De la Chapelle au Modem

Non non, ce n’est pas un billet de promotion pour les Chrétiens démocrates… ceux qui me connaissent relèveront l’incongruité de l’idée. C’est simplement un parallèle entre deux situations au rapprochement intéressant.

Samedi, quelques amis et moi voulions faire la réouverture de cette boîte châtelaine de Fourvière (qui aurait été une première pour moi) mais, hélas, il semble que la politique d’accueil ait quelque peu changée, tous n’étaient pas bienvenus, il fallait semble-t-il avoir 35-40 ans, un costard et quelques belles nanas pour ne pas se faire éconduire avec le tact et la distinction qui sied si bien aux cerbères de ces institutions.

Autre institution, autres cerbères et j’en viens à ma comparaison. Hier soir se tenait au Quartier Orange, gracieusement (sauf pour eux…) mis à disposition pour le moment par l’équipe malheureuse des municipales de “Lyon est une chance”, une réunion modem. Intéressée ou non (la neurologie nous apprend qu’il n’y a pas d’action désintéressée alors…), cette libéralité mérite notre considération et nos remerciements que je glisse donc sans aucune ironie : en tirer bénéfice en interne serait aussi juste qu’il est appréciable de pouvoir ainsi utiliser des locaux pour nos réunions.

J’ajoute qu’à Villeurbanne, nous disposons jeudi soir (19h30) de l’Interface, local de campagne du brillant docteur Richard Moralès lequel a réussi, lui, à faire près de 15% malgré un contexte lyonnais plutôt néfaste… les félicitations ne sont jamais trop nombreuses.

Ainsi donc la réunion d’hier soir devait aborder les questions d’organisation de la fédération et a réuni quelques personnes de divers endroits du Rhône, simples militants (ex-colistiers parfois, ex-têtes de liste également ou ex-candidats), élus municipaux, représentants du conseil national etc. Or, je n’ai pas pu entrer… comme à la Chapelle, les règles semblent avoir changées.

Autrefois dans un parti, à moins d’une réunion politique formelle, réservée pour des raisons objectives (comme il y en a beaucoup au PS, tendances, courants, motions etc.), il était toujours possible à n’importe quel militant un peu investi de pouvoir assister (sa participation pouvait être limitée…) à la réunion. Au Modem de Lyon, cela ne semble pas être le cas.

“question de décence”, “trucs à deux balles”, “tu ne représentes personne (ou rien je ne sais plus)”… tout ça avec une main “amicale” posée en travers de ma route et entre deux petits jappements de ce que je peine à appeler, comme dans mon parti précédent, un porte-flingue tant cela serait peu flatteur pour ces gens, aussi implacables qu’ils aient pu être à mon endroit. Décidément il semblerait que le petit camarade Eric Lafond ne me cause plus. Je suis sûr que je ne pourrai plus m’assoir à la cantine avec ses amis… sniff.

En fait sérieusement, je ne pensais pas que la petite note reprenant le petit Nicolas sur un autre blog trouverait autant à s’appliquer. C’est affligeant de trouver des enfantillages pareils dans un parti politique. Et pourtant, je ne dis pas (et au contraire, je dirai que c’est là tout le problème) qu’il faut tout prendre au sérieux et ne jamais être léger en politique… je suis le premier à m’amuser, à avoir des idées saugrenues ou des réflexions faciles parfois vexantes. Mais on en rit, et c’est tant mieux. Certains n’aiment pas, je les comprends. Mais la politique, surtout dans une formation comme la nôtre, c’est beaucoup de défaites, de déconvenues et de railleries de toute part, alors l’humour et l’auto dérision ça me semble normal et finalement assez sain.

Mais quand, éconduit manu militari d’une réunion qui était censée aider à l’organisation d’une fédération, je me défends comme je peux d’une action physique qui, je l’admets, m’a un peu secoué et je tente un brin d’ironie (le dialogue vaut le détour, surtout pour les nostalgiques du “lycée ?”) :

moi (sincèrement halluciné d’ailleurs) : intéressant…

lui : c’est ça intéressant… mais on t’expliquera un jour.

moi (là un peu affligé mais un peu souriant) : tu sais je suis un peu lent moi.

lui (avec toujours le même aplomb) : oui on a vu.

J’avoue que là j’étais scié. J’avais par une question un peu provocatrice mais pas dénué de fondement fait qu’un ancien ministre sans budget ni attribution n’avait pas répondu et avait pris la mouche (Azouz Begag). Déjà là ça m’avait quand même surpris. Mais je ne pensais pas pouvoir moi, du haut de mes petits 24 ans et de mes 5 ans de politique, provoquer ça chez un homme de 35 ans. Alors je ne sais pas, il est vrai que j’ai eu des mots envers Eric Lafond que je pense toujours là pour son ambition personnelle et non pour de la politique au noble sens du terme… mais qu’importe, qu’il me montre le contraire et je travaillerai volontiers avec lui, ou qu’il continue de travailler contre moi mais de grâce, pas par l’enfantillage et la mesquinerie.

Il y a des gens, et j’en viendrai à la phase un peu plus constructive de mon billet (pour ceux qui liront jusque là), qui oublient que la politique (au sens de l’activité cette fois) se réumse à trois maîtres-mots : rapport de forces. Si je voulais encore faire du Clemenceau, je dirai même que c’est là le ressort de l’existence.

Il y a des forces qui s’annulent, d’autres qui s’arrêtent, d’autres qui s’entrainent et d’autres qui se combinent en trajectoires etc. Dans un parti, nous avons nos affinités personnelles, nos aspirations voire nos ambitions qu’il faut bien sûr avouer et non pas dissimuler derrière une hypocrisie dérisoire, et ce qui devrait être le principal ressort, nos représentations et nos conceptions. Il y aussi, plus techniquement, nos relations (combien on pèse), nos informations et notre présence.

Toutes ces forces sont d’abord individuelles. C’est pourquoi la politique (une leçon de celui qui m’a formé, et encore pas assez) commence par quelques verres et des discussions informelles. C’est pourquoi la politique commence par un point d’entrée, par un contact. Jusqu’à présent j’ai eu de la chance, au PS je suis entré par Romain Blachier et SDJ, au modem je suis entré par Marc Augoyard, Quentin Thévenon et un tas de gens intelligents, mesurés et impliqués pour le parti.

D’abord individuelles, c’est ce qui fait qu’un parti ne peut tenir avec un seul chef et une seule ligne sans serre-files, sans commissaires politiques qui sont là pour faire respecter la ligne et exclure les hérétiques. C’est ce qui fait que dans un parti où la doctrine tient une place mineure (comme à l’UMP) les réseaux se font par allégeance à une personne alors que dans un parti comme le PS, ils se font sur des idées avec ensuite des possibles affinités ou dissensions de personnes. Le Modem ? Pour l’instant je ne sais pas. La molle autocratie actuelle ne me satisfait pas, mais vu qu’en un an je n’ai pas vu de réelle construction de fond politique, j’ai peur qu’on assiste à des bailliages ou des clans un peu partout comme à Lyon.

Mais un parti est un collectif. Si toutes ces forces sont individuelles, elles se regroupent en faisceaux qui sur telle ou telle échéance ou telle ou telle question se positionnent et se mettent en rapport. Cela est inévitable. On peut chercher à imposer une position unique et donc poser le rapport de force comme suit : la ligne s’impose à tous les individus et groupes. C’est le stalinisme politique (si on me dit que ceux qui décident ont été élus et que c’est démocratique, je dis que cela aussi porte un nom : le césarisme (ou centralisme) démocratique, bonnes lectures). On peut également laisser faire et alors soit on aura des courants sans noms (généralement personnels comme à l’UMP) ou des courants d’idées (type PS).

Au Modem, la doxa veut que les courants c’est la division et la faiblesse… en attendant les faibles n’ont pas 3 députés et 1500 élus en tout et pour tout. Pourtant, la remarque n’est pas complètement fausse. A gauche, et comme partout où l’on discute (prenez une tablée familiale), il y a des nuances et on les appuie pour que le contraste suscite le débat et donc pimente un peu le jeu… phénomène qu’il faut connaître et tenter ensuite de maîtriser.

Mais je veux m’arrêter un instant sur le PS. Avec les bourreurs d’urnes de Nouvelle Gauche ou les nonistes gauchistes ou les fabiusiens, j’avais vraiment la certitude de ne pas devoir partager avec ces gens là le même parti. J’aurai aimé voir une motion social-démocrate dès le congrès de Dijon. J’aurai aimé voir l’affrontement que nous menions arriver jusqu’à son terme. Le PS aurait été divisé, mais il l’aurait été vraiment et l’amputation m’aurait paru salutaire. De plus, de toute façon, le PS a perdu en 2007. Avec cette volonté de clarifier et de faire le tri, il aurait occupé l’espace, il se serait mis en avant, aurait montré son renouvellement et créé un engouement (je pense qu’on aurait entendu parler du modem très différemment dans un cas pareil…).

Mais non, parce que ce qui tient ces courants si contraires ensemble, c’est l’appareil. Cette sainte relique qu’on croit volontiers thaumaturge même si les dernières élections nationales rendent quelque peu agnostique. L’appareil qui connait tant ses “coups”, “projets”, “rapports de forces” et tout ce vocabulaire quasi-trotskiste qui fait lever l’oreille du simple militant excité par un jeu qu’il ne voit que de loin mais qui lui donne des frissons. Mais si la relique ne connaît que les paroisses voire les évêchés, elle les connaît bien ! Municipalités, départements, régions… les oppositions idéologiques se taisent quelque peu lorsque la marmite de soupe est posée. On en donne un peu à tout le monde. Et cela, personne ne veut le lâcher. Ni les sociaux-démocrates, qui pensent toujours, même eux, avec un socialisme de retard (mais pour la stratégie uniquement les concernant). Ni les gauchistes ou opportunistes fabiusiens qui savent bien que minos dans le PS ils sont quelque chose, mais qu’ils seraient marginaux en dehors du PS, un nouveau PRG mais à la gauche du PS.

Et pourtant, je ne suis pas sûr que le changement d’un appareil fatigué et grippé par les grains de sables internes ne serait pas une bonne stratégie. Il y a tant à faire pour notre démocratie et notre république en danger que je ne vois pas pourquoi, des Républicains sociaux aux sociaux-démocrates, on ne pourrait pas travailler ensemble à limiter les rapports de forces à nos relations internes et à faire converger ces forces pour les échéances externes.

Le mur est tombé. De Gaulle est mort. Mitterrand aussi. Il est peut-être tant de restructurer le paysage politique non plus autour de doctrines qui ont fait leur temps ou de personnalités reléguées à l’Histoire mais autour de valeurs éternelles, qui ont pu être défendues dans un même parti pendant les décennies qui ont fait notre France de liberté, d’égalité et de fraternité : la République, la Solidarité et le plus haut développement des droits de la personne humaine.

Alors voilà, en tant qu’administrateur national des Jeunes démocrates j’ai déjà vu fonctionner 3 fédérations (dont les responsables aînés) et en ferai naître une quinzaine dans les semaines à venir. Je ne veux pas avoir créé des clubs de réflexions fermés sur eux-mêmes et inutiles à la société. Je ne veux pas avoir créé des cellules d’un parti sclérosé qui ne serait que l’objet de luttes de palais et d’ambitions personnelles. Je veux avoir créé les premières unions des Démocrates de France, je veux qu’elles puissent s’ouvrir à tous les Républicains qui voudront nous rejoindre (ou simplement TRAVAILLER AVEC NOUS). Je veux avoir créé les premiers éléments d’un nouvel Humanisme.