La Tunisie à la croisée des chemins…

Première réaction en entendant les infos ce matin : que j’aurais aimé être tunisien… que j’aimerais aller là-bas. Et puis la réalité, impuissance d’un simple auditeur éloigné, spectateur dans l’expectative. Alors voilà, la seule contribution, bien modeste, probablement inutile et qui pourrait passer pour une prétentieuse vanité. Un simple article sur un blog très peu lu, personnel ou presque. Qu’importe.

Ben Ali en fuite, et en Arabie Saoudite s’il vous plait, solution de repli après le refus de la France d’accueillir l’ancien dictateur. Ironie du sort twittée par Romain Blachier que la fuite du “rempart de l’islamisme” dans le pays de l’islam parmi les plus rétrogrades. Une révolution du jasmin, un nom qui rappelle celle des œillets.  La foule en colère mais finalement peu violente qui chasse l’homme fort d’un régime autoritaire et népotique. Et pourtant, une révolution rendue possible par l’émergence d’une classe moyenne, d’une jeunesse instruite et cultivée, rendue possible aussi par les brèches que le régime n’a pas pu combler.

Et pourtant, l’opposition est soit factice, alibi du régime tombé, soit trop faible, associations des droits de l’homme, soit exilée… et seulement deux mois pour préparer une élection présidentielle. Premier point qui me choque et me gène : une élection présidentielle est-elle souhaitable pour établir en Tunisie un régime républicain ? Ne faut-il pas plutôt préparer en Tunisie l’émergence d’un parlementarisme de combat tel que celui qui fit en France la République après la chute de Napoléon III ?

Loin de moi l’idée de donner des leçons, l’audience de ce blog suffit à rendre risible pareille prétention. Pourtant je m’interroge, car nous nous y connaissons en révolutions. 1789. 1830. 1848 1870. Et le Portugal, l’Espagne, la Grèce aussi. J’ai entendu que les avocats, profession libre et organisée, ont tenu un rôle de premier plan dans les manifestations qui ont fait tomber le régime. Je souhaite aux tunisiens que de leurs citoyens cultivés, engagés et sincères, ils sachent promouvoir ceux qui feront la République tunisienne. Je leur souhaite de tout mon cœur  un Gambetta. Car il faut, il faut, que cette révolution ne soit pas qu’un cri du peuple opprimé et miséreux. Il faut que cette révolution soit le début d’une nouvelle ère de progrès pour ce pays.

Parce que je suis inquiet. Cette élection est prévue dans deux mois, 60 jours seulement. Va-t-elle donner de faux espoirs ? Remplacer un clan par un autre. Remplacer un régime par un autre. Il ne faut pas que le peuple tunisien se laisse leurrer par les espoirs faciles mais souvent déçus du pouvoir personnel, aussi bien intentionné soit-il. La France, déjà, doit beaucoup pour sa décadence dans la faiblesse d’un peuple qui se laisse emporter tous les 7 et maintenant 5 ans dans une lutte simpliste entre individus. La France, déjà, a commis l’erreur de laisser la politique à des écuries, à des vassalités se partageant des prébendes.  Je souhaite à la Tunisie de faire la démocratie autrement que par une élection personnelle prédominante. Je lui souhaite une vie politique quotidienne, au contact des représentants de la nation. Que les citoyens se réunissent, humbles. L’humilité de ceux qui veulent agir mais seront inéluctablement faillibles. Humilité de ceux qui veulent choisir, mais qui doivent le faire avec précaution et crainte. Que les citoyens s’emparent du pouvoir, du vrai pouvoir, de tout le pouvoir, ambitieux. L’ambition de ceux qui pensent pouvoir construire une Tunisie qu’ils laisseront, après eux, plus belle et plus juste. Ambition de ceux qui veulent être dignes de ce noble mot de citoyens, et qui devront donc être exigeants, envers eux-mêmes et envers leurs représentants.

Alors, s’il doit y avoir un président tunisien dans soixante jours… puisse ce président ne pas être un chef, un sauveur. Ni césar, ni tribun. Mais simplement le premier magistrat chargé de veiller à l’émergence d’une société politique qui s’organise pour le gouvernement. La Tunisie doit établir la démocratie avec un régime présidentiel, autre lègue contestable de la France à son protectorat. Tâche difficile et périlleuse. Alors pour finir en ne parlant pas de la France je dirais seulement ceci. Qu’ils élisent dans deux mois un Georges Washington. Mais qu’ils nous présentent très vite une société politique progressiste, laïque et sincère. Des pères fondateurs à côté de ce président, peut-être même fasse à lui, mais surtout pas soumis. Des John Adams, Benjamin Franklin, Thomas  Jefferson, et autres Thomas Paine.

Vive la révolution du jasmin, vive la Tunisie mais par dessus tout, vive la République !

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