A l’heure où l’on parle sans soulever plus d’indignation que cela, de réhabiliter des sectes et de valoriser un crime à l’intellect et à l’esprit humain qu’est la Scientologie, on se doit de parler de ces choses là. Mais je commencerai parce qui s’oublie plus vite, un fondement de notre République, la laïcité. Je vous invite à relier en entier le discours mémorable que prononçât Georges Clemenceau le 30 octobre 1902 au Sénat, soit trois ans avant le vote de la loi de séparation. A l’époque, on se battait contre une ville, Rome, un monarque, le pape, et ses agents, le Clergé. Cet ennemi infiltré, l’Eglise catholique, nous l’avons combattu par la loi, en la séparant de l’Etat avant de pouvoir la réduire par la raison. C’est qu’il faut toujours faire en ces matières une distinction primordiale et irréfragable : séparer l’influence spirituelle d’un culte, de son influence politique.
Lorsque Richelieu combattait le parti huguenot, il combattait justement le PARTI et non ls Protestants eux-mêmes. Il avait, pour cette tâche de directeur de conscience, écrit un livre donnant la meilleure méthode pour ramener les chrétiens prétendument réformés dans la vraie foi. Mais point d’atteinte à leur liberté pour cela. En revanche, il prenait leurs villes, abattait leurs murailles et démantelait leurs armées. Voilà la seule lutte que l’Etat est en droit de mener contre les Eglises : le désarmement politique.
Clemenceau nous le dit en ces termes : “Car il y , dans l’Eglise romaine, deux choses qu’il faut distinguer et qui font toute l’équivoque de ce débat : la religion et le gouvernement ; il y a une religion catholique romaine, il y a une politique romaine, il y a un gouvernement romain.”
Aujourd’hui, l’ennemi infiltré dans la République, ce n’est plus l’Eglise catholique moribonde et d’elle-même rendue inoffensive par le lénifiant Vatican II. Ce n’est pas plus l’Eglise protestante puisque celle-ci est soit acquise depuis toujours à la République, soit trop petite pour pouvoir compter. Ce n’est pas, enfin, l’Eglise juive puisque malgré son renfermement communautaire forcené et son opposition farouche au progrès et aux idéaux républicains, elle est par nature fermée et ne représente aucune menace.
En revanche, il se monte en France, et nous en sommes nous, les premiers responsables, un nouveau parti, une nouvelle politique… Je ne parlerai pas de la nouvelle culture, et de cette potentielle nouvelle République qui pourrait vouloir se distinguer jusqu’à l’indépendance de la nôtre. Il n’est nul besoin de la combattre directement pour la moment, et il n’y aura pas lieu si nous gagnons le combat contre ce qui sourd dès aujourd’hui.
Il me faut désamorcer immédiatement toute critique d’agressivité à l’encontre de la religion musulmane. Vous me trouverez, certes, toujours à tenir un discours contre toute religion, car j’ai pour moi une conception de l’Univers où toute puissance surnaturelle est étrangère. Mais… comme dirai le Tigre :
“Non, nous ne voulons persécuter personne. Et, en ce qui me concerne, le jour où votre religion serait atteinte dans sa liberté légitime, vous me trouveriez à côté de vous pour la défendre – au point de vue politique, bien entendu, car au point de vue point de vue philosophique, je ne cesserai d’user de ma liberté pour vous attaquer.”
Ceci étant dit, un lourd constat s’impose. Alors qu’il n’y a plus 10% des catholiques qui le sont réellement, nous avons 90% des musulmans qui le sont… et ils sont 10% de la population française. Alors que plus de la moitié des Français doutent sérieusement de l’existence d’un Dieu et que le tiers en sont persuadés, cela fait toute une communauté qui croit presque unanimement à l’existence d’Allah, qu’il est le seul Dieu et que Mahomet en est le prophète. Si j’en parle, c’est pour immédiatement ajouter que ceci n’est qu’un symptôme. Que les causes du mal que nous devons combattre sont les suivantes :
- une population mal accueillie, exploitée et mal traitée… donc mal intégrée
- une population aujourd’hui placée dans la misère et regroupée dans des ghettos
- une population à qui on ne donne aucun cadre, aucun avenir, aucun sens à une vie qui leur semble imposée à eux, quand d’autres peuvent avoir d’autres choix, d’autres chances
Voilà pourquoi nous n’avons pas fait de nos immigrés musulmans des Français comme les autres (comme ces Polonais, ces Italiens, ces Portugais etc.). C’est d’ailleurs, mais c’est une autre question, pour ces mêmes raisons d’exclusion que nous n’avons pas réussi à faire de l’Algérie une véritable parcelle de la République française.
Mais aujourd’hui, nous avons des groupes constitués qui veulent introduire dans ces quartiers ce qu’il n’y avait pas avant, alors que la religion y était également présente : une politique. Leur exclusion a créé une identité. Ils ont perdu, et à bon droit ! même si cela va contre leur intérêt, toute notion de gratitude. Ils parlent de nouveau une langue que leurs pères avaient reléguée, ils exigent des leurs une pratique qu’ils avait oubliée, on voit reparaitre des barbes et des tenues qu’on avait jusqu’alors pas connues.
Et la source de ceci, au-delà de ce succès, c’est toujours la même pour un ennemi différent. Ennemi de la liberté, car disciples de l’autorité et de l’absolu :
“Non, l’autorité est dans vos traditions, vous êtes les ennemis de la liberté, parce que vous croyez détenir la vérité dernière. Mais nous, qui ne sommes que des hommes faillibles, des hommes changeants, et pour cette raison des libéraux qui faisons appel à la raison, nous avons comme premier devoir dans les conflits d’idées, de faire confiance à la raison.”
Le problème que l’on a, c’est que l’Eglise musulmane n’existe pas. Il n’y a pas de Rome, il n’y a pas de pape, il n’y a pas de clergé ou de congrégations. C’est une nappe qui s’étend et non une puissance qui étend ses ramifications. C’est un peu la différence qui existe entre une Cosa Nostra structurée et une Camorra anarchique. Combattre une institution établie avec une hiérarchie et des dogmes, est bien plus facile que de combattre un Livre unique, un Dieu unique avec une multitudes de servants à genoux dont seuls quelques uns sont identifiables. Reconduire l’immam de Vénissieux, c’est bien, mais ce n’est pas un “inventaire”, ce n’est même pas un début de séparation.
Contre la politique catholique nous pouvions poser la question en ces termes :
“Serons-nous la France de Rome ou la France de la Révolution ? La question peut se poser. L’autre jour, dans cette Bretagne que j’aime, vous m’entendez, et dont moi vendéen, je suis l’ami, un préfet a été hué pour avoir osé dire : “Vous êtes Français avant d’être catholiques.” Retenez bien cette leçon.”
Aujourd’hui, il ne peut y avoir de combat, d’opposition. Parce qu’il n’y a pas de France de la Mecque. Alors ? Alors je dis qu’il ne peut avoir qu’une affirmation, et que c’est tant mieux car cela nous évitera les âpres combats qu’on suscité les guerres de moines.
Il faut affirmer la France de la Révolution. Il faut affirmer que l’on est Français avant d’être catholique, juif ou musulman. Et comment l’affirmer ? En restaurant la Révolution et la République là où nous laissons s’avancer les ombres ennemies de la liberté. Il faut rétablir les services publics, il faut rétablir l’enseignement, il faut rétablir la justice, il faut briser l’isolement, il faut réunifier la France et les Français. Autant que possible, cela doit être fait positivement, par l’action de la liberté. Alors nous pourrons dire aux odieux qui tirent profit de la misère de notre peuple :
“La supériorité de notre cause, c’est quelle fera, par la liberté faillible, ce que nous v’avez pas pu faire par l’autorité infaillible. (Sensation.)”
B.S.