« Il y a en France des ministres. On murmure même qu’il y a encore un Premier Ministre. Mais il n’y a plus de gouvernement. Seul le président de la République ordonne et décide. »
Ce passage du Coup d’Etat permanent de François Mitterrand doit interpeller tout observateur de la vie politique par son actualité. Pourtant, c’est le général De Gaulle qui est visé ici. Et je crois que c’est la suite du passage qui éclaire bien la différence entre ce que l’on peut dire de Nicolas Sarkozy, et je crois que la première partie s’applique parfaitement, et ce qui est différent.
« Certes les ministres sont appelés rituellement à lui fournir assistance et conseils. Mais comme les chérubins de l’Ancien Testament, ils n’occupent qu’un rang modeste dans la hiérarchie des serviteurs élus et ne remplissent leur auguste office qu’après avoir attendu qu’on les sonne. »
Dans la critique que fait Mitterrand, il voit les ministres comme des conseils, comme des serviteurs. Ils sont sonnés pour assister le Prince à gouverner. Or, avec le président Sarkozy, point de cela. Les ministres ne sont que des faire-valoir, ils sont là pour la montre. Et le mot est choisi à dessein. Il y a le cercle élyséen, dans lequel tout se décide. Il y a sûrement, aussi, les cabinets ministériels qui gèrent le quotidien. Et puis, entre le président et les ministres, il n’y a qu’une communauté médiatique. Ils ne sont que les projecteurs auxiliaires du premier. C’est parce qu’il les rabaisse qu’il peut se rehausser. Et le mot est choisi à dessein.
Ce que l’on peut dire de tout cela, c’est qu’avec De Gaulle, et même avec Mitterrand, il y avait certes une dimension monarchique de la présidence, mais celle-ci restait une présidence de la République par l’idée que ces hommes avaient d’eux-mêmes, de leur pays, de l’Histoire et de leur fonction. Aujourd’hui, cette présidence n’est même plus monarchique parce que ce serait là faire insulte à certains monarques que nous avons connus. Et ce n’est absolument plus républicain parce que l’idée que se fait Sarkozy de lui-même : c’est une idée de nouveau riche en adoration devant l’argent et, au fond, jaloux de ceux qui en ont toujours eu et plus que lui n’en n’aura jamais. Parce que l’idée qu’il se fait de son pays est à des années lumières de nos principes fondamentaux. Et quoi de plus normal quand on n’a connu que Neuilly, la jet set et peut-être (et encore ? dans quelle mesure ?) la haute finance ? Parce qu’il ne se fait probablement aucune idée de l’Histoire. Et parce qu’enfin, il se fait de la fonction qu’il occupe une idée de chef de clanc, d’entremetteur d’affaires et de rouleur de mécaniques.
Nous avons connu des grands hommes de grande taille. Nous avons connu des grands hommes de petite taille. Nous avons maintenant un petit homme de petite taille. Et si j’étais jamais lu par lui, il me donnerait probablement la meilleure preuve de ce que je dis.
« Ce sont les petits hommes, qui se soucient des petits écrits. » Beaumarchais.