Politique autrement ?

Propos d’Alain du 1er août 1909

Le vieux radical me dit : “Je n’estime pas trop cette politique des jeunes. Ils sont en caoutchouc ; ils se plient comme on veut ; je ne les entends jamais dire non ; ils s’assoient au coin d’une table et vous crayonnent un projet ; on dirait des avocats, qui cherchent seulement à mettre un opinion en forme. ils sont très forts aussi pour tout concilier, je veux dire tout brouiller ; ils ont un socialisme modéré, et des formules de bon sens qui médusent l’adversaire. Tout est prévu ; tout marche comme un jouet mécanique. Il n’y a qu’à dire oui tout le temps, comme un bonhomme en plâtre. Vous avez connu de ces hommes ingénieux qui ont le meilleur porte-allumettes, la meilleure serrure, la meilleure lampe, le meilleur couteau, le meilleur sac de voyage. Cela fait aimer les vieilles serrures qui se brouillent de temps en temps.

“Ce que je pense, ajouta le vieux radical, après avoir réfléchi un moment, ce que je pense est difficile à expliquer. Pour moi, j’estime avant tout un caractère, où les idées aient des racines. Il me semble qu’un homme ne se tient debout que par quelques parti pris. Les idées toutes seules sont trop libres en vérité ; ce sont des girouettes au vent. un ou deux défauts me plaisent ; un peu d’humeur sert de lest. Au fond, j’aime qu’un homme ait une nature, et que ses opinions soient nées avec lui. Ce qu’il dit, alors, je suis sûr qu’il le pense, qu’il l’a dans l’estomac et dans le ventre. Vous riez ; vous allez dire que ce n’est pas avec le ventre qu’on pense, ni avec l’estomac. Avec la tête alors ? Mais ce qui m’inquiète, c’est qu’une tête bien faite arrivera à prouver n’importe quoi. Le socialisme peut êrte démontré comme juste et parfait ; la monarchie aussi ; l’anarchie aussi. Un prêtre qui ne croit pas, c’est une horrible “machine à écrire”.

“Eh bien, je croirais assez que ces nouveaux démocrates sont des prêtres sans foi. ils sont radicaux ou socialistes comme on est inspecteur des chemins de fer. Ils diraient volontiers : je suis démocrate, comme ils diraient : je suis banquier, je suis chef de gare. Ils ont choisi comme métier d’aimer le peuple, et ils s’y mettent, comme un comptable à un calcul d’annuités. Et c’est du travail bien fait, je le reconnais. Peut-être même faut-iul dire ce qu’ils gouverneront mieux que nous, pour les mêmes raisons qui font qu’un avocat défend mieux son client que son client ne se défendrait lui-même. C’est que l’avocat a ses arguments sur les lèvres, tandis que l’autre les sent dans son coeur. Et d’ailleur, puisque l’on n’a point tort de prendre un avocat, j’approuve ce ministre qui a si bien compris mon affaire. Je l’approuve, mais je n’aimerais pas trop qu’il plaide sans que je sois là.”

Je trouve que le dernier paragraphe est une friandise… no comment.

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  1. Excellent! Vraiment excellent!
    ;-)


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