temps de travail et civilisation

J’aime toujours me replonger dans les utopies du XIX° siècle qu’elles soient socialistes ou positivistes. Les deux avaient pour espoir de libérer les esprits, d’émanciper les hommes du travail avilissant, de les grandir par les droits en ayant foi en leur conscience qui les pousserait à l’acquittement total de leurs devoirs.

Ces lignes d’Aroux sont exemplaires :

“Les ouvriers en travaillant moins de temps auraient plus de loisir pour soigner leurs intérêts particuliers, initier leurs enfants à la doctrine qui leur aurait rendu tant de services, et pour cultiver leur intelligence, qui, sans cela, s’amoindrirait par la division du travail nécessaire à la perfection et à la multiplication des produits”.

Et pourtant… à l’ère industrielle, même jusque dans les années 70, combienn malgré un travail écrasant, des ouvriers se sont instruits, la nuit à la chandelle, parfois sur l’atelier même et pouvaient ainsi brandir à la face du capital une langue égale et des arguments aussi puissants que la scolastique des évêques conservateurs ?! Qu’a donné aujourd’hui la libération de temps… l’affaissement de l’énergie. Télévision poubelle, lectures faciles, tout ce qui est pauvre est privilégié car non fatiguant…

La société a retiré à l’homme tous les excitants qui le faisaient avancer. C’est le mal de notre civilisation, je crois, que d’avoir retirer les cadres sans les remplacer par d’autres, d’avoir placé l’homme dans un cocon protecteur qui ne le détermine en rien à la lutte, à l’action, à la vie… d’un être méprisé mais combattif, nous avons un être léthargique et méprisable. Quel gâchis au final.

Comment rater l’occasion

3,74%, c’est ce que pèse le Modem en moyenne pour ces élections municipales. Il est en capacité de négocier dans 37 villes de plus de 30 000 habitants. Que dire ? Désolant.

Dans les grandes villes, on dépasse rarement les 7-8% et ce ne sont que quelques situations locales particulièrement favorables qui permettent de remonter le niveau (Gilles Artigues à Saint Etienne par exemple).

Et les alliances ? Tous azimuts ! Le Modem comme le dit le Canard est un centre commercial. Pas parti. Et au pire un parti sans élus… ou presque.

Parce que si l’indépendance suicidaire ce coup-ci dans la plupart des cas n’apportera par elle même qu’un nombre très limité d’élus (ou aucun élu utile comme ici à Lyon), certains accords de premier tour vont permettre au Modem non seulement d’avoir des élus (parfois dans des minorités, c’est déjà ça), mais également d’influer sur les politiques municipales grâces aux élus membres de majorités comme c’est le cas dans de nombreuses villes (Grenoble, Lyon, Montpellier, Dijon, Bordeaux etc.). Grâce à eux nous avons une petite de ne pas rater définitivement notre existence politique et de refluer au rang de simple think-tank.

Il est quand même plus que dommage de se retrouver ainsi comme simple petit parti marginal à la seule capacité, peu utile, de négocier quelques petits accords d’un côté ou de l’autre. Cette élection précise pouvait être consacrée, au détriment d’une indépendance héroïque autant qu’improductive, a constituer un réseau d’élus intéressant. Cet objectif n’est guère atteint et l’absence de totale de cohérence nationale rend vain tout espoir d’espérer tirer profit des positions indépendantistes.

Autrement on ne peut qu’être extrêmement pessimiste sur l’avenir du Modem. François Bayrou est lui-même menacé à Pau… et comme sa responsabilité personnelle dans la situation que nous vivons aujourd’hui n’est pas douteuse, on peut dire que ce parti étant le sien, de son sort dépendra le nôtre. Alors courage François ! Mais si tu gagnes, tâche de prendre les choses en mains, et un peu différemment…

Politique autrement ?

Propos d’Alain du 1er août 1909

Le vieux radical me dit : “Je n’estime pas trop cette politique des jeunes. Ils sont en caoutchouc ; ils se plient comme on veut ; je ne les entends jamais dire non ; ils s’assoient au coin d’une table et vous crayonnent un projet ; on dirait des avocats, qui cherchent seulement à mettre un opinion en forme. ils sont très forts aussi pour tout concilier, je veux dire tout brouiller ; ils ont un socialisme modéré, et des formules de bon sens qui médusent l’adversaire. Tout est prévu ; tout marche comme un jouet mécanique. Il n’y a qu’à dire oui tout le temps, comme un bonhomme en plâtre. Vous avez connu de ces hommes ingénieux qui ont le meilleur porte-allumettes, la meilleure serrure, la meilleure lampe, le meilleur couteau, le meilleur sac de voyage. Cela fait aimer les vieilles serrures qui se brouillent de temps en temps.

“Ce que je pense, ajouta le vieux radical, après avoir réfléchi un moment, ce que je pense est difficile à expliquer. Pour moi, j’estime avant tout un caractère, où les idées aient des racines. Il me semble qu’un homme ne se tient debout que par quelques parti pris. Les idées toutes seules sont trop libres en vérité ; ce sont des girouettes au vent. un ou deux défauts me plaisent ; un peu d’humeur sert de lest. Au fond, j’aime qu’un homme ait une nature, et que ses opinions soient nées avec lui. Ce qu’il dit, alors, je suis sûr qu’il le pense, qu’il l’a dans l’estomac et dans le ventre. Vous riez ; vous allez dire que ce n’est pas avec le ventre qu’on pense, ni avec l’estomac. Avec la tête alors ? Mais ce qui m’inquiète, c’est qu’une tête bien faite arrivera à prouver n’importe quoi. Le socialisme peut êrte démontré comme juste et parfait ; la monarchie aussi ; l’anarchie aussi. Un prêtre qui ne croit pas, c’est une horrible “machine à écrire”.

“Eh bien, je croirais assez que ces nouveaux démocrates sont des prêtres sans foi. ils sont radicaux ou socialistes comme on est inspecteur des chemins de fer. Ils diraient volontiers : je suis démocrate, comme ils diraient : je suis banquier, je suis chef de gare. Ils ont choisi comme métier d’aimer le peuple, et ils s’y mettent, comme un comptable à un calcul d’annuités. Et c’est du travail bien fait, je le reconnais. Peut-être même faut-iul dire ce qu’ils gouverneront mieux que nous, pour les mêmes raisons qui font qu’un avocat défend mieux son client que son client ne se défendrait lui-même. C’est que l’avocat a ses arguments sur les lèvres, tandis que l’autre les sent dans son coeur. Et d’ailleur, puisque l’on n’a point tort de prendre un avocat, j’approuve ce ministre qui a si bien compris mon affaire. Je l’approuve, mais je n’aimerais pas trop qu’il plaide sans que je sois là.”

Je trouve que le dernier paragraphe est une friandise… no comment.

Casino Royale – Qui est James Bond ?

Un petit billet plus léger… encore que.

Cela fait longtemps maintenant que ce film est sorti. Je ne m’étendrai pas sur la facture ou les acteurs, je suis certain que mon ami Quentin s’en sera chargé avec toute l’expertise et la diligence que nous lui connaissons.

Non, ce qui m’intéresse dans ce film magnifique, c’est la personnalité du personnage qui transparaît et que je pense (mais je ne suis pas expert loin de là) très proche de l’esprit de Fleming.

Alors qui est James Bond ? Dans le film on le dit orphelin, je trouve qu’il pourrait tout autant être le fils d’une riche famille anglaise… élevé dans le positivisme post-victorien, subissant le désenchantement de la Première Guerre Mondiale, prenant ce qu’on lui donne de nationalisme britannique comme une belle esthétique et, poussé par tout cela vers l’athéisme consommé ajouté au flegme anglais, comme un sens à une vie qui par nature n’en a aucun. La Seconde Guerre Mondiale est l’occasion d’un combat, et James Bond est un homme de combats, sans aucun doute.

Et puis l’espionnage. L’absurde le plus total rejeté par le secret, l’argent, les femmes et, surtout, une mort aussi brutale que certaine qui l’attend à chaque instant. S’il était resté dans la vie “normale”, il aurait rejoint un club et aurait trouvé d’autres échappatoires, mais aucune ne vaut le Service Secret.

Casino Royale, première mission, premier livre, montre James Bond en difficulté, le montre humain, et c’est cela qui le rend aussi différent des autres films notamment. James Bond sait que sa vie ne peut passer que par une bulle, une évasion. Le MI6, la mort omniprésente, l’aspect éphémère de tout évènement et de toute relation… se focaliser sur l’objectif dès que l’on voudrait se laisser aller.

Vesper, elle, est là pour tenter de maintenir James Bond dans l’Humanité… jusqu’à le faire démissionner. Mais voilà, l’Humanité, cela veut dire la faiblesse, les sentiments, la trahison, la déception… autant de choses qu’il trouve abjectes au fond de lui. C’est ce que Vesper voit, et ne peut supporter. Son suicide marque simplement son échec total à avoir pu ramené James et la conscience qu’elle de ne pouvoir jamais “être avec” un homme tel que lui… Vesper morte, James Bond n’a plus qu’à retourner dans une bulle qui lui survira, le MI6.

Publié dans:  on 4 mars 2008 at 11:02 Laisser un commentaire
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