries qui l’animent ; soit d’être gentiment installé dans sa vie confortable de citoyen passif, de critiquer les partis, de regarder la campagne à la télé et d’aller tranquillement voter, la conscience en paix… la faiblesse et la paix ne sont pas bonnes amies en général. Garde donc, citoyen, de ne plus être digne de ce nom, de te le faire arracher par d’autres et de ne plus avoir ni la force ni le temps de t’en défendre.

Publié dans: on 30 mai, 2008 at 3:40 Commentaires (1)