Droite ou gauche, qui choisit vraiment ?

Lorsque l’on est adhérent du Mouvement Démocrate se pose rapidement la question de savoir si l’on doit être ni droite ni gauche, et droite et gauche, ou gauche ou droite. Il y a toujours la phrase de Michel Rocard je crois qui dit que “le centre, ça finit toujours à droite” et puis il y le fait qu’il y ait des centres, ou encore que l’on doive cesser de dire centriste et parler plutôt de démocrate (ce qui vu le contenu de ce mot ne fait pas beaucoup avancer le schmilblick).

Alors le Mouvement Démocrate ? Il y en a qui disent que nous sommes un peu comme les radicaux à une certaine époque avec une partie de gens plutôt à gauche, une partie des gens plutôt à droite et une partie qui ne savent pas vraiment.

Alors essayons de procéder avec un peu de méthode.

Au commencement il y avait la Révolution. Et oui, la partition droite/gauche s’est faite en France à cette époque puisque les membres de l’assemblée eurent l’habitude de siéger par affinités. Les révolutionnaires les plus virulents étaient à l’extrême gauche, les plus royalistes, feuillants notamment avec le Triumvirat Barnave/Lameth/Duport, ou encore LaFayette, à droite.

Ce clivage va en fin de compte structurer tout le XIX° siècle jusqu’aux élections générales de 1893 environ. En effet, que ce soit sous la Restauration, la Monarchie de Juillet ou le Second Empire, la gauche est constituée des libéraux et républicains (qui, le mot étant interdit, prennent le nom de Radiaux), et la droite d’éléments favorables au régime.

Avec l’avènement de la République le 4 septembre 1870, le clivage est net entre Républicains à gauche et Monarchistes à droite. La “concentration républicaine” permet d’éluder les disparités qui existent au sein de la gauche et va sacrifier la clareté et les réformes au profit de l’instauration durable de la République. Les crises successives jusqu’à celle du Boulangisme vont finir par voir le triomphe des Républicains.

A ce stade il convient d’indiquer qu’entre temps, le XIX° siècle aura fait émerger un courant de pensée, le socialisme, qui se décline immédiatement dans sa branche révolutionnaire et sa branche légaliste. Tous les socialistes sont alors collectivistes ce qui me permet de dire que les 3/4 du PS n’auraient probablement pas été socialistes à l’époque (d’ailleurs ils ne le sont pas vraiment aujourd’hui).

C’est alors que survient le glissement du clivage non plus entre Républicains et Monarchistes mais entre les Républicains eux-mêmes. Ralliés et progressistes constituent en quelque sorte le centre droit ou l’aile droite de la gauche (Deschanel par exemple). Radicaux et Radicaux-socialistes constituent le coeur de la gauche et les socialistes l’extrême gauche.

L’ouvrage de Paul Deschanel, La République Nouvelle, donne un éclairage particulièrement intéressant sur les divisions au début de la République affermie (dernière décennie du XIX°). Il évoque notamment les divergences entre le discours et l’action de certains radicaux devenus ministres (ou socialistes le cas échéant) ce qui ne manque pas d’actualité.

Et la droite ? Nationalisme, élitisme, faible souci des misères de l’époque ou au mieux quelque charité, symbiose avec les puissances financières etc. A ces traits relativement constants s’ajoute pour la période considérée le cléricalisme. La politique du pape Léon XIII recommandant le ralliement à la politique ouvrira une brêche sur ce point dans la droite traditionnelle.

Avec l’apparition du communisme après la Première Guerre Mondiale et la montée en puissance du Socialisme, les radicaux eux-mêmes évoluent vers le centre et le clivage se déplace vers la droite. La Seconde Guerre mondiale va encore brouiller les cartes; de nombreux responsables de Vichy sont d’anciens socialistes; et surtout l’apparition du Général de Gaulle va superposer au clivage gauche / droite un clivage gaullistes/non gaullistes qui traverse la droite et la gauche.

La suite des événements va achever l’évolution puisque la réduction du radicalisme et son explosion vont réduire la gauche au Socialistes, Communistes et Trotskistes. La droite elle, se partage entre opposants au gaullisme (ce qui va de la gauche à l’extrême droite), gaullistes et avec l’extrême droite populiste.

Où en sommes-nous ?

Le Communisme est tombé. Le Socialisme n’est plus vraiment une donnée claire puisqu’il a renoncer au collectivisme, à la Révolution et se résume surtout à une opposition entre Gauchistes étatistes, ex-mitterandiens et quelques marxistes ; et réformistes, sociaux-démocrates.
DeGaulle est mort. La droite est divisée. Entre ultra libéraux, atlantistes et liés aux puissances financières; classes moyennes centrées sur le travail, le mérite et une vision péjoratives de l’exclusion comme étant aussi le fruit de l’incurie des exclus eux-mêmes; et droite conservatrice mais ayant une dimension sociale certaine. Puis l’extrême droite.

S’ajoute à cela la kyrielle d’éléments disparates dits “centristes” : gauche moderne, modem-udf, PRG, Radicaux Valoisiens, Nouveau Centre et j’en oublie sûrement.

Et si le problème venait d’un ordre établi purement électoral, les partis étant devenus l’élément phare de la République puisque ce sont eux qui décident, avant le citoyen qui ne fait qu’enregistrer ce choix, des élus. En effet, l’UMP et le PS sont les deux monstres du jeu politique actuel. Et ils sont tous les deux divisés. Et quand on y regarde de plus près…

Quelle différence y a-t-il entre l’aile gauche du PS et l’aile social-démocrate ? Beaucoup. J’ai pu en faire l’expérience. Les deux n’ont pas grand chose à faire ensemble si ce n’est se faire élire.

Quelle différence y a-t-il entre un UMP sarkosyste, très libéral, très “s’ils sont pauvres ils se démerdent moins j’ai bien réussi à l’avoir ma BMW”), et un UMP qui dit seulement que pour lui le socialisme c’est le collectivisme et que l’alliance communiste c’est terrible mais qui au final, souhaite l’égalité, le développement social et économique, l’épanouissement de chacun, et la souvegarde des libertés et de l’identité de la République ? Beaucoup également, assurément.

Et entre ces deux clivages ? N’y a-t-il pas un fond commun à tous ceux qui se situent là, entre droite modérée et gauche réformiste ? Je vous laisse juges.

Il y a donc deux choix : soit on considère qu’il y de part et d’autres de ces deux lignes qui passent au travers des deux partis institutionnels une droite et une gauche avec centre au milieu, soit on considère que nous avons une forme édulcorée de l’extrême droite et une forme édulcorée de l’extrême gauche… et alors qu’a-t-on au milieu ? Une nouveau clivage ?

On peut considérer que tout ce bloc c’est la gauche (principes : république, solidarisme, réformisme pragmatique etc.), mais alors nécessairement il y aura là aussi des tendances. Et encore… n’y aura-t-il pas plus de possibilité d’écoute, de dialogue, d’échanges et donc de consensus au final entre ces différents éléments et les courants du PS par exemple ?

Quoi qu’il en soit et en définitive, je crois que ce seront les citoyens, les journalistes, les spécialistes qui détermineront ce qu’est la gauche (et elle ne doit pas être réduite au socialisme) et qui en fait partie. J’aimerai, cela va de soi, que ce soit mon cas.

B.S.

De la Chapelle au Modem

Non non, ce n’est pas un billet de promotion pour les Chrétiens démocrates… ceux qui me connaissent relèveront l’incongruité de l’idée. C’est simplement un parallèle entre deux situations au rapprochement intéressant.

Samedi, quelques amis et moi voulions faire la réouverture de cette boîte châtelaine de Fourvière (qui aurait été une première pour moi) mais, hélas, il semble que la politique d’accueil ait quelque peu changée, tous n’étaient pas bienvenus, il fallait semble-t-il avoir 35-40 ans, un costard et quelques belles nanas pour ne pas se faire éconduire avec le tact et la distinction qui sied si bien aux cerbères de ces institutions.

Autre institution, autres cerbères et j’en viens à ma comparaison. Hier soir se tenait au Quartier Orange, gracieusement (sauf pour eux…) mis à disposition pour le moment par l’équipe malheureuse des municipales de “Lyon est une chance”, une réunion modem. Intéressée ou non (la neurologie nous apprend qu’il n’y a pas d’action désintéressée alors…), cette libéralité mérite notre considération et nos remerciements que je glisse donc sans aucune ironie : en tirer bénéfice en interne serait aussi juste qu’il est appréciable de pouvoir ainsi utiliser des locaux pour nos réunions.

J’ajoute qu’à Villeurbanne, nous disposons jeudi soir (19h30) de l’Interface, local de campagne du brillant docteur Richard Moralès lequel a réussi, lui, à faire près de 15% malgré un contexte lyonnais plutôt néfaste… les félicitations ne sont jamais trop nombreuses.

Ainsi donc la réunion d’hier soir devait aborder les questions d’organisation de la fédération et a réuni quelques personnes de divers endroits du Rhône, simples militants (ex-colistiers parfois, ex-têtes de liste également ou ex-candidats), élus municipaux, représentants du conseil national etc. Or, je n’ai pas pu entrer… comme à la Chapelle, les règles semblent avoir changées.

Autrefois dans un parti, à moins d’une réunion politique formelle, réservée pour des raisons objectives (comme il y en a beaucoup au PS, tendances, courants, motions etc.), il était toujours possible à n’importe quel militant un peu investi de pouvoir assister (sa participation pouvait être limitée…) à la réunion. Au Modem de Lyon, cela ne semble pas être le cas.

“question de décence”, “trucs à deux balles”, “tu ne représentes personne (ou rien je ne sais plus)”… tout ça avec une main “amicale” posée en travers de ma route et entre deux petits jappements de ce que je peine à appeler, comme dans mon parti précédent, un porte-flingue tant cela serait peu flatteur pour ces gens, aussi implacables qu’ils aient pu être à mon endroit. Décidément il semblerait que le petit camarade Eric Lafond ne me cause plus. Je suis sûr que je ne pourrai plus m’assoir à la cantine avec ses amis… sniff.

En fait sérieusement, je ne pensais pas que la petite note reprenant le petit Nicolas sur un autre blog trouverait autant à s’appliquer. C’est affligeant de trouver des enfantillages pareils dans un parti politique. Et pourtant, je ne dis pas (et au contraire, je dirai que c’est là tout le problème) qu’il faut tout prendre au sérieux et ne jamais être léger en politique… je suis le premier à m’amuser, à avoir des idées saugrenues ou des réflexions faciles parfois vexantes. Mais on en rit, et c’est tant mieux. Certains n’aiment pas, je les comprends. Mais la politique, surtout dans une formation comme la nôtre, c’est beaucoup de défaites, de déconvenues et de railleries de toute part, alors l’humour et l’auto dérision ça me semble normal et finalement assez sain.

Mais quand, éconduit manu militari d’une réunion qui était censée aider à l’organisation d’une fédération, je me défends comme je peux d’une action physique qui, je l’admets, m’a un peu secoué et je tente un brin d’ironie (le dialogue vaut le détour, surtout pour les nostalgiques du “lycée ?”) :

moi (sincèrement halluciné d’ailleurs) : intéressant…

lui : c’est ça intéressant… mais on t’expliquera un jour.

moi (là un peu affligé mais un peu souriant) : tu sais je suis un peu lent moi.

lui (avec toujours le même aplomb) : oui on a vu.

J’avoue que là j’étais scié. J’avais par une question un peu provocatrice mais pas dénué de fondement fait qu’un ancien ministre sans budget ni attribution n’avait pas répondu et avait pris la mouche (Azouz Begag). Déjà là ça m’avait quand même surpris. Mais je ne pensais pas pouvoir moi, du haut de mes petits 24 ans et de mes 5 ans de politique, provoquer ça chez un homme de 35 ans. Alors je ne sais pas, il est vrai que j’ai eu des mots envers Eric Lafond que je pense toujours là pour son ambition personnelle et non pour de la politique au noble sens du terme… mais qu’importe, qu’il me montre le contraire et je travaillerai volontiers avec lui, ou qu’il continue de travailler contre moi mais de grâce, pas par l’enfantillage et la mesquinerie.

Il y a des gens, et j’en viendrai à la phase un peu plus constructive de mon billet (pour ceux qui liront jusque là), qui oublient que la politique (au sens de l’activité cette fois) se réumse à trois maîtres-mots : rapport de forces. Si je voulais encore faire du Clemenceau, je dirai même que c’est là le ressort de l’existence.

Il y a des forces qui s’annulent, d’autres qui s’arrêtent, d’autres qui s’entrainent et d’autres qui se combinent en trajectoires etc. Dans un parti, nous avons nos affinités personnelles, nos aspirations voire nos ambitions qu’il faut bien sûr avouer et non pas dissimuler derrière une hypocrisie dérisoire, et ce qui devrait être le principal ressort, nos représentations et nos conceptions. Il y aussi, plus techniquement, nos relations (combien on pèse), nos informations et notre présence.

Toutes ces forces sont d’abord individuelles. C’est pourquoi la politique (une leçon de celui qui m’a formé, et encore pas assez) commence par quelques verres et des discussions informelles. C’est pourquoi la politique commence par un point d’entrée, par un contact. Jusqu’à présent j’ai eu de la chance, au PS je suis entré par Romain Blachier et SDJ, au modem je suis entré par Marc Augoyard, Quentin Thévenon et un tas de gens intelligents, mesurés et impliqués pour le parti.

D’abord individuelles, c’est ce qui fait qu’un parti ne peut tenir avec un seul chef et une seule ligne sans serre-files, sans commissaires politiques qui sont là pour faire respecter la ligne et exclure les hérétiques. C’est ce qui fait que dans un parti où la doctrine tient une place mineure (comme à l’UMP) les réseaux se font par allégeance à une personne alors que dans un parti comme le PS, ils se font sur des idées avec ensuite des possibles affinités ou dissensions de personnes. Le Modem ? Pour l’instant je ne sais pas. La molle autocratie actuelle ne me satisfait pas, mais vu qu’en un an je n’ai pas vu de réelle construction de fond politique, j’ai peur qu’on assiste à des bailliages ou des clans un peu partout comme à Lyon.

Mais un parti est un collectif. Si toutes ces forces sont individuelles, elles se regroupent en faisceaux qui sur telle ou telle échéance ou telle ou telle question se positionnent et se mettent en rapport. Cela est inévitable. On peut chercher à imposer une position unique et donc poser le rapport de force comme suit : la ligne s’impose à tous les individus et groupes. C’est le stalinisme politique (si on me dit que ceux qui décident ont été élus et que c’est démocratique, je dis que cela aussi porte un nom : le césarisme (ou centralisme) démocratique, bonnes lectures). On peut également laisser faire et alors soit on aura des courants sans noms (généralement personnels comme à l’UMP) ou des courants d’idées (type PS).

Au Modem, la doxa veut que les courants c’est la division et la faiblesse… en attendant les faibles n’ont pas 3 députés et 1500 élus en tout et pour tout. Pourtant, la remarque n’est pas complètement fausse. A gauche, et comme partout où l’on discute (prenez une tablée familiale), il y a des nuances et on les appuie pour que le contraste suscite le débat et donc pimente un peu le jeu… phénomène qu’il faut connaître et tenter ensuite de maîtriser.

Mais je veux m’arrêter un instant sur le PS. Avec les bourreurs d’urnes de Nouvelle Gauche ou les nonistes gauchistes ou les fabiusiens, j’avais vraiment la certitude de ne pas devoir partager avec ces gens là le même parti. J’aurai aimé voir une motion social-démocrate dès le congrès de Dijon. J’aurai aimé voir l’affrontement que nous menions arriver jusqu’à son terme. Le PS aurait été divisé, mais il l’aurait été vraiment et l’amputation m’aurait paru salutaire. De plus, de toute façon, le PS a perdu en 2007. Avec cette volonté de clarifier et de faire le tri, il aurait occupé l’espace, il se serait mis en avant, aurait montré son renouvellement et créé un engouement (je pense qu’on aurait entendu parler du modem très différemment dans un cas pareil…).

Mais non, parce que ce qui tient ces courants si contraires ensemble, c’est l’appareil. Cette sainte relique qu’on croit volontiers thaumaturge même si les dernières élections nationales rendent quelque peu agnostique. L’appareil qui connait tant ses “coups”, “projets”, “rapports de forces” et tout ce vocabulaire quasi-trotskiste qui fait lever l’oreille du simple militant excité par un jeu qu’il ne voit que de loin mais qui lui donne des frissons. Mais si la relique ne connaît que les paroisses voire les évêchés, elle les connaît bien ! Municipalités, départements, régions… les oppositions idéologiques se taisent quelque peu lorsque la marmite de soupe est posée. On en donne un peu à tout le monde. Et cela, personne ne veut le lâcher. Ni les sociaux-démocrates, qui pensent toujours, même eux, avec un socialisme de retard (mais pour la stratégie uniquement les concernant). Ni les gauchistes ou opportunistes fabiusiens qui savent bien que minos dans le PS ils sont quelque chose, mais qu’ils seraient marginaux en dehors du PS, un nouveau PRG mais à la gauche du PS.

Et pourtant, je ne suis pas sûr que le changement d’un appareil fatigué et grippé par les grains de sables internes ne serait pas une bonne stratégie. Il y a tant à faire pour notre démocratie et notre république en danger que je ne vois pas pourquoi, des Républicains sociaux aux sociaux-démocrates, on ne pourrait pas travailler ensemble à limiter les rapports de forces à nos relations internes et à faire converger ces forces pour les échéances externes.

Le mur est tombé. De Gaulle est mort. Mitterrand aussi. Il est peut-être tant de restructurer le paysage politique non plus autour de doctrines qui ont fait leur temps ou de personnalités reléguées à l’Histoire mais autour de valeurs éternelles, qui ont pu être défendues dans un même parti pendant les décennies qui ont fait notre France de liberté, d’égalité et de fraternité : la République, la Solidarité et le plus haut développement des droits de la personne humaine.

Alors voilà, en tant qu’administrateur national des Jeunes démocrates j’ai déjà vu fonctionner 3 fédérations (dont les responsables aînés) et en ferai naître une quinzaine dans les semaines à venir. Je ne veux pas avoir créé des clubs de réflexions fermés sur eux-mêmes et inutiles à la société. Je ne veux pas avoir créé des cellules d’un parti sclérosé qui ne serait que l’objet de luttes de palais et d’ambitions personnelles. Je veux avoir créé les premières unions des Démocrates de France, je veux qu’elles puissent s’ouvrir à tous les Républicains qui voudront nous rejoindre (ou simplement TRAVAILLER AVEC NOUS). Je veux avoir créé les premiers éléments d’un nouvel Humanisme.

temps de travail et civilisation

J’aime toujours me replonger dans les utopies du XIX° siècle qu’elles soient socialistes ou positivistes. Les deux avaient pour espoir de libérer les esprits, d’émanciper les hommes du travail avilissant, de les grandir par les droits en ayant foi en leur conscience qui les pousserait à l’acquittement total de leurs devoirs.

Ces lignes d’Aroux sont exemplaires :

“Les ouvriers en travaillant moins de temps auraient plus de loisir pour soigner leurs intérêts particuliers, initier leurs enfants à la doctrine qui leur aurait rendu tant de services, et pour cultiver leur intelligence, qui, sans cela, s’amoindrirait par la division du travail nécessaire à la perfection et à la multiplication des produits”.

Et pourtant… à l’ère industrielle, même jusque dans les années 70, combienn malgré un travail écrasant, des ouvriers se sont instruits, la nuit à la chandelle, parfois sur l’atelier même et pouvaient ainsi brandir à la face du capital une langue égale et des arguments aussi puissants que la scolastique des évêques conservateurs ?! Qu’a donné aujourd’hui la libération de temps… l’affaissement de l’énergie. Télévision poubelle, lectures faciles, tout ce qui est pauvre est privilégié car non fatiguant…

La société a retiré à l’homme tous les excitants qui le faisaient avancer. C’est le mal de notre civilisation, je crois, que d’avoir retirer les cadres sans les remplacer par d’autres, d’avoir placé l’homme dans un cocon protecteur qui ne le détermine en rien à la lutte, à l’action, à la vie… d’un être méprisé mais combattif, nous avons un être léthargique et méprisable. Quel gâchis au final.

Comment rater l’occasion

3,74%, c’est ce que pèse le Modem en moyenne pour ces élections municipales. Il est en capacité de négocier dans 37 villes de plus de 30 000 habitants. Que dire ? Désolant.

Dans les grandes villes, on dépasse rarement les 7-8% et ce ne sont que quelques situations locales particulièrement favorables qui permettent de remonter le niveau (Gilles Artigues à Saint Etienne par exemple).

Et les alliances ? Tous azimuts ! Le Modem comme le dit le Canard est un centre commercial. Pas parti. Et au pire un parti sans élus… ou presque.

Parce que si l’indépendance suicidaire ce coup-ci dans la plupart des cas n’apportera par elle même qu’un nombre très limité d’élus (ou aucun élu utile comme ici à Lyon), certains accords de premier tour vont permettre au Modem non seulement d’avoir des élus (parfois dans des minorités, c’est déjà ça), mais également d’influer sur les politiques municipales grâces aux élus membres de majorités comme c’est le cas dans de nombreuses villes (Grenoble, Lyon, Montpellier, Dijon, Bordeaux etc.). Grâce à eux nous avons une petite de ne pas rater définitivement notre existence politique et de refluer au rang de simple think-tank.

Il est quand même plus que dommage de se retrouver ainsi comme simple petit parti marginal à la seule capacité, peu utile, de négocier quelques petits accords d’un côté ou de l’autre. Cette élection précise pouvait être consacrée, au détriment d’une indépendance héroïque autant qu’improductive, a constituer un réseau d’élus intéressant. Cet objectif n’est guère atteint et l’absence de totale de cohérence nationale rend vain tout espoir d’espérer tirer profit des positions indépendantistes.

Autrement on ne peut qu’être extrêmement pessimiste sur l’avenir du Modem. François Bayrou est lui-même menacé à Pau… et comme sa responsabilité personnelle dans la situation que nous vivons aujourd’hui n’est pas douteuse, on peut dire que ce parti étant le sien, de son sort dépendra le nôtre. Alors courage François ! Mais si tu gagnes, tâche de prendre les choses en mains, et un peu différemment…

Politique autrement ?

Propos d’Alain du 1er août 1909

Le vieux radical me dit : “Je n’estime pas trop cette politique des jeunes. Ils sont en caoutchouc ; ils se plient comme on veut ; je ne les entends jamais dire non ; ils s’assoient au coin d’une table et vous crayonnent un projet ; on dirait des avocats, qui cherchent seulement à mettre un opinion en forme. ils sont très forts aussi pour tout concilier, je veux dire tout brouiller ; ils ont un socialisme modéré, et des formules de bon sens qui médusent l’adversaire. Tout est prévu ; tout marche comme un jouet mécanique. Il n’y a qu’à dire oui tout le temps, comme un bonhomme en plâtre. Vous avez connu de ces hommes ingénieux qui ont le meilleur porte-allumettes, la meilleure serrure, la meilleure lampe, le meilleur couteau, le meilleur sac de voyage. Cela fait aimer les vieilles serrures qui se brouillent de temps en temps.

“Ce que je pense, ajouta le vieux radical, après avoir réfléchi un moment, ce que je pense est difficile à expliquer. Pour moi, j’estime avant tout un caractère, où les idées aient des racines. Il me semble qu’un homme ne se tient debout que par quelques parti pris. Les idées toutes seules sont trop libres en vérité ; ce sont des girouettes au vent. un ou deux défauts me plaisent ; un peu d’humeur sert de lest. Au fond, j’aime qu’un homme ait une nature, et que ses opinions soient nées avec lui. Ce qu’il dit, alors, je suis sûr qu’il le pense, qu’il l’a dans l’estomac et dans le ventre. Vous riez ; vous allez dire que ce n’est pas avec le ventre qu’on pense, ni avec l’estomac. Avec la tête alors ? Mais ce qui m’inquiète, c’est qu’une tête bien faite arrivera à prouver n’importe quoi. Le socialisme peut êrte démontré comme juste et parfait ; la monarchie aussi ; l’anarchie aussi. Un prêtre qui ne croit pas, c’est une horrible “machine à écrire”.

“Eh bien, je croirais assez que ces nouveaux démocrates sont des prêtres sans foi. ils sont radicaux ou socialistes comme on est inspecteur des chemins de fer. Ils diraient volontiers : je suis démocrate, comme ils diraient : je suis banquier, je suis chef de gare. Ils ont choisi comme métier d’aimer le peuple, et ils s’y mettent, comme un comptable à un calcul d’annuités. Et c’est du travail bien fait, je le reconnais. Peut-être même faut-iul dire ce qu’ils gouverneront mieux que nous, pour les mêmes raisons qui font qu’un avocat défend mieux son client que son client ne se défendrait lui-même. C’est que l’avocat a ses arguments sur les lèvres, tandis que l’autre les sent dans son coeur. Et d’ailleur, puisque l’on n’a point tort de prendre un avocat, j’approuve ce ministre qui a si bien compris mon affaire. Je l’approuve, mais je n’aimerais pas trop qu’il plaide sans que je sois là.”

Je trouve que le dernier paragraphe est une friandise… no comment.

Casino Royale - Qui est James Bond ?

Un petit billet plus léger… encore que.

Cela fait longtemps maintenant que ce film est sorti. Je ne m’étendrai pas sur la facture ou les acteurs, je suis certain que mon ami Quentin s’en sera chargé avec toute l’expertise et la diligence que nous lui connaissons.

Non, ce qui m’intéresse dans ce film magnifique, c’est la personnalité du personnage qui transparaît et que je pense (mais je ne suis pas expert loin de là) très proche de l’esprit de Fleming.

Alors qui est James Bond ? Dans le film on le dit orphelin, je trouve qu’il pourrait tout autant être le fils d’une riche famille anglaise… élevé dans le positivisme post-victorien, subissant le désenchantement de la Première Guerre Mondiale, prenant ce qu’on lui donne de nationalisme britannique comme une belle esthétique et, poussé par tout cela vers l’athéisme consommé ajouté au flegme anglais, comme un sens à une vie qui par nature n’en a aucun. La Seconde Guerre Mondiale est l’occasion d’un combat, et James Bond est un homme de combats, sans aucun doute.

Et puis l’espionnage. L’absurde le plus total rejeté par le secret, l’argent, les femmes et, surtout, une mort aussi brutale que certaine qui l’attend à chaque instant. S’il était resté dans la vie “normale”, il aurait rejoint un club et aurait trouvé d’autres échappatoires, mais aucune ne vaut le Service Secret.

Casino Royale, première mission, premier livre, montre James Bond en difficulté, le montre humain, et c’est cela qui le rend aussi différent des autres films notamment. James Bond sait que sa vie ne peut passer que par une bulle, une évasion. Le MI6, la mort omniprésente, l’aspect éphémère de tout évènement et de toute relation… se focaliser sur l’objectif dès que l’on voudrait se laisser aller.

Vesper, elle, est là pour tenter de maintenir James Bond dans l’Humanité… jusqu’à le faire démissionner. Mais voilà, l’Humanité, cela veut dire la faiblesse, les sentiments, la trahison, la déception… autant de choses qu’il trouve abjectes au fond de lui. C’est ce que Vesper voit, et ne peut supporter. Son suicide marque simplement son échec total à avoir pu ramené James et la conscience qu’elle de ne pouvoir jamais “être avec” un homme tel que lui… Vesper morte, James Bond n’a plus qu’à retourner dans une bulle qui lui survira, le MI6.

Publié dans: on 4 mars, 2008 at 11:02 Commentaires (0)
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Oui à la religion musulmane, non à la politique islamiste !

A l’heure où l’on parle sans soulever plus d’indignation que cela, de réhabiliter des sectes et de valoriser un crime à l’intellect et à l’esprit humain qu’est la Scientologie, on se doit de parler de ces choses là. Mais je commencerai parce qui s’oublie plus vite, un fondement de notre République, la laïcité. Je vous invite à relier en entier le discours mémorable que prononçât Georges Clemenceau le 30 octobre 1902 au Sénat, soit trois ans avant le vote de la loi de séparation. A l’époque, on se battait contre une ville, Rome, un monarque, le pape, et ses agents, le Clergé. Cet ennemi infiltré, l’Eglise catholique, nous l’avons combattu par la loi, en la séparant de l’Etat avant de pouvoir la réduire par la raison. C’est qu’il faut toujours faire en ces matières une distinction primordiale et irréfragable : séparer l’influence spirituelle d’un culte, de son influence politique.

Lorsque Richelieu combattait le parti huguenot, il combattait justement le PARTI et non ls Protestants eux-mêmes. Il avait, pour cette tâche de directeur de conscience, écrit un livre donnant la meilleure méthode pour ramener les chrétiens prétendument réformés dans la vraie foi. Mais point d’atteinte à leur liberté pour cela. En revanche, il prenait leurs villes, abattait leurs murailles et démantelait leurs armées. Voilà la seule lutte que l’Etat est en droit de mener contre les Eglises : le désarmement politique.

Clemenceau nous le dit en ces termes : “Car il y , dans l’Eglise romaine, deux choses qu’il faut distinguer et qui font toute l’équivoque de ce débat : la religion et le gouvernement ; il y a une religion catholique romaine, il y a une politique romaine, il y a un gouvernement romain.”

Aujourd’hui, l’ennemi infiltré dans la République, ce n’est plus l’Eglise catholique moribonde et d’elle-même rendue inoffensive par le lénifiant Vatican II. Ce n’est pas plus l’Eglise protestante puisque celle-ci est soit acquise depuis toujours à la République, soit trop petite pour pouvoir compter. Ce n’est pas, enfin, l’Eglise juive puisque malgré son renfermement communautaire forcené et son opposition farouche au progrès et aux idéaux républicains, elle est par nature fermée et ne représente aucune menace.

En revanche, il se monte en France, et nous en sommes nous, les premiers responsables, un nouveau parti, une nouvelle politique… Je ne parlerai pas de la nouvelle culture, et de cette potentielle nouvelle République qui pourrait vouloir se distinguer jusqu’à l’indépendance de la nôtre. Il n’est nul besoin de la combattre directement pour la moment, et il n’y aura pas lieu si nous gagnons le combat contre ce qui sourd dès aujourd’hui.

Il me faut désamorcer immédiatement toute critique d’agressivité à l’encontre de la religion musulmane. Vous me trouverez, certes, toujours à tenir un discours contre toute religion, car j’ai pour moi une conception de l’Univers où toute puissance surnaturelle est étrangère. Mais… comme dirai le Tigre :

“Non, nous ne voulons persécuter personne. Et, en ce qui me concerne, le jour où votre religion serait atteinte dans sa liberté légitime, vous me trouveriez à côté de vous pour la défendre - au point de vue politique, bien entendu, car au point de vue point de vue philosophique, je ne cesserai d’user de ma liberté pour vous attaquer.”

Ceci étant dit, un lourd constat s’impose. Alors qu’il n’y a plus 10% des catholiques qui le sont réellement, nous avons 90% des musulmans qui le sont… et ils sont 10% de la population française. Alors que plus de la moitié des Français doutent sérieusement de l’existence d’un Dieu et que le tiers en sont persuadés, cela fait toute une communauté qui croit presque unanimement à l’existence d’Allah, qu’il est le seul Dieu et que Mahomet en est le prophète. Si j’en parle, c’est pour immédiatement ajouter que ceci n’est qu’un symptôme. Que les causes du mal que nous devons combattre sont les suivantes :

- une population mal accueillie, exploitée et mal traitée… donc mal intégrée

- une population aujourd’hui placée dans la misère et regroupée dans des ghettos

- une population à qui on ne donne aucun cadre, aucun avenir, aucun sens à une vie qui leur semble imposée à eux, quand d’autres peuvent avoir d’autres choix, d’autres chances

Voilà pourquoi nous n’avons pas fait de nos immigrés musulmans des Français comme les autres (comme ces Polonais, ces Italiens, ces Portugais etc.). C’est d’ailleurs, mais c’est une autre question, pour ces mêmes raisons d’exclusion que nous n’avons pas réussi à faire de l’Algérie une véritable parcelle de la République française.

Mais aujourd’hui, nous avons des groupes constitués qui veulent introduire dans ces quartiers ce qu’il n’y avait pas avant, alors que la religion y était également présente : une politique. Leur exclusion a créé une identité. Ils ont perdu, et à bon droit ! même si cela va contre leur intérêt, toute notion de gratitude. Ils parlent de nouveau une langue que leurs pères avaient reléguée, ils exigent des leurs une pratique qu’ils avait oubliée, on voit reparaitre des barbes et des tenues qu’on avait jusqu’alors pas connues.

Et la source de ceci, au-delà de ce succès, c’est toujours la même pour un ennemi différent. Ennemi de la liberté, car disciples de l’autorité et de l’absolu :

“Non, l’autorité est dans vos traditions, vous êtes les ennemis de la liberté, parce que vous croyez détenir la vérité dernière. Mais nous, qui ne sommes que des hommes faillibles, des hommes changeants, et pour cette raison des libéraux qui faisons appel à la raison, nous avons comme premier devoir dans les conflits d’idées, de faire confiance à la raison.”

Le problème que l’on a, c’est que l’Eglise musulmane n’existe pas. Il n’y a pas de Rome, il n’y a pas de pape, il n’y a pas de clergé ou de congrégations. C’est une nappe qui s’étend et non une puissance qui étend ses ramifications. C’est un peu la différence qui existe entre une Cosa Nostra structurée et une Camorra anarchique. Combattre une institution établie avec une hiérarchie et des dogmes, est bien plus facile que de combattre un Livre unique, un Dieu unique avec une multitudes de servants à genoux dont seuls quelques uns sont identifiables. Reconduire l’immam de Vénissieux, c’est bien, mais ce n’est pas un “inventaire”, ce n’est même pas un début de séparation.

Contre la politique catholique nous pouvions poser la question en ces termes :

“Serons-nous la France de Rome ou la France de la Révolution ? La question peut se poser. L’autre jour, dans cette Bretagne que j’aime, vous m’entendez, et dont moi vendéen, je suis l’ami, un préfet a été hué pour avoir osé dire : “Vous êtes Français avant d’être catholiques.” Retenez bien cette leçon.”

Aujourd’hui, il ne peut y avoir de combat, d’opposition. Parce qu’il n’y a pas de France de la Mecque. Alors ? Alors je dis qu’il ne peut avoir qu’une affirmation, et que c’est tant mieux car cela nous évitera les âpres combats qu’on suscité les guerres de moines.

Il faut affirmer la France de la Révolution. Il faut affirmer que l’on est Français avant d’être catholique, juif ou musulman. Et comment l’affirmer ? En restaurant la Révolution et la République là où nous laissons s’avancer les ombres ennemies de la liberté. Il faut rétablir les services publics, il faut rétablir l’enseignement, il faut rétablir la justice, il faut briser l’isolement, il faut réunifier la France et les Français. Autant que possible, cela doit être fait positivement, par l’action de la liberté. Alors nous pourrons dire aux odieux qui tirent profit de la misère de notre peuple  :

“La supériorité de notre cause, c’est quelle fera, par la liberté faillible, ce que nous v’avez pas pu faire par l’autorité infaillible. (Sensation.)”

B.S.

Lecture : Démosthène de G. Clemenceau

Une fois encore, le Tigre m’a bluffé. Non seulement cet ouvrage paru en 1926 est remarquablement bien écrit, mais en 125 pages il est aussi diablement efficace. L’auteur, présentant Démosthène, l’Athénien incorruptible et infatigable qui fut l’éternel adversaire de Philippe, d’Alexandre puis du diadoque Antipater, se montre en fait lui-même ce qu’il n’aura fait que peu souvent (il a refusé d’écrire des mémoires, prétextant que sa vie avait été assez connue pour cela). Lui, Démosthène, qui fut également celui qui a tenté de créer un sentiment “national” grec pour résister coute que coute à l’envahisseur barbare macédonien. Lui, qui fut conduit à l’exil puis rappelé puis condamné par son peuple versatile. Peuple qui aura choisi d’achever son ascension de civilisation dans la soumission avant d’être repris par Rome, de tomber dans la décadence et de n’être retrouvé qu’à la Renaissance.

Il est évident, que le parallèle entre le Tigre et l’Athénien est flagrant. On sait que Clemendeau était un grand hellénophile, et qu’il avait une grande connaissance des œuvres classiques grecques. Il a trouvé en Démosthène un héraut républicain. Tous deux n’ont eu de cesse d’aiguillonner leur peuple vers la force et la résistance, leur interdisant la mollesse et les attirant loin de la médiocrité. Tous deux, ils ont fini par échouer dans cette noble entreprise et furent écartés par la conjuration des petits, des minables et des imbéciles.

Mais ce qui est également intéressant, c’est que l’on peut faire de nombreux parallèles semblables. Le plus évident est d’ajouter à cette guerre où Clemenceau combat les défaitistes et les peureux, la suivante. Quand De Gaulle s’oppose à Pétain et quand les Résistants sont là pour aiguillonner leurs compatriotes. La différence vient de la clandestinité qui n’était pas le cas d’un Clemenceau dictateur ou d’un Démosthène orateur.

Une lecture que je vous conseille donc fortement, disponible sur Gallica.

B.S.

Les enfants de la Shoah

6h55, une école publique. On a regroupé les enfants dans le préau, jamais on ne les avait réveillés aussi tôt. Leurs parents ont eu consigne de ne rien leur expliquer. Ils les ont amené puis, une fois dans la cour, ils sont partis, laissant leurs enfants à des militaires vêtus de noir venus spécialement pour l’occasion. Pour le moment les enfants les trouvent juste bizarre, ils semblent parler une lange qu’ils ne comprennent pas.

Ils attendent une heure sous le préau tandis que le soleil ne perce toujours pas en ce jour d’hiver. Soudain, des officiers entrent et vocifèrent quelques ordres à des soldats qui s’exécutent et obligent les enfants à sortir en rang. Ils marchent de longues minutes tandis que les chiens se sont mis à aboyer. Ils arrivent sur une place. De grands projecteurs ont été installés pour éclairer les camions qui se sont réunis au milieu. Les enfants, sans ménagement, sont obligés de monter sous les bâches. Les premières larmes coulent sur les joues des jeunes enfants. Ils ne comprennent toujours pas ce qui se passe.

Les camions vrombissent et, les uns après les autres, emmènent leur chargement on ne sait encore où. Le soleil éblouit les enfants lorsqu’ils sortent des camions. On les aide à peine à en descendre. Puis ils voient, un train immense qui attend sur une voie à l’écart de la gare. Ils partent. Mais où ? Certains crient, on les secoue un peu pour les faire taire. Les enfants sont conduits dans les wagons, ils sont serrés. Ils sont seuls avec un médecin ou une infirmière. La République ne veut pas aller trop loin non plus. Tous doivent arriver sauf au camp.

Les voyage dure plusieurs jours. Les enfants découvrent le saleté, la promiscuité, la faim et la soif même si le médecin veille. Certains enfants peuvent être évacuer, mais on demande aux autres d’être courageux, de ne pas décevoir leurs parents et la mémoire… ce qu’ils ne comprennent pas bien.

Ils arrivent dans un pays qu’ils ne connaissent pas, couvert de neige. Ils ont franchi une grande porte et sont obnubilés par la fumée noire qui sort de la grande cheminée. C’est alors qu’un vieil homme leur raconte…

“Mon père s’appeler Hiram Goldberg, il avait 12 ans lorsqu’il fut déporté à Auschwitz-Birkenau. Lorsqu’il est arrivé ici, l’officier allemand leur a dit :  “vous entrez par cette porte, vous sortirez par cette cheminée…”

Les enfants sont jeunes, mais ils comprennent, ils ne comprennent que trop bien. Une fois les explications tombées, ils ont compris pourquoi ils sont là. On leur montre les chambres, on leur montre les fours. Les enfants ne pleurent plus, mais ils n’ont jamais été aussi tristes.

Ils retournent d’eux-même dans les wagons. Dans les camions. A l’école.

Le maître, ravi de cette expérience initiée en 2008 par une simple responsabilité de mémoire, leur dit : vous avez vu les enfants, c’était cela la Shoah.

Et un enfant répond : “oui, j’ai vu. Et je veux mourir aussi.”

B.S. affligé et meurtri par un président indigne

Publié dans: on 16 février, 2008 at 2:18 Commentaires (1)

Sans voiture

Plaçons nous dans quelques années… ça y est, l’essence est passée à 10 € le litre, les carcasses s’accumulent posant le problème de ce qu’on peut en faire. Des hauts fourneaux d’Europe de l’Est ont repris du service une fois mis aux normes écologiques en fonctionnant à l’énergie électrique pour fondre ces épaves que le prix galopant de l’essence a poussé à l’abandon. Des filières de recyclage se sont créées permettant, en partie, le reclassement des travailleurs de l’automobile maintenant au chômage.

Dans les villes, on gagne sur les routes, on transforme des parkings, et surtout, ON RESPIRE ! C’est d’ailleurs dans les villes qu’on sent le moins les conséquences négatives de la fin de l’automobile. Les vélos se développent, les rues se couvrent peu à peu de tramways et de bus électriques. C’est d’ailleurs l’un des débouchés des automobiles que l’on refont un peu partout même s’il a fallu quelques années de recherche pour rendre ces métaux utiles à un tel usage.

L’espace qu’utilisait la voiture s’est vu retrouvé, utilisé et mis en valeur permettant un développement formidable dans les zones urbaines. Mais il est vrai que certaines campagnes ont connu plus de difficultés. Et pourtant, en France, nous avons pu nous estimer heureux de vivre dans le pays à la couverture ferroviaire la plus développée ! Des réserves de carburants ont été mises à la disposition du matériel agricole en attendant que la conversion progresse dans ce domaine (employant d’ailleurs là encore une main d’œuvre nombreuse).

Là où il y a des gares donc, tout va à peu près bien. On supprimé de nombreuses grandes surfaces pour privilégier des marchés desservis par des tramways et trains de courte distance pour acheminer chalands et commodités. Cela a renouvelé une économie de proximité avec toute la vie que cela suppose. Ces campagnes, desservies, ont retrouvé une certaine autonomie, mais aussi un dynamisme et une liberté qui fait que beaucoup de citadins sont venus grossir ces ensembles ruraux qui ont été interconnectés à force de grands travaux (d’où de nouveaux emplois).

Mais à côté de cela, d’immenses zones ont été quasiment abandonnées puisque n’ayant pas été reliées aux réseaux principaux. Parfois, on a pu en faire des zones d’entraînement pour les nouvelles unités du corps français de l’armée européenne. Parfois on a reboiser et réintroduit une faune sauvage importante, constituant ainsi de véritables réserves naturelles au cœur du territoire.

Finalement, les gens apprécient une vie sans voiture qui les a rapprochés les uns les autres, et a fait revivre tout ce que cette cage de tôle individualiste avait fait oublier… ;)

B.S.

Publié dans: on 15 février, 2008 at 2:51 Commentaires (4)