A Milan se tient du 3 au 21 septembre 2009 la “Festa Democratica”, héritière de la “Festa de l’Unità”, organisée par le Partito Democratico et déclinée dans toute l’Italie à des dates différentes mais toujours selon le même mode : beaucoup de convivialité, des conférences et des tables rondes. C’est dans ce cadre que j’ai été invité, et je les en remercie, par nos amis italiens.
Arrivé sur place Samedi, je suis reparti Lundi et arrive à l’instant à Lyon. J’en garde un excellent souvenir. D’abord l’amitié toujours vivace avec Allessandro Zunino et Matteo Cazzulani qui m’ont successivement accueilli chez eux. Ensuite le rafraîchissement dont on bénéficie lorsque l’on se plonge dans l’aventure du Parti Démocrate. Les Italiens ont réussi le pari de réunir une quinzaine de partis politiques sous une seule et même entité, opposant ainsi aux forces réactionnaires de Silvio Berslusconi une force progressiste unifiée.
Bien sûr, il serait naïf de ne pas parler de la part d’ombre de cette initiative. Depuis sa création le 14 octobre 2007, le Parti Démocrate n’a pas connu les succès auxquels on pouvait s’attendre après la mobilisation de plusieurs millions d’électeurs lors des primaires de 2005 pour désigner Romano Prodi (alors pour l’Unione mais qui était l’ébauche du PD) et Veltroni en 2007. C’est cette part d’ombre qui conduit les Démocrates italiens à se donner aujourd’hui, avec leur Congrès, le temps du débat et de l’affirmation d’une identité.
Trois candidats présentent trois motions à ce Congrès : Pier Luigi BERSANI, Dario FRANCHESCHINI et Ignazio MARINO. La lutte se joue entre les deux premiers protagonistes. Au dire des militants avec qui j’ai pu discuté, un des points positifs est que l’origine partisane n’entre pas vraiment en ligne de compte : BERSANI vient des Démocrates de Gauches (anciens communistes, puis socialistes, puis DS) tandis que FRANCHESCHINI est originaire de la Margherita. Ce point est important car on pouvait craindre que le PD ne soit qu’une simple addition de vieux appareils.
Dans ce débat pour l’identité du centre-gauche (il est notable d’ailleurs que tous parlent de centrosinistra et jamais de la Gauche véritablement, qui confine plus à notre extrême-gauche, peut-être déjà une première leçon), il y a bien sûr les idées, mais il y a aussi la stratégie. En lisant les motions et en discutant avec les militants, j’ai cru comprendre que BERSANI reste à la fois attaché à une politique plus ancienne, d’une position sociale plus affirmée, mais prend aussi le pari de solidifier le PD rapidement. FRANCHESCHINI semble avoir une attitude plus prudente. Sa motion est beaucoup plus centrée sur une attitude générale, sur des principes d’ouverture, parce qu’il vise à faire du PD un parti majoritaire, capable de gagner les élections sans se soucier trop des éventuelles alliances, ce qui suppose donc de ne faire fuir personne.
J’essaierai de revenir sur ces deux motions dans les jours prochains…
Je termine ce billet sur la soirée d’hier, qui était finalement l’objet premier de mon invitation. J’étais convié à une table ronde sur le “PD dans le mouvement progressiste mondial”. Il y avait Sandro Gozzi, député italien, Gianfranco Susta, député européen avec qui nous avons dîné (et qui parle très bien Français !), un concitoyen, Thomas Boquillon, qui anime la section PS de Milan, la responsable des Democrats Abroads,
Mon intervention aura été très courte car je tenais à m’exprimer en Italien. J’ai simplement tenu à dire que ce qui se passe en Italie est très important. Les mots communistes, socialistes, chrétiens démocrates, etc. sont des mots anciens. Mieux vaut les oublier un peu lorsqu’ils ne peuvent que diviser le camp progressiste. Mais juste un peu, parce qu’ils portent encore du sens. Les deux motions principales rappellent toutes les deux que le PD doit s’inscrire dans l’histoire politique italienne et ne pas sortir de nulle part.
Au fond, nous ne sommes pas obligés de penser exactement la même chose (allers vers la flexsécurité par exemple ou non? qui est une question dont parlent les militants). Le débat, le parlementarisme, sont l’essence de la démocratie. Mais nous sommes obligés d’aller tous dans la même direction, c’est-à-dire vers plus de progrès, de justice sociale, d’égalité, d’épanouissement pour l’individu. Cela parce que sinon, l’alternative à la droite ne sera jamais autre chose qu’une bonne intention, parfois auréolée d’une belle primaire ou d’un coup médiatique.
Ce qui se passe en Italie est pour moi une invitation, parce que la plupart des politiques sociales et économiques n’auront de sens qu’au niveau européen, et que cela suppose que les forces progressistes non seulement soient au pouvoir dans une majorité d’Etats européens, mais se parlent et se préparent à avoir une politique cohérente, commune. En France, nous en sommes encore à débattre de l’opportunité de parler entre nous. Nous avons un train de retard. Et c’est Sarkozy qui reste le chef de gare…