Devisons

J’aime bien les devises, « Je maintiendrai », « Dieu et mon droit » ou l’autre britonne, « Honni soit qui mal y pense »… ex voto ou affirmation, adresse ou mise en garde, ces devises médiévales ont un sens souvent protecteur. Je préfère les devises dynamiques, celles qui ne font pas naître un sentiment de force, celles qui ouvrent des perspectives, non moins fortifiantes d’ailleurs. Trois d’entre elles attirent mon attention. Positiviste, révolutionnaire et solidariste.

Auguste Comte avait posé : « L’ordre pour base, l’amour pour principe et le progrès pour but ». Ordre, amour et progrès. Autrement dit des jambes, du cœur, et une tête pour faire avancer tout ça. C’est une devise de science et d’humanisme. Science parce que c’est une matière qui demande de l’ordre, qui ne fonctionne que si l’on aime ce qu’on fait, et qui est le progrès. D’humanisme, à cause de la conscience de réalités intangibles : il faut des règles, il faut l’altruisme, l’existence ne vaut que si l’on en fait une belle chose. Ordre, amour et progrès sont trois choses parfaitement étrangères à l’univers insensibles. J’aime cette devise, car c’est le cri d’un homme libre au monde qui l’a produit, mais qui l’ignore. Le Grand Orient avait pour devise : « Liberté et égalité ». Les républicains de 1848 auront ajouté à cette devise déjà reprise par ceux de 1789 un noble mot pour donner : « Liberté, Egalité, Fraternité ». C’est aussi une devise mécanique, mais moins scientifique. Elle est sœur de la Déclaration. Elle est donc toute métaphysique, sybilline, faites de mots qui parlent à l’homme sensible plus qu’à l’homme rationnel. Et il faut un effort pour la rendre lisible, effort parfois vain et aux résultats divers : on peut les combiner de bien nombreuses façons. La liberté suppose l’égalité, ou l’inverse. Laquelle conduit la fraternité ? je crois que ce jeu est un peu superflu. Liberté, oui, égalité, oui, fraternité, et comment ! Voilà une lecture peut-être plus sans culotte, qui détonnerait un peu si elle figurait sur une planche. J’y vois donc non pas un triptyque rationnel qui commanderait l’action. Non, j’y vois un triptyque d’affirmation, d’instinct, qui appel l’action mais sans révéler comment.

La troisième devise l’y aide un peu, réunissant les trois. Elle nous vient, je crois, de Léon Bourgeois. Lisez Solidarité ! (sur gallica) Il avait proposé que les radiaux changeassent la devise nationale en : « Liberté, Solidarité, Justice ». C’est là une doctrine un peu métaphysique puisqu’en un sens incantatoire, mais elle n’est pas dénuée de logique. Tenant cela de son auteur, elle décrit la représentation qu’on doit avoir de l’individu, de la société et de l’humanité. L’individu est un être qui doit être considéré, respecté, promu à la liberté, qu’on la pense réelle ou qu’on la sache imaginée. Cet individu, pourtant, n’est pas dissociable des autres. Il vient au monde avec une dette, il doit s’en acquitter. Et se plaçant dans un rapport de solidarité. Dès lors, on parle de coopération, de travail associé. N’est-ce pas un peu de la Fraternité aussi ? Et tout ça pourquoi ? Pour que l’humanité, faites d’individus libres et solidaires, s’identifie à la Justice, seul sentiment parfaitement désintéressé, véritable source de satisfaction et agent du bonheur généralisé. Voilà ce qui m’est venu. C’est un peu candide, peut-être naïf, pourquoi pas un peu sot, je l’admets volontiers. Mais parfois, cela fait du bien d’être un républicain un peu sot.

Publié dans:  on 6 mai 2009 at 5:21 Commentaires (1)

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  1. C’est très bien.
    Le mot que je préfère dans toutes ces devises, c’est le mot fraternité.
    C’est celui qui fait la synthèse entre l’amour, l’égalité la liberté, la justice, la solidarité.
    En fait je prendrai Liberté Solidarité Fraternité.
    Solidarité et non Egalité, par par darwinisme social, mais parce que je crois postuler l’égalité, c’est ne pas parler des devoirs que la condition humaine nous impose. µEgalité des chances, égalité des droits, égalité à la naissance, égalité rattrappée au cours de la vie, tout cela ne parle qu’à ceux qui n’ont rien, et leur donner des droits. C’est déjà beaucoup. Mais ça ne dit rien aux autres. Soldiarité: tu ne laissera pas ton frère seul tu l’aidera, et c’est par là que peut prendre vie l’égalité.
    Liberté: on n’est pas Homme si l’on n’est pas libre. La liberté de l’homme enchainé, c’est sa parole. La liberté de l’Homme baillonné, c’est son esprit.


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