“La lutte politique sera entre le peuple et les puissances financières. Plus d’un socialiste a annoncé que l’organisation démocratique convenait merveilleusement aux tyrans d’aujourd’hui, qui sont les grands chefs de la banque, de l’industrie, du commerce. Comment agit-on sur l’opinion ? Par les journaux, et pour lancer un journal, il faut de l’argent. Les élections de même ; non que l’électeur soit à vendre, mais on agit aisément par le journal, par l’affiche, par des dons aux oeuvres d’instruction et d’assistance, par des services rendus à ceux qui dirigent l’opinion. C’est un jeu de conduire l’opinion, dès que l’on paie ; les entrepreneurs de publicité le savent bien.”
[etc...]
Après quoi il défend le scrutin d’arrondissement (uninominal) contre le scrutin de liste (proportionnelle) pour éviter que les élus ne soient esclaves des partis ou des grands journaux. C’est toujours la même idée que les partis volent aux citoyens le choix de leurs élus (à moins que les citoyens ne se décident à adhérer massivement dans les partis politiques et à exiger de porter leur contrôle ici-même, là où tout se joue… mais combien auront cette force civique ? Combien prendront réellement la mesure de la mascarade que sont devenues les élections libres dans des Républiques de partis ?
Ah, je me souviens de Michel Rocard lorsqu’il disait à la tribune lors de son mandat de premier ministre ( 1988 ) : “je rêve que l’on regarde ce qui est dit et non pas celui qui le dit”. Mais c’est tellement plus simple, soit d’être dans un parti et de s’y attacher solidement dans la facilité de l’appareil et en se faisant une montagne des mesquineries qui l’animent ; soit d’être gentiment installé dans sa vie confortable de citoyen passif, de critiquer les partis, de regarder la campagne à la télé et d’aller tranquillement voter, la conscience en paix… la faiblesse et la paix ne sont pas bonnes amies en général. Garde donc, citoyen, de ne plus être digne de ce nom, de te le faire arracher par d’autres et de ne plus avoir ni la force ni le temps de t’en défendre.
eh oui…
Je retiendrais particulièrement cette phrase “à moins que les citoyens ne se décident à adhérer massivement dans les partis politiques” avec un trémolo tout de même : les luttes d’argent se jouent malheureusement aussi en interne des partis lorsque ceux-ci se massifient. Le fonctionnement des primaires américaines en est un exemple.
Pour la phrase de Rocard je suis d’accord avec lui, c’est un rêve… un beau rêve cela dit. Peut-être est-ce aussi aux militants politiques de pousser à la conscience citoyenne. N’est-ce pas d’ailleurs ce à quoi tu nous encourageais dans les lignes d’un rapport qui a conduit au projet d’université démocrate tel que nous tentons de le développer?