Politique et compétences

Dans le Propos d’Alain du 27 octobre 1912, ce philosophe dont je recommande la lecture assidue surtout à nos amis démocrates revient sur un argument contre la démocratie : un peuple peu compétent enverra comme députés des incompétents. Les choses iraient mieux si l’on prenait savants et experts directement.

Pour Alain, mieux vaut la probité que la compétence. Le risque est trop grand de voir un parfait expert dans son métier se révéler aussi tyrannique au pouvoir qu’il ne l’est dans son laboratoire ou son cabinet. “Ainsi leur science pourra bein nous coûter cher. J’aimerais souvent mieux un honnête homme qui n’aurait pas trop réussi. Bref, je ne désire pas avant tout des Compétences.”

Il avance également que le Conseil d’Etat, la Cour des comptes et les nombreux corps de ministères sont le lieu où l’on trouve d’excellentes compétences. Celles-ci cependant, et les faits le montrent, ont besoin d’un aiguillon, d’une surveillance si on veut les voir utiliser au mieux. Et c’est pour cela que, selon lui, “on prend à tort les ministres pour des hommes qui devraient être plus savants que leurs subordonnés”.

Or, selon Alain et c’est un leitmotiv que je fais parfaitement mien : le citoyen contrôle le député qui contrôle le ministre qui contrôle l’administration. Si celle-ci ne donne pas satisfaction : “Le peuple est celui qui paie; et ses représentants ont mille moyens de faire que le peuple soit bien servi, si seulement ils le veulent.”

C’est donc quelqu’un qui veut que ce contrôle s’exerce qui doit être désigné, et non pas quelqu’un qui pourra disserter des heures avec son subordonné sur une question d’expert.

Le problème principal aujourd’hui est de deux ordres :

- au somment du système le député est le vassal d’un gouvernement puisque tous appartiennent à un même parti structuré autour de l’élection présidentielle pour dispenser des prébandes à ceux qui arrivent à se placer

- à la base du système le citoyen n’a pas de prise sur celui qui est désigné, à moins d’entrer lui-même dans un parti et, nous le savons, au sein des partis ce n’est pas nécessairement celui qui veut contrôler, celui qui reste honnête et ferme qui sera devant les électeurs. Ce sera peut-être cela. Mais ce sera d’abord et avant tout celui qui détiendra des compétences d’un autre ordre et beaucoup moins nobles que celles dont nous parlions au début de ce billet.

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5 commentaires Leave a comment.

  1. “Lorsqu’on me demande si la rupture entre les partis de droite et les partis de gauche, les hommes de droite et les hommes de gauche, a encore un sens, la première idée qui me vient est que celui qui demande n’est pas un homme de gauche”Alain

    En effet ça serait une réflexion utile pour beaucoup de gens au MODEM.

  2. Et oui, c’est pourquoi je dis que le Modem doit s’assumer comme porteur d’idées de gauche (mais il y en a aussi plus loin), et que je suis de gauche a priori… tout comme Alain d’ailleurs qui n’a jamais été socialiste.

    Nous avons assez bagarré côte à côte en interne au PS pour savoir que le débat, qui est le plus à gauche ?, n’a guère de sens ou d’intérêt.

  3. ah mais relis moi, je n’ai jamais parlé du plus ou moins à gauche.J’ai juste dit que le clivage gauche/droite avait un sens, ce que tu ne nies pas au contraire de Bayrou et du MODEM en général qui, nous sommes d’accord, se trompe.

  4. C’est un peu aussi ce qu’on retrouve dans les écrits de Weber (Non romain pas L’ethique protestante ou l’Esptrit du Capitalisme). Dans Le savant et le politique, il montre qu’il y a là deux secteurs différents, deux métiers distincts. Savoir répondre à une question sur un problème donné c’est une chose, connaître les mécanismes en est une autre. J4ajoute qu’un expert qui gouverne est tenté de s’enfermer dans la bulle de ses certitudes scienctifiques, or la politique c’est l’épreuve du terrain, et du compromis entre la réalité et l’idéal.

  5. @P.Masson:l’éthique protestante donne hélas une vision datée du protestantisme aux étudiants


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