Un autre propos d’Alain

“La lutte politique sera entre le peuple et les puissances financières. Plus d’un socialiste a annoncé que l’organisation démocratique convenait merveilleusement aux tyrans d’aujourd’hui, qui sont les grands chefs de la banque, de l’industrie, du commerce. Comment agit-on sur l’opinion ? Par les journaux, et pour lancer un journal, il faut de l’argent. Les élections de même ; non que l’électeur soit à vendre, mais on agit aisément par le journal, par l’affiche, par des dons aux oeuvres d’instruction et d’assistance, par des services rendus à ceux qui dirigent l’opinion. C’est un jeu de conduire l’opinion, dès que l’on paie ; les entrepreneurs de publicité le savent bien.”

[etc...]

Après quoi il défend le scrutin d’arrondissement (uninominal) contre le scrutin de liste (proportionnelle) pour éviter que les élus ne soient esclaves des partis ou des grands journaux. C’est toujours la même idée que les partis volent aux citoyens le choix de leurs élus (à moins que les citoyens ne se décident à adhérer massivement dans les partis politiques et à exiger de porter leur contrôle ici-même, là où tout se joue… mais combien auront cette force civique ? Combien prendront réellement la mesure de la mascarade que sont devenues les élections libres dans des Républiques de partis ?

Ah, je me souviens de Michel Rocard lorsqu’il disait à la tribune lors de son mandat de premier ministre ( 1988 ) : “je rêve que l’on regarde ce qui est dit et non pas celui qui le dit”. Mais c’est tellement plus simple, soit d’être dans un parti et de s’y attacher solidement dans la facilité de l’appareil et en se faisant une montagne des mesquineries qui l’animent ; soit d’être gentiment installé dans sa vie confortable de citoyen passif, de critiquer les partis, de regarder la campagne à la télé et d’aller tranquillement voter, la conscience en paix… la faiblesse et la paix ne sont pas bonnes amies en général. Garde donc, citoyen, de ne plus être digne de ce nom, de te le faire arracher par d’autres et de ne plus avoir ni la force ni le temps de t’en défendre.

Publié dans: on 30 mai 2008 at 3:40 Commentaires (1)

Revoir les élections locales

On a beaucoup parlé à tout va lors des dernières municipales qu’il ne fallait pas polluer un débat local avec des considérations nationales. Mais comment peut-on faire cela lorsque c’est la Nation tout entière qui, les mêmes jours, renouvelle ses conseils municipaux ?

Il en va de même des régionales et des cantonales.

Aussi, ne pourrait-on pas proposer de briser l’unité des élections locales en organisant petit à petit des élections retardées ou rapprochées dans certaines parties éloignées de France. On pourrait tout à fait diviser en trois le territoire et renouveler ainsi tous les deux ans un tiers des communes. Cela éviterait de faire qu’une vague nationale emporte des communes sur de telles considérations. Cela aurait le mérite de concentrer le débat sur le municipal.

Evidemment, si l’on fait cela pour les communes et les régions, nous aurions des élections bien plus souvent mais pas partout en même temps. Je ne crois pas que cela soit nécessairement un problème.

C’est une idée comme ça.

Droite ou gauche, qui choisit vraiment ?

Lorsque l’on est adhérent du Mouvement Démocrate se pose rapidement la question de savoir si l’on doit être ni droite ni gauche, et droite et gauche, ou gauche ou droite. Il y a toujours la phrase de Michel Rocard je crois qui dit que “le centre, ça finit toujours à droite” et puis il y le fait qu’il y ait des centres, ou encore que l’on doive cesser de dire centriste et parler plutôt de démocrate (ce qui vu le contenu de ce mot ne fait pas beaucoup avancer le schmilblick).

Alors le Mouvement Démocrate ? Il y en a qui disent que nous sommes un peu comme les radicaux à une certaine époque avec une partie de gens plutôt à gauche, une partie des gens plutôt à droite et une partie qui ne savent pas vraiment.

Alors essayons de procéder avec un peu de méthode.

Au commencement il y avait la Révolution. Et oui, la partition droite/gauche s’est faite en France à cette époque puisque les membres de l’assemblée eurent l’habitude de siéger par affinités. Les révolutionnaires les plus virulents étaient à l’extrême gauche, les plus royalistes, feuillants notamment avec le Triumvirat Barnave/Lameth/Duport, ou encore LaFayette, à droite.

Ce clivage va en fin de compte structurer tout le XIX° siècle jusqu’aux élections générales de 1893 environ. En effet, que ce soit sous la Restauration, la Monarchie de Juillet ou le Second Empire, la gauche est constituée des libéraux et républicains (qui, le mot étant interdit, prennent le nom de Radiaux), et la droite d’éléments favorables au régime.

Avec l’avènement de la République le 4 septembre 1870, le clivage est net entre Républicains à gauche et Monarchistes à droite. La “concentration républicaine” permet d’éluder les disparités qui existent au sein de la gauche et va sacrifier la clareté et les réformes au profit de l’instauration durable de la République. Les crises successives jusqu’à celle du Boulangisme vont finir par voir le triomphe des Républicains.

A ce stade il convient d’indiquer qu’entre temps, le XIX° siècle aura fait émerger un courant de pensée, le socialisme, qui se décline immédiatement dans sa branche révolutionnaire et sa branche légaliste. Tous les socialistes sont alors collectivistes ce qui me permet de dire que les 3/4 du PS n’auraient probablement pas été socialistes à l’époque (d’ailleurs ils ne le sont pas vraiment aujourd’hui).

C’est alors que survient le glissement du clivage non plus entre Républicains et Monarchistes mais entre les Républicains eux-mêmes. Ralliés et progressistes constituent en quelque sorte le centre droit ou l’aile droite de la gauche (Deschanel par exemple). Radicaux et Radicaux-socialistes constituent le coeur de la gauche et les socialistes l’extrême gauche.

L’ouvrage de Paul Deschanel, La République Nouvelle, donne un éclairage particulièrement intéressant sur les divisions au début de la République affermie (dernière décennie du XIX°). Il évoque notamment les divergences entre le discours et l’action de certains radicaux devenus ministres (ou socialistes le cas échéant) ce qui ne manque pas d’actualité.

Et la droite ? Nationalisme, élitisme, faible souci des misères de l’époque ou au mieux quelque charité, symbiose avec les puissances financières etc. A ces traits relativement constants s’ajoute pour la période considérée le cléricalisme. La politique du pape Léon XIII recommandant le ralliement à la politique ouvrira une brêche sur ce point dans la droite traditionnelle.

Avec l’apparition du communisme après la Première Guerre Mondiale et la montée en puissance du Socialisme, les radicaux eux-mêmes évoluent vers le centre et le clivage se déplace vers la droite. La Seconde Guerre mondiale va encore brouiller les cartes; de nombreux responsables de Vichy sont d’anciens socialistes; et surtout l’apparition du Général de Gaulle va superposer au clivage gauche / droite un clivage gaullistes/non gaullistes qui traverse la droite et la gauche.

La suite des événements va achever l’évolution puisque la réduction du radicalisme et son explosion vont réduire la gauche au Socialistes, Communistes et Trotskistes. La droite elle, se partage entre opposants au gaullisme (ce qui va de la gauche à l’extrême droite), gaullistes et avec l’extrême droite populiste.

Où en sommes-nous ?

Le Communisme est tombé. Le Socialisme n’est plus vraiment une donnée claire puisqu’il a renoncer au collectivisme, à la Révolution et se résume surtout à une opposition entre Gauchistes étatistes, ex-mitterandiens et quelques marxistes ; et réformistes, sociaux-démocrates.
DeGaulle est mort. La droite est divisée. Entre ultra libéraux, atlantistes et liés aux puissances financières; classes moyennes centrées sur le travail, le mérite et une vision péjoratives de l’exclusion comme étant aussi le fruit de l’incurie des exclus eux-mêmes; et droite conservatrice mais ayant une dimension sociale certaine. Puis l’extrême droite.

S’ajoute à cela la kyrielle d’éléments disparates dits “centristes” : gauche moderne, modem-udf, PRG, Radicaux Valoisiens, Nouveau Centre et j’en oublie sûrement.

Et si le problème venait d’un ordre établi purement électoral, les partis étant devenus l’élément phare de la République puisque ce sont eux qui décident, avant le citoyen qui ne fait qu’enregistrer ce choix, des élus. En effet, l’UMP et le PS sont les deux monstres du jeu politique actuel. Et ils sont tous les deux divisés. Et quand on y regarde de plus près…

Quelle différence y a-t-il entre l’aile gauche du PS et l’aile social-démocrate ? Beaucoup. J’ai pu en faire l’expérience. Les deux n’ont pas grand chose à faire ensemble si ce n’est se faire élire.

Quelle différence y a-t-il entre un UMP sarkosyste, très libéral, très “s’ils sont pauvres ils se démerdent moins j’ai bien réussi à l’avoir ma BMW”), et un UMP qui dit seulement que pour lui le socialisme c’est le collectivisme et que l’alliance communiste c’est terrible mais qui au final, souhaite l’égalité, le développement social et économique, l’épanouissement de chacun, et la souvegarde des libertés et de l’identité de la République ? Beaucoup également, assurément.

Et entre ces deux clivages ? N’y a-t-il pas un fond commun à tous ceux qui se situent là, entre droite modérée et gauche réformiste ? Je vous laisse juges.

Il y a donc deux choix : soit on considère qu’il y de part et d’autres de ces deux lignes qui passent au travers des deux partis institutionnels une droite et une gauche avec centre au milieu, soit on considère que nous avons une forme édulcorée de l’extrême droite et une forme édulcorée de l’extrême gauche… et alors qu’a-t-on au milieu ? Une nouveau clivage ?

On peut considérer que tout ce bloc c’est la gauche (principes : république, solidarisme, réformisme pragmatique etc.), mais alors nécessairement il y aura là aussi des tendances. Et encore… n’y aura-t-il pas plus de possibilité d’écoute, de dialogue, d’échanges et donc de consensus au final entre ces différents éléments et les courants du PS par exemple ?

Quoi qu’il en soit et en définitive, je crois que ce seront les citoyens, les journalistes, les spécialistes qui détermineront ce qu’est la gauche (et elle ne doit pas être réduite au socialisme) et qui en fait partie. J’aimerai, cela va de soi, que ce soit mon cas.

B.S.