Un prix, le bilan

Il y a trois ans, alors que je profitais d’un séjour dans la campagne milanaise chez de bons amis à moi, je suis tombé par hasard sur la publicité facebook de l’association Respublica Nova. Je découvris alors l’existence du concours Jeune Cicéron, un prix du discours politique dont c’était alors (en 2009) la 4° édition. Le sujet était le suivant : « Les mondialisations sont-elles vouées à l’échec ? » Comme j’avais un peu de temps devant moi, j’ai réfléchi un peu et puis, de retour en France, je m’y suis mis franchement, ai lu quelques trucs ici ou là et après quelques semaines je rendais ce premier discours. Les modalités sont en effet les suivantes : une fois le sujet publié, les candidats ont jusqu’à une date limite pour envoyer un discours de 30 000 signes (un peu moins de 10 pages). Une sélection est opérée et au final, le jury désigne les 7 finalistes sur la base des meilleurs discours écrits. S’en suit une phase finale au Sénat lors de laquelle les 7 finalistes ont 10 minutes pour convaincre.

Inutile de vous dire que le plus dur dans tout ça, c’est de passer de 10 pages à 10 minutes. La première fois, j’ai essayé de résumer mon discours… le résultat fut un capharnaüm confus et brouillon ; bref, je me suis planté même si mon discours écrit avait marqué (en bien) certains membres du jury. Mais je trouvai l’exercice extrêmement intéressant (un sujet imposé, une date limite, un défi oral pour finir) et je décidai donc de recommencer.

La cinquième édition (2010) avait pour sujet : « L’écologie laisse-t-elle une place à l’homme ? » Là, j’avoue que j’ai un peu sauté de joie… passionné par le sujet, exploiteur avide des ressources disponibles depuis un moment et notamment le site de Jean-Marc Jancovici, j’ai décidé de faire d’abord un plan d’intervention orale et de voir ensuite pour l’écrit. La méthode était intéressante. J’ai mis de côté mon brouillon d’oral et là encore, je rendais au final un deuxième discours. Cette fois encore, j’étais choisi parmi les 7 finalistes et je comptais ne pas me planter. Cette fois, je n’avais pas commis la même erreur. Cette fois, j’avais pris garde d’insister sur les affirmations, les exhortations mais, hélas, alors que certains jurés m’ont dit n’avoir pas été d’accord, je n’étais ni premier, ni même dans les trois premiers. J’étais un peu déçu mais l’exercice me passionnait encore et je voulais de toute façon y participer à l’écrit.

La sixième édition s’est tenue cette année 2011. Le sujet était : « La démocratie a-t-elle besoin d’élites ? » Il est tombé fin mars, je crois, et la date limite était début mai. Nous avons découvert le sujet un soir, Charlotte et moi, et nous avons passé quelques heures de brainstorming. C’est un peu un classique comme sujet, aussi fallait-il faire, peut-être plus que les autres années, un effort d’originalité, de problématisation. J’avoue que j’ai eu du mal, quand même, mais au final je suis assez content du résultat pour ce troisième discours, rendu même en avance, grâce à une ultime séance de travail avec Charlotte.

L’association a connu une difficile transition entre l’ancienne et la nouvelle équipe, aussi y a-t-il eu quelques ratés… et les résultats ne sont tombés que le lundi 6 juin, pour une finale le 11. Je reçois alors un mail m’indiquant que, une fois encore, je suis parmi les 7 finalistes (j’ai appris depuis qu’il n’y avait cette année que 50 candidats, contre 200 et + les autres années…). Un autre mail nous a informé de l’annulation de Laurent Fabius, qui devait présider le jury… j’ai alors remarqué les adresses mails des concurrents : ens, polytechnique, essec… les élites aiment à parler d’elles-mêmes 😉

Cette fois, je voulais faire les choses le mieux possible, d’autant que j’avais besoin de m’aérer l’esprit après une difficile conférence de thèse le lundi. J’ai donc fait appel à ce que j’appelle la « dreamteam » des plaidoiries de l’ADELY. C’est ainsi que mardi MM. David Houdin et Benjamin Achard m’ont aidé à sauter un premier cap, indispensable mais particulièrement difficile : m’extraire du discours écrit, dans lequel on est toujours enfermé. Le jeudi soir, je me trouvais à nouveau bien entouré des mêmes et de Pierre N. (au nom batave que je m’abstiendrai d’écorcher) ainsi que Mlles Pao et Alex, pour recevoir d’utiles commentaires, quelques idées et aussi, chose qui n’a pas de prix, une marque de confiance et leurs encouragements. Le lendemain nous partions pour Paris, Charlotte et moi, et après une très efficace matinée de travail, nous arrivions au Sénat avec une répétition dans mes écouteurs, quatre feuilles manuscrites avec les premiers mots de chaque paragraphe (astuce très efficace proposée par Cha ! bien que particulièrement stressante…) et les deux passages dont j’avais besoin textuellement. Quelques heures plus tard… j’étais désigné vainqueur de cette édition. Merci plus particulièrement à Charlotte qui en partagera le prix, non pour des raisons d’intimité, mais par mérite et en raison de sa part dans le succès (précision utile en ces temps de féminisme ambiant).

Au titre des regrets, je déplore l’absence de cocktails après la finale, non pour jouer les pique-assiettes, mais plutôt pour la discussion et les avis partagés. Au titre de l’anecdote… je suis invité pour le 14 juillet à faire un discours (en principe le même) sur la place publique de Vaison-la-romaine ! « Aux armes citoyens » ! 😉

Voilà pour ceux que cette expérience intéresse, j’espère vous avoir donné envie de participer. Je crois que l’exercice est excellent et devrait être multiplier, notamment lorsqu’on s’engage en politique. On ne travaille jamais avec assez de rigueur et de profondeur. Là, on n’a pas le choix (enfin si on veut faire les choses sérieusement). Ceux qui ont lu jusque là s’arrêteront sûrement car après le prix, je veux parler du bilan.

Tout d’abord sur le fond. Ceux qui auront le courage de lire les trois discours (mondialisations, écologie, élites) y verront j’imagine une évolution en qualité, en tout cas en style. Ils y percevront peut-être aussi une constance (malgré un affinement) de la même logique qui s’applique aux sujets. Ces sujets d’ailleurs, sont intimement liés. Les mondialisations posent le problème de l’universalité, et donc d’un idéal que l’on peut vouloir se réaliser dans le monde entier ; l’écologie pose la question des limites physiques du monde et de la nécessité de s’y conformer, de chercher une humanité inscrite dans un cycle, la stabilité dynamique, et non une croissance perpétuelle impossible ; les élites et la démocratie, c’est toute la question de la mise en œuvre de cet idéal, de la gestion des crises qui s’annoncent, en plus de la structuration sociale.

Et je crois que c’est ce dernier point qui doit faire office de bilan. Ce rapport du citoyen à la politique, aux élites, aux partis. Peut-on faire confiance aux appareils actuels, même assistés des meilleurs « experts » réunis en think-tanks parisiens ? Peut-on faire confiance à des élus obnubilés par les sondages et ne voulant dire aux électeurs que ce qu’ils veulent entendre ? (au passage, n’est-il pas affligeant de voir que les députés ne se souviennent qu’ils ont un pouvoir sur le gouvernement que lorsque leurs administrés se plaignent des RADARS ???)

Mais ce bilan « jeune cicéron », s’insère dans un bilan plus global, dont il me prend l’envie d’ébaucher les contours ici même, au risque d’être bien trop long. Qu’importe, je crois honnête de dire que j’écris essentiellement pour moi ici (vu le nombre de lecteurs). Je ne crois qu’il y ait besoin de « faire de la politique autrement », chose qui signifie souvent « politique n’importe comment » dixit Q.T. Mais si les structure sont là : régime représentatif, parti politiques, etc. Elles sont comme des artères bouchées, réseau sclérosé d’un organisme anémié. La vie n’y coule plus guère, tout y stagne et, fatalement, y pourrit.

Je n’ai qu’une modeste expérience mais je crois que l’indifférence et le mépris que subissent les jeunes dans les partis leur confèrent une lucidité parfois bien supérieure à leurs aînés. En trois ans de Parti socialiste, j’ai l’interne et l’externe d’une formation structurées sous formes de clans plus ou moins idéologiques, essentiellement personnels. J’ai vu des tabous et des totems composer une grammaire poussérieuse, composée d’un verbiage obligé, codé, mais finalement stérilisant. J’ai vu des gens bien, être à ce point meurtris, blessés, humiliés, dégoûtés, finir par se plier aux exigences du système, adopter les règles du jeu et en oublier jusqu’à la raison profonde de leur engagement : l’idéal.

J’ai découvert avec le modem que non seulement la présidentielle est la plus infantilisante institution de la République, mais aussi le pire ennemi du progrès démocratique. Certes, François Bayrou (pour lequel je n’ai pas voté…) a adopté une position intéressante, celle de l’honnête homme désirant restaurer les fondamentaux de la République afin de se préparer aux grands défis à venir. Bien sûr, on peut lui reprocher bien des choses, et notamment d’avoir trop vite laisser retomber l’enthousiasme de la présidentielle. Il est vrai que le jeune adhérent que j’étais en juin, était déjà un peu désabusé et pessimiste lors du congrès fondateur de décembre. Mais la vérité, c’est que la vie politique est hermétique aux vrais débats, aux vrais échanges, à la prise de risque et à la nouveauté. Il faut aux médias des idées de 45″, il faut à l’électeur une stabilité, des représentations simples et faciles à intégrer (Mélenchon le tribun, Royal la Sainte, etc.) Même les intellectuels sont séparés en deux catégories : ceux qui sont à la télé, et les autres. Je vous laisse devenir dans laquelle catégorie se trouve la qualité.

Je ne suis pas un « centriste », je n’arrive pas à dire qu’il peut n’y avoir ni gauche ni droite ; je pense en revanche qu’il n’y a pas UNE gauche et UNE droite ; il y a un spectre politique dont le nuancier comprend des gauches et des droites (au centre, peut-on peut-être opérer un regroupement). Ce dont je suis sûr en revanche, c’est qu’il y a un côté vers lequel je ne trouve aucun désaccord sur l’idéal que nous poursuivons (l’émancipation et la justice), tandis que de l’autre, il ne me faut pas avancer de beaucoup pour tomber sur des divergences irréductibles.

Pour autant, je crois que le spectre est perturbé, faussé. Trop des couleurs sont artificielles, héritées d’une époque où le principal élément de classement de la vie politique était : le marxisme. Celui-ci ayant disparu, nous retrouvons un spectre politique finalement plus proche des années 1870-1900, avant que le socialisme (collectiviste, Jaurès serait au NPA, pas au PS… lol) ne fasse irruption et, bien sûr, avant 1917 et l’arrivée du communisme. Mais nous maintenons les dénominations, les réflexes voire les invectives de la période 1917-1989. Cela explique en partie que l’on refuse de considérer amicalement le Modem à gauche alors que (et lisez bien mes discours), de nombreuses propositions pourraient avoir les faveurs de Mélenchon et ne trouver beaucoup de responsables PS pour les exprimer.

Mais, je le disais, l’expérience du Modem m’a montré que ce n’est pas dans le jeu politique partisan, à l’occasion d’une présidentielle, que les choses pourront changer durablement. Il faut agir à une charnière bien moins évidente, sur laquelle il est difficile d’avoir de prise, mais qui, pourtant, est la plus fondamentale : celle qui unit le citoyen au parti. Lisez la fin de mon discours sur les élites, je décris ce citoyen passif mais politisé, auquel il ne manque qu’une étincelle et des occasions, pour devenir actif et jouer son rôle.

L’élection n’est plus le lieu de dévolution du pouvoir. Ce n’est que le momentum où un camp est désigné contre un autre, comme l’appareil démocrate ou républicain aux U.S. avec la porosité que l’on connaît entre les deux. Le choix des représentants, la détermination de la ligne, les choix fondamentaux, sont le fait de l’appareil lui-même, dans lequel les militants trop nombreux et trop disciplinés ne sont pas des contrôleurs.

Facile… il faut massifier les partis ! Oui, mais… un type bien qui adhère à un parti n’y reste pas longtemps… il s’enfuit même rapidement à toute jambe ou alors se fait violence et reste, mais pessimiste et désabusé.

Facile… il faut des primaires ouvertes ! C’est en effet une chose qui devrait être systématique pour toutes les élections… mais cela demande que les partis le fassent, acceptent de se mettre en danger. Et cela implique une participation effective des citoyens. Qui connaît les conseils de quartiers et autres éléments de « démocratie » local (enquêtes publiques etc.) se rend bien compte que n’y participent que les opposants ou peu s’en faut.

Bah… il suffit de passer à côté, de court-circuiter le système et de faire de la politique dans les associations, les ONG etc. C’est ce que font bien des gens qui se disent : là au moins je suis utile. Mais si leurs actions concrètes leur amène une satisfaction immédiate… quel impact ont-ils sur les trajectoires politiques de la société à long terme ? peuvent-ils prétendre réellement être autre chose qu’un pis-aller, un engagement politique détourné, succédané de la seule et vraie politique qui compte ?

So what ? Qui peut en être sûr. Mon intuition est qu’il faut maintenant essayer de se mettre à mi-chemin entre les partis et la masse des citoyens « presque » actifs, ce grand public cultivé qui notamment chez les jeunes (2% seulement d’encartés !!!), constitue un réservoir immense d’engagement. Il faut leur proposer une interface destinée à : la formation personnelle, l’affinement des idéaux et des attentes en matière politique, le contrôle que l’on doit exercer sur les élus (et donc les partis). Quant à comment faire, comment attirer, convaincre, maintenir ? Comment ne pas s’aliéner les partis sans pour autant s’y inféoder ? Comment financer ? Comment organiser ? si je savais tout ça… je serais moins perplexe et inquiet.

Je suis déjà déterminé à arrêter la procrastination… c’est déjà pas mal non, et vous ?

Published in: on 12 juin 2011 at 4:14  Comments (5)  

La Tunisie à la croisée des chemins…

Première réaction en entendant les infos ce matin : que j’aurais aimé être tunisien… que j’aimerais aller là-bas. Et puis la réalité, impuissance d’un simple auditeur éloigné, spectateur dans l’expectative. Alors voilà, la seule contribution, bien modeste, probablement inutile et qui pourrait passer pour une prétentieuse vanité. Un simple article sur un blog très peu lu, personnel ou presque. Qu’importe.

Ben Ali en fuite, et en Arabie Saoudite s’il vous plait, solution de repli après le refus de la France d’accueillir l’ancien dictateur. Ironie du sort twittée par Romain Blachier que la fuite du « rempart de l’islamisme » dans le pays de l’islam parmi les plus rétrogrades. Une révolution du jasmin, un nom qui rappelle celle des œillets.  La foule en colère mais finalement peu violente qui chasse l’homme fort d’un régime autoritaire et népotique. Et pourtant, une révolution rendue possible par l’émergence d’une classe moyenne, d’une jeunesse instruite et cultivée, rendue possible aussi par les brèches que le régime n’a pas pu combler.

Et pourtant, l’opposition est soit factice, alibi du régime tombé, soit trop faible, associations des droits de l’homme, soit exilée… et seulement deux mois pour préparer une élection présidentielle. Premier point qui me choque et me gène : une élection présidentielle est-elle souhaitable pour établir en Tunisie un régime républicain ? Ne faut-il pas plutôt préparer en Tunisie l’émergence d’un parlementarisme de combat tel que celui qui fit en France la République après la chute de Napoléon III ?

Loin de moi l’idée de donner des leçons, l’audience de ce blog suffit à rendre risible pareille prétention. Pourtant je m’interroge, car nous nous y connaissons en révolutions. 1789. 1830. 1848 1870. Et le Portugal, l’Espagne, la Grèce aussi. J’ai entendu que les avocats, profession libre et organisée, ont tenu un rôle de premier plan dans les manifestations qui ont fait tomber le régime. Je souhaite aux tunisiens que de leurs citoyens cultivés, engagés et sincères, ils sachent promouvoir ceux qui feront la République tunisienne. Je leur souhaite de tout mon cœur  un Gambetta. Car il faut, il faut, que cette révolution ne soit pas qu’un cri du peuple opprimé et miséreux. Il faut que cette révolution soit le début d’une nouvelle ère de progrès pour ce pays.

Parce que je suis inquiet. Cette élection est prévue dans deux mois, 60 jours seulement. Va-t-elle donner de faux espoirs ? Remplacer un clan par un autre. Remplacer un régime par un autre. Il ne faut pas que le peuple tunisien se laisse leurrer par les espoirs faciles mais souvent déçus du pouvoir personnel, aussi bien intentionné soit-il. La France, déjà, doit beaucoup pour sa décadence dans la faiblesse d’un peuple qui se laisse emporter tous les 7 et maintenant 5 ans dans une lutte simpliste entre individus. La France, déjà, a commis l’erreur de laisser la politique à des écuries, à des vassalités se partageant des prébendes.  Je souhaite à la Tunisie de faire la démocratie autrement que par une élection personnelle prédominante. Je lui souhaite une vie politique quotidienne, au contact des représentants de la nation. Que les citoyens se réunissent, humbles. L’humilité de ceux qui veulent agir mais seront inéluctablement faillibles. Humilité de ceux qui veulent choisir, mais qui doivent le faire avec précaution et crainte. Que les citoyens s’emparent du pouvoir, du vrai pouvoir, de tout le pouvoir, ambitieux. L’ambition de ceux qui pensent pouvoir construire une Tunisie qu’ils laisseront, après eux, plus belle et plus juste. Ambition de ceux qui veulent être dignes de ce noble mot de citoyens, et qui devront donc être exigeants, envers eux-mêmes et envers leurs représentants.

Alors, s’il doit y avoir un président tunisien dans soixante jours… puisse ce président ne pas être un chef, un sauveur. Ni césar, ni tribun. Mais simplement le premier magistrat chargé de veiller à l’émergence d’une société politique qui s’organise pour le gouvernement. La Tunisie doit établir la démocratie avec un régime présidentiel, autre lègue contestable de la France à son protectorat. Tâche difficile et périlleuse. Alors pour finir en ne parlant pas de la France je dirais seulement ceci. Qu’ils élisent dans deux mois un Georges Washington. Mais qu’ils nous présentent très vite une société politique progressiste, laïque et sincère. Des pères fondateurs à côté de ce président, peut-être même fasse à lui, mais surtout pas soumis. Des John Adams, Benjamin Franklin, Thomas  Jefferson, et autres Thomas Paine.

Vive la révolution du jasmin, vive la Tunisie mais par dessus tout, vive la République !

Erratum… hypothèses et bafouilles

Contrairement à ce que j’ai écrit après avoir essayé de réunir les éléments actuellement à disposition, N.S. n’était pas trésorier mais porte-parole de la campagne d’Edourd Balladur, poste qui, comme chacun sait, est généralement confié à des hommes auxquels on n’accorde pas sa confiance. Remarquez, accorder sa confiance à Nicolas Sarkozy relève d’une certaine candeur, pour ne pas dire naïveté et là ce sont les faits qui le prouvent.

Les faits qui sont rares dans cette affaire. En voici certains qui me viennent à l’esprit :

– un attentant visant expressément les ingénieurs de la DCN et travaillant sur les sous-marins du fameux contrat fait 14 morts

– deux instructions existent, l’une du juge Trevidic portant sur l’attentat en lui-même, l’autre par le juge van Ruymbeke et concernant, là, les possibles infractions politico-financières

– Edouard Balladur ne peut justifier d’un versement de 10 Millions de francs

J’en oublie sûrement mais tout de même, ces trois faits suffisent à exiger que l’instruction suive son cours et bénéficie du concours de tous les pouvoirs publics impliqués.

Et puis il y a les hypothèses (qui sont parfois des « fuites » dont on sait qu’elles sont parfois la vérité, tout simplement, justement parce que la vérité fait bien plus de mal que la calomnie idiote) :

– hypothèse des rétrocommissions… Charles Millon et Valéry Giscard D’Estaing

– hypothèse de l’aval de Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget, pour créer la société offshore au Luxembourg, nécessaire tant au versement des commissions (qui garantissent le contrat) qu’à la réception des rétrocommissions qui elles…

– auraient servi à la campagne d’Edouard Balladur ; ce qui aurait conduit Jacques Chirac à diligenter une enquête (tiens, ça c’est un fait) et à fermer le robinet sans autre forme de procès. J’ose croire que la pratique est rare sinon trouver des agents à corrompre pour garantir des contrats pourrait devenir très difficile…

– l’hypothèse que l’attentat aurait été commis en représailles de cette décision ; hypothèse en lien avec les propos faisant état de craintes pour la sécurité des travailleurs au Pakistan si la décision était prise

Et puis enfin il y a les bafouilles que nous tenons grâce à Libération, je me demande ce qu’un expert en interrogatoires pourrait en dire, notamment sur les reconnaissances implicites de culpabilité. Sûrement des absurdités…

Outre le ton et le vocabulaire assez éloigné de ce qu’on pourrait imaginer venant d’un chef d’Etat, il y a des tics qui laissent songeur. Répétition systématique de phrases du type « est-ce que j’étais trésorier, monsieur ? » ou « vous voyez ce que je veux dire ». Cette phrase aussi où il se défend et se rend compte qu’il va un peu loin, d’où ce machin assez peu logique : « je ne dis pas que M. Balladur est en cause, mais moi ? » Rétablie la logique qui fait défaut, l’intéressé appréciera.

Autre formule qui laisse songeur : « je n’en ai aucun souvenir ». Autrement dit il aurait pu oublié ? D’autant que lui-même nous fait part d’une hypothèse plus qu’intéressante pour l’enquête… « peut-être que le ministère l’a fait à un moment, mais moi non jamais, je ne sais pas, je n’en sais rien ».

Tout ce qu’il semble savoir, c’est qu’il est ennuyé, et quand on est en difficulté, la meilleure défense c’est l’attaque. « Mon pauvre vieux », « ce brave monsieur Millon », « un avocat excité », « van Ruymbeke aussi » qui a le droit en plus, à un sous-entendu d’acharnement judiciaire : « c’était le même (que pour Clearstream), tiens, c’est curieux ». Oui curieux, pourquoi diable ce juge est-il encore en place ? N’a-t-on pas encore supprimé l’instruction qui est une intolérable inquisition ?

Sûr qu’un procureur enchaîné aurait mis bien mois de zèle à vouloir faire la lumière… Je ne veux accuser personne. Il y a des choses troublantes et j’exprime simplement mon trouble. On peut croire au complot des journalistes et des familles des victimes qui décident que, pour se venger de leur peine, ce serait quand même sympa de créer un scandale politique. On peut croire aussi à un président blanc comme neige, à tel point qu’à côté de Clearstream où, en effet, il est déclaré par tous innocent, il cite l’affaire Bettencourt, où en effet la probité de tous ses amis a été démontrée.

Mais je ne veux pas croire. Je veux savoir. Or je sais déjà que dans les affaires publiques, la corruption entre puissances étrangères au bénéfice des intérêts politiques des protagonistes dans leur pays n’est pas « incroyable ». Je sais qu’on peut tout à fait imaginer « un ministre du budget [organisant] des commissions et des rétrocommissions ». Je sais donc que le scénario qui ressort des éléments encore trop imprécis et incertains de ce bien sombre dossier est non seulement dans l’ordre du possible, mais également dans l’ordre du crédible.

Pour savoir il faut voir, alors, messieurs du Gouvernement, laissez l’opinion jeter quelque lumière sur tout cela. Point de secret qui, sous couvert du « sens de l’Etat » vanté par notre Président, ne soit une « raison d’Etat » au service de l’intérêt des gouvernants et non de la nation gouvernée. Point de secret qui ne soit réellement à la défense des intérêts vitaux de la nation. Donc, point de secret sur un contrat qui ne vise qu’à vendre des submersibles dont on peut souhaiter qu’ils ne lanceront jamais leurs torpilles. Le secret d’Etat est trop souvent le paravent à la dissimulation du crime… tiens, encore un élément commun avec l’Affaire.

Bonne nuit et bonne chance 😉

14 vies humaines…

14 vies humaines ont été enlevées à l’amour de leurs proches le 8 mai 2002 dans la ville pakistanaise de Karachi. On a pu croire à l’époque qu’une nouvelle fois, l’intégrisme avait voulu supprimer les représentants d’un occident honni. Hélas, la réalité pourrait être bien plus complexe. Si l’intolérance n’est pas nouvelle en humanité depuis les morts du Colisée à ceux d’Al Qaida en passant par les échafauds de l’Inquisition, il est d’autres résurgences de barbarie qui nous intéressent ici : l’esprit de calcul cynique au mépris de tout idéal, la cupidité et la corruption.

14 vies humaines aura été le prix de ce qui semble être le point de croix d’une vaste affaire mêlant politique, contrats d’armement et la plus vile cupidité. De quoi écrire un roman à succès et réaliser un blockbuster.  Une élection présidentielle opposant deux candidats de la droite. Des contrats négociés dans un pays où un tel projet nécessite de graisser la patte de certains décideurs.

14 vies humaines, qui pouvait y songer en 1995 ? qui en 2002 pouvait penser que Jacques Chirac pouvait être celui qui a appuyé sur un détonateur dont la mèche aura brûlé 6 ans, entre le jour où il pris cette décision d’humeur et le jour de l’attentat. Cette explosion fatale a provoqué la colère légitime des familles, qui veulent savoir. Grâce à elles, les médias s’emparent aujourd’hui de cette affaire, la justice et saisie et quelques rayons de lumière tentent de traverser l’épais brouillard qui nous empêche de présenter cette affaire avec toute sa sombre et cruelle vérité.

14 vies humaines auront eu, si vous m’excuser ce trait d’humour noir, un effet de résurrection pour au moins un homme politique que sa collusion avec l’extrême droite avait rejeté dans l’oubli, mais non en dehors du confort des chancelleries et autres salons feutrés dans lesquels ses « amis » lui ont permis d’évoluer. Charles Millon, ministre de la défense de Jacques Chirac, a été reçu par le juge d’instruction. Il dit avoir demandé à l’époque une enquête de la DGSE pour savoir ce que le gouvernement précédent, celui d’Edouard Balladur, avait bien pu faire à l’occasion de ses contrats d’armement. Probablement qu’il  ne fut pas surpris, mais plutôt ravi, de découvrir qu’aux habituelles « commissions » (entendez pots-de-vin) s’ajoutait, nous dit-il, « l’intime conviction » qu’il y avait bien eu rétrocommissions (entendez là-encore, des pots-de-vin à l’envers qui, versés sur des fonds publics à l’origine, constituent également un détournement de fonds).

14 vies humaines ne pèsent pas lourd devant les intérêts en présence : armement, affaires étrangères, sommet de l’Etat et armée, un premier ministre et deux présidents de la République puisque Nicolas Sarkozy, trésorier de la campagne d’Edouard Balladur, serait donc celui qui a, tout au moins, dépensé l’argent ainsi gracieusement reversé par les corrompus d’Islamabad. 14 vies humaines ne pèsent pas lourd… mais je ne peux m’empêcher de penser qu’entre 1894 et 1905, une seule et unique vie humaine placée entre la vie et la mort dans l’enfer du bagne par une condamnation inique, a été le point de départ d’une affaire à la dimension historique.

Il s’appelait Dreyfus, ils sont les victimes de Karachi. Il s’agissait d’une affaire d’espionnage, il s’agit d’un contrat d’armement. Ils protégaient une caste jésuitico-millitaire, ils veillent à leurs intérêts politiques. Ils ont envoyé un homme au bagne, ils corrompent et machinent au mépris de la vie humaine. Mais d’autres parallèles sont en suspens : ils ont eu avec eux la foule brutale et abêtie, nationaliste et antisémite ? auront-il l’opinion publique ? trouveront-ils des français pour les protéger ?

Et d’autres qui sont plus inquiétantes… y aura-il des Jaurès et des Clemenceau, de quoi réunir dans des volumes entiers les articles de ceux qui dénoncent sans relâche ? ou l’affaire retombera-t-elle dès que les gros titres ne pourront retranscrire un nouvel élément ? Y aura-t-il des citoyens de bonne volonté qui s’uniront pour que la vérité soit faite et la justice rendue ?

14 vies humaines… morts pour autre chose que seulement servir à punir les corrompus d’un pays qui ont cessé de payer les corrompus d’un autre ? Il ne tient qu’à nous de ne pas laisser ces familles, ce juge et les partisans de la vérité dans la froideur de l’obscurité. Il ne tient qu’à nous de ne pas laisser les coupables et responsables profiter de l’ombre pour échapper ignominieusement à leur châtiment.

Face à de telles ténèbres il n’y a pas de petite lueur.

Benoit Schmaltz

Published in: on 22 novembre 2010 at 11:36  Laisser un commentaire  

Le Petit Démocrate

A télécharger immédiatement ! PetitDem-0

Ce journal n’a pas vocation à demeurer restreint aux Jeunes démocrates, son nom n’est pas définitif. Il s’agit d’abord et avant tout de construire un projet qui, autour d’un support de fond, de discussion, d’écriture et de lecture partagées, puisse créer du lien entre ceux qui s’intéressent à la politique sans forcément y trouver leur compte. Pour tous ceux en fait qui rejettent ou ne se satisfont des logiques de pur appareil, des chapelles partisanes etc. Ceux qui veulent restaurer un rôle actif pour les citoyens, dans leur formation personnelle d’abord, leur contrôle de la classe politique ensuite.

Pour ceux qui avaient déjà contribué, tout n’est pas perdu / périmé et sera éventuellement utilisé. N’hésitez à envoyer d’autres articles.

lepetitdemocrate@gmail.com

Pour les autres, nous avons besoin de rédacteurs (voir infra) et relecteurs pour constituer l’équipe de rédaction centrale. De nombreux numéros seront ensuite confiés à des régions/fédérations/équipes qui auront cette charge.

Concernant les contraintes de rédaction :

Nous allons parler en signes ou caractères, espaces compris. Les contraintes sont donc pour différents formats :

– des mini-brèves de 320 caractères

–  des illustrés de 1000 caractères + illustration (1500 sans)

– des articles simples de 2000 caractères (1500 si illustrés)

– des grands formats de 4500 signes maximum. (uniquement sur commande à partir de maintenant ou proposition de thème, ne travaillez pas pour rien…)

Dessins et photos en jpg ou png avec une très bonne résolution si possible.

B.S.

Published in: on 17 novembre 2010 at 11:52  Comments (1)  

Tous perdants

Cela peut apparaître comme le billet d’un militant aigri qui cherche à se raccrocher à ce qu’il peut. Pourtant je ne connais l’aigreur que rarement et en général pour des petites choses sans importance. Le dégoût parfois, bien sûr, mais on s’y habitue vite en politique. Ce billet ce n’est donc pas cela. Car si je cherche à me raccrocher à quelque chose, c’est à ce petit ensemble de principes simples qui suffit à me faire avancer selon ma conscience.

Ainsi, dis-je, ce dimanche, il n’y a eu que des perdants. Bien sûr, il y a des lots de consolation. Ceux malhonnêtes d’une droite qui ne peut pas s’avouer remise en cause. Et ceux plus réalistes d’une Ecologie à la mode et d’un socialisme qui conserve ses prébendes. Pour nous autres en revanche, c’est peut-être cette absence de consolation qui nous fait passer pour déjà morts (Romain respire le sapin, et notre président jeune du Rhône parle déjà d’épitaphe). Malgré cela, je me console (comme je peux direz-vous) : au milieu de tous ces perdants il me reste cet orgueil un peu vaniteux de me croire, encore, les yeux grand ouverts.

Perdants.

Pourquoi tous perdants ? Tout simplement parce que derrière le paravent des satisfactions électorales et des négociations d’arrière boutique, l’esprit républicain en France est moribond. 53% d’abstention, cela fait une majorité. Une majorité de Français pour qui l’élection des édiles de leur région n’a aucun intérêt. Une majorité de Français qui se détourne de la politique. Oh bien sûr, pour toute personne investie en politique, le reproche est facile. Vous considérez la politique comme pourrie et incapable ? Mais vous informez-vous ? votez-vous ? adhérez-vous ? Non, alors c’est peut-être dans un miroir que vous trouverez le coupable… mais ce discours est trop facile ; car le temps n’est pas encore venu d’une masse citoyenne suffisamment éclairée pour être considérée comme la véritable responsable de sa destinée. C’est tout le programme républicain que d’y parvenir, mais sa réalisation est encore lointaine. C’est exactement pour cela que les vrais responsables demeurent ceux qui sont censés le réaliser.

Le camp républicain n’est pas à la hauteur.

Charité bien ordonnée commençant par soi-même…

Contrairement à d’autres,  je n’ai pas annoncé que j’allais quitter ce mouvement… mais comme tout le monde je dois me poser la question. Je me suis engagé dans cette aventure parce que je croyais à l’opportunité d’une structuration, d’un renouvellement des réflexes, des représentations. Qui peut nier que les schémas actuels sont dépassés et qu’aucun engouement médiatique de court terme ne sera suffisant ? Alors oui, le Mouvement Démocrate n’est pas la panacée. Il a ses défauts, ses égos, ses ingrats, ses intégristes, ses passifs et tout un tas de problèmes que certains sont bien plus amènes que moi à étaler avec fiel et arrières pensées.

Le Modem incarne toujours une grande idée.

Mais nous avons toujours pour nous la force de cette idée qui nous a rassemblé jusqu’à présent. Nous voulons être un parti moderne, et chaque jour la vivacité de notre militantisme en démontre la réalité. Mais cette modernité n’est qu’une mise à jour, un apport pragmatique de notre époque. Car notre modernité s’accompagne d’un ancrage dans la tradition et l’histoire de notre pays. Nous sommes exempts des idéologies surannées. Nous ne nous satisfaisons pas d’un simple effet de mode. C’est peut-être une façon un peu trop intellectuelle de voir les choses, mais qui a dit qu’il fallait être populiste pour gagner l’adhésion des Français ?

Nous voulons être le parti de l’Europe, mais  notre vision européenne s’accompagne d’une haute idée de l’esprit français. Ce que certains considèrent comme une contradiction, nous en pressentons la clé pour la lever. L’internationalisme de rhétorique et une intégration de façade dans des formations européennes désincarnées sont manifestement des illusions. Nos tâtonnements avec les Jeunes démocrates italiens sont concluants, et d’autres contacts peuvent se nouer. C’est cette Europe politique par la base que nous voulons créer et là encore, c’est un exemple que nous offrons à tous.

Enfin,  notre absence de dogmatisme sur les questions économiques, sociales ou écologiques, nous permet des réflexions décomplexées, parfois surprenantes, mais rarement dénuées d’intérêt. Nous n’avons pas les tabous du politiquement correcte de la gauche bien pensante. Par ailleurs, cette liberté de ton s’accompagne d’une réelle capacité à se placer à la hauteur de ces enjeux… tout cela est d’une force et d’une intelligence inouïe. Que ceux qui fustigent notre absence prétendue de programme en soient persuadés, nous sommes prêts à tous les efforts pour mobiliser les ressources humaines, financières et morales qu’exigeront les défis qui s’annoncent.

Pourtant, ces qualités n’effacent pas le fait qu’à 4%, nous ne sommes pas à la hauteur. Elles n’effacent pas non plus las tares qui sont les nôtres et qui sont, peut-être — c’est toute la question de la phase qui s’ouvre aujourd’hui — incurables. Mais nul ne devrait l’espérer, car si nous disparaissons, c’est une occasion formidable qui aura été gâchée. Car nous n’avons pas d’ennemis à gauche.

Le parti socialiste est masse précieuse et formidable mais inerte.

Le Parti socialiste ? Il n’est pas vraiment à la hauteur non plus. L’exilé de Washington doit être bien inquiet de son éventuel retour… car même s’il revient un jour sans même avoir à faire le chemin de Golfe Juan à Paris, il se pourrait bien qu’il achève ses cent jours lui aussi sur une morne plaine. Et je dis ça en étant prêt à crier moi-même le mot de Cambronne au moment fatidique. Le PS a des raisons de se gargariser. S’il venait à gagner 2012, il y aurait, des simples conseillers municipaux au président de la République, une France socialiste. Belle occasion de concentration des pouvoirs…

Mais l’armée nouvelle a une bien triste figure. Tiraillé entre le retour aux discours gauchisants qui décevront au pouvoir et la raison sociale-démocrate qui déçoit dans l’opposition tant elle ne soulève guère les foules, ce parti est mité par les arrangements entre amis, les barons qui imposent leurs lois, et les présidentiables qui s’entretuent. On comprend l’arrogance des présidents de région qui ont bien failli briser les négociations par leur superbe devant les rebelles écologistes qui ont eu l’audace de prétendre leur voler la préséance. Mais c’est une arrogance bien folle, car les notables sont rarement les plus indiqués lorsqu’il s’agit de prendre des risques et de se lancer dans une nouvelle aventure historique. L’Histoire ne les intéresse pas, ils savent bien que leurs noms seront vite oubliés. Mais ils oublient aussi une chose, le camp progressiste doit avancer ou s’effondrer, car les gens finiront toujours par préférer les conservateurs assumés et authentiques aux amis du peuple embourgeoisés.

Ce n’est pas du PS que jaillira le rêve qui parlera à l’imaginaire du peuple. Le PS n’est donc pas à la hauteur.

Europe Ecologie est une belle aventure.

Europe Ecologie ? C’est une belle aventure et, disons-le, une assez belle réussite… mais de long terme et de profondeur ? Pas sûr. Il y a quelque chose de rageant pour beaucoup de militants du modem, car EE est un peu notre pendant (l’électorat d’ailleurs s’y retrouve bien en partie). La différence politique est criante de symétrie : nous sommes le fruit d’un exploit médiatique dû au charisme d’un homme à l’élection présidentielle et nous nous sommes brisés aux élections intermédiaires ; EE est le résultat d’un sursaut médiatique dû à un mouvement collectif portés par des têtes d’affiches hétérogènes lors d’élections intermédiaires (régionales et européennes)… mais qui songe sérieusement à ne pas présenter de candidat en 2012. Un peu réducteur peut-être : le président sans parti et le parti sans président.

Il y a tout de même des différences de fond également. EE a pour colonne vertébrale les Verts. Avec tout ce que cela implique d’éléments altermondialistes, alternatifs en général, de nonchalance et crispations dogmatiques sur certains points. EE se trouve par exemple ancrée à gauche, voire dans le gauchisme (Bové, Rivasi etc.). République, institutions, traditions, ne sont pas vraiment les mots les plus justes pour en qualifier l’esprit.

C’est pourquoi là encore, les motifs de gargarismes sont assez relatifs. Une grande hétérogénéité frise parfois au bazar. Un affichage parfois un peu trop avant-gardiste ou intransigeant donne quelques fois une image d’irresponsabilité. Bobo et people, c’est parfois loin de la crédibilité attendue.

On peut donc rendre hommage à Europe Ecologie d’apporter du souffle, de placer l’écologie en bonne place (un peu trop centrale), de donner un certain espoir et de proposer une certaine innovation. Mais de la haute politique ? une vision idéaliste, profonde, historique ? Je ne crois pas. En tout cas pas au point de proposer les chapitres cruciaux de ce siècle aux historiens futurs.

Europe Ecologie n’est pas donc pas non plus à la hauteur.

Un pont pour réunir le camp républicain.

J’ai parlé de la gauche, mais je dois rétablir un certain équilibre. Non que je sois particulièrement porté à la sympathie pour la droite, mais parce que c’est l’occasion d’exprimer la découverte peut-être la plus précieuse que j’ai faite grâce au Modem. Je suis né et j’ai grandi dans la gauche ; toujours intimement entre la gauche et la droite je choisirais sans l’ombre d’un doute. Mais je suis devenu un citoyen alors que le Mur de Berlin était tombé et que François Mitterrand était mort. Je ne réduis donc pas la gauche au socialisme et à l’héritage des partis marxistes. Comme tout républicain, je prends ma part des sommets de la pensée politique qui ont été atteints par les penseurs socialistes. Mais cette part n’est qu’une inspiration, elle ne saurait être une doctrine.

J’ai découvert au modem que la gauche donnait l’image pour un grand nombre de Français d’incarner l’angélisme, l’assistanat et d’avoir trop souvent été la source de terribles désillusions. J’ai découvert que certains pouvaient se dire du centre, et même du centre-droit, et tenir finalement le même discours, avec les mêmes idées et le même programme, que les responsables que je soutenais au PS. La rhétorique socialisante en moins. Ils n’en étaient que plus sincères.

C’est cela qui est un bien précieux au Mouvement Démocrate. Cette tête de pont jetée entre les deux rives fabriquées par les 50 (ou 100) dernières années. Le PS a passé tout ce temps à rejoindre dans son corpus réel (et non affiché) le parti républicain qu’il avait supplanté après-guerre. L’annexion du communisme en 1981 n’a fait que maintenir l’illusion que la gauche doit être nécessairement socialisante et prolétarienne. Plus que jamais, les renforts du camp républicain doivent venir de ces citoyens encore effrayés par le PCF et les gauchistes mais qui ont tout en commun avec les adhérents raisonnables du PS.

Le Modem reste toujours ce pont entre des mondes politiques qui s’ignorent alors qu’ils pourraient très bien travailler ensemble. Mais il a eu cette prétention de pouvoir réaliser cette réunion seul, sans tenir compte de cette structure politique forgée par des combats idéologiques surpuissants durant des décennies. S’il ne peut en être l’incarnation, il doit être l’entremetteur de cette grande idée. Oh, la tentation ne doit pas être bien ardente du côté des grosses machines, et la séduction est difficile en l’état pour ce qui concerne ces nombreux citoyens prêts à rejoindre cette nouvelle proposition.

A nos responsabilités…

Et pourtant, c’est maintenant que nous n’avons plus rien à obtenir que les autres formations sont devant leurs responsabilités. Car ceux qui nous enterrent déjà font sonner un glas qui pourrait très bien les concerner bientôt. Le Front de Gauche n’est que le reliquat d’un système à bout de souffle, tout comme l’est le système capitaliste actuel tant ils sont intimement liés. Croire que c’est dans cette direction que viendra le salut est à mes yeux une erreur historique.

Alors voilà, c’est un petit militant d’un (tout) petit parti qui vous dit ça… mais c’est Michel Rocard qui a rêvé d’un monde où l’on ne s’intéresserait pas à QUI le dit, mais à CE qu’il dit…

Villepin rime-t-il avec Républicain

J’ai souvenance d’un article du Canard Enchaîné dans lequel D d V disait crânement que la République avait les cuisses ouvertes et ne demandait qu’à être b….. Certes cet homme est capable de grands et beaux discours. Certes cet homme parle bien. Certes il a fait un beau discours à l’ONU, avec le résultat que l’on sait. Certes il est opposé à Nicolas Sarkozy. Certes il a été ministre de Chirac, et est issu de la droite peut-être la plus sociale. Mais enfin, son gouvernement (comme le précédent d’ailleurs) ont-ils été des plus progressistes ?

L’écrivain de Bonaparte et de Napoléon, est-il le plus à même d’extirper de France les reliefs de Monarchie ? Est-il homme à combattre pour le plus grand développement des droits de la personne humaine ? Est-il homme à vouloir la justice et l’égalité ? Certes, il est moins que notre nabo-président, lié aux milieux d’affaires et de la grande finance… cela ne fait pas de lui l’ennemi des excès de la société actuelle.

Je me pose donc la question. Villepin, cela rime-t-il vraiment avec Répubicain ?

Published in: on 29 janvier 2010 at 6:37  Comments (1)  
Tags: , , , , ,

Débat sur la culture

Je viens de regarder l’émission « on est pas couché » avec Laurent Ruquier sur France 2. Invités : Benoît Hamon, Kool Shen, Philippe Torreton, Frédéric Lopez, Nathalie Dessay et, invité surprise, Christian Audigier. il ne me vient que ces quelques mots à l’esprit :

Certains, aujourd’hui, trouveront de la culture en constant que la façon dont le clochard leur demande de l’argent est aussi réaliste qu’un roman d’Emile Zola, poétique qu’un poème de Baudelaire et aussi alcoolique que des vers d’Apollinaire.

J’ai beaucoup apprécié cette émission parce que les invités (hors suprise) étaient à la fois intéressants et choisis de manière cohérente, en ce qu’ils apportent tous une pierre à l’édifice de la culture française.

Au risque de paraître un peu réac et même si la culture ce n’est pas que Mozart, Brecht et Rembrandt, je crois que la culture n’admet pas le n’importe quoi…

Published in: on 8 novembre 2009 at 2:15  Comments (1)  

Nation, Europe, fédéralisme

« Vous parlez à bon droit de garanties contre le retour de rêves malsains ; mais quelle garantie vaudrait celle de l’Europe, consacrant de nouveau les frontières actuelles et interdisant à qui que ce soit de songer à déplacer les bornes fixées par les anciens traités ? Toute autre solution laissera la porte ouverte à des vengeances sans fin. Que l’Europe fasse cela, et elle aura posé pour l’avenir le germe de la plus féconde institution, je veux dire d’une autorité centrale, sorte de Congrès des Etats-Unis d’Europe, jugeant les nations, s’imposant à elles, et corrigeant le principe des nationalités par le principe de fédération. Jusqu’à nos jours, cette force ne s’est guère montrée en exercice que dans des coalitions passagères contre le peuple qui aspirait à une domination universelle ; il serait bon qu’une sorte de coalition permanente et préventive se formât pour le maintien des grands intérêts communs, qui sont après tout ceux de la raison et de la civilisation. » Lettre d’Ernest Renan (avant la guerre de 1870)

Après le brevet de gauche, c’est le brevet de fédéralisme que l’on demande. Je  m’y soumets donc également. Ceux qui liront la citation verront que Victor Hugo n’est pas le seul à avoir été habité de l’idée européenne. Même celui que l’on considère, probablement (l’ignorance étant maîtresse des errances), comme un affreux nationaliste, pratiquement responsable du nazisme. J’ai déjà donné ici le mot de Clemenceau, selon qui il n’est rien de plus haut que l’amour de la patrie, pourvu qu’elle soit juste. Nous avons ici la même idée.

A l’Europe et non à la France je confie volontiers autorité pour incarner cette « coalition préventive » au service de la « raison et de la civilisation » ; c’est la grande idée de Paul Valéry que d’avoir dégagé les contours d’un « esprit européen », que je ne confine pas personnellement à des limites actuelles. Cet esprit est celui de l’Europe, c’est vrai, mais c’est avant tout celui de l’Humanité, qui en son Europe pour ainsi dire, s’est exprimée ainsi. C’est pourquoi la Turquie, si elle ne quitte pas le chemin initié par Atatürk, celui de la rationalité et de la république peut y adhérer. Mais le débat  n’est pas là.

Cette autorité de l’Europe lui vient de la capacité à neutraliser la prétention d’une nation particulière à un rôle prépondérant. Mais si elle ruine toute idée de puissance, alors nation ou pas, fédéraliste ou pas, elle ne sera rien qu’une zone, pacifiée certes, mais parfaitement inerte. Seuls 17% des jeunes français ont le sentiment d’appartenir à la société dans laquelle ils vivent. Pourquoi ? Parce qu’aucune société n’a pu donner lieu à un sentiment d’appartenance en se contentant de confort matériel, de normes juridiques et d’une politique de cantiniers. L’Europe des consommateurs, comme la France des consommateurs d’aujourd’hui, ne saurait être satisfaisante.

Une Nation européenne ? Je veux bien accorder l’esprit, je veux bien accorder l’histoire européenne de l’Europe, mais qui d’autre qu’une minorité d’esprits cultivés et universalistes peut seulement penser à une idée pareille ? Partout, on est italien, français, allemand, polonais ou irlandais. Le cas britannique est une curiosité et qui confirme mon propos, comme les basques par exemple. Accepteront-ils de se dire membres d’une nation européenne alors qu’ils cherchent à se détacher d’une autre ?

Comme ceux qui s’affirment parfaitement fédéralistes et le proclament, j’appartiens à une sorte de République intellectuelle. Mais contrairement à eux, je ne considère pas le temps venu de prendre cette petite société de songeurs pour une nation. Ma nation, ma patrie, c’est la France. Son histoire, sa culture, ses grands noms, son peuple et ses traits, parfois caricaturaux, constituent des éléments palpables et présents. Ils ne sont pas les plus petits dénominateurs communs qui nécessaires pour concevoir une « nation » européenne. Ils sont les attributs que donnent la majorité des socialisations aux enfants de notre territoire, et qui deviennent peu à peu indissociables de la personne. Ces éléments ne sont pas ceux d’un jeune polonais ou d’un jeune suédois. Bien sûr, ils ne sont pas identiques entre français de classes différentes, d’origine différente, mais enfin ils font que l’on nous reconnaît dans les rues étrangères, que l’on se reconnaît entre nous et qu’on se sent tout de suite, entre membres d’une même communauté, bien plus que lorsque l’on croise d’autres européens. Voilà le principe de nationalité dont parle Renan. Il porte en lui-même des écueils et des dangers. Il porte également de grandes vertus.

C’est pourquoi le principe fédéraliste doit l’encadrer. Plus généralement, c’est la politique qui doit s’organiser autour de la responsabilité de tempérer le sentiment national, comme dans la citation de Clemenceau. La République a construit la laïcité en s’opposant à l’existence d’une politique romaine, cette même politique romaine, vaticane, qui existe en Italie. Le souverainisme signifie le rejet de toute politique européenne. Le fédéralisme ne signifie pas la fin de la politique française. Poussé à l’extrême, il signifie au mieux la fin de la politique internationale française et, plus trivialement, un budget européen d’environ 20% du PIB européen. C’est cet extrême que je considère aujourd’hui comme parfaitement éthéré et par conséquent me laisse relativement indifférent.

En revanche, je veux une véritable politique européenne, tout en voulant une véritable politique française. La politique européenne, c’est par exemple déjà une véritable politique économique, car il y a là un domaine où la « question nationale » importe assez peu. L’objectif étant finalement de donner à l’Europe le plus de ressources possibles, l’intégration me paraît parfaitement pertinente. Cette production devant se faire au moindre impact écologique, cette dimension là également doit être totalement et rapidement européenne. Une institution comme la commission européenne, dont je refuse d’ailleurs la politisation à outrance, peut tout à fait user de son pouvoir d’initiative dans un but d’intérêt général, indifférente aux « pollutions » particularistes ou politiciennes qui viendraient l’influencer. C’est pourquoi je veux « politiser » la commission au sens de lui donner de l’envergure, par un président puissant, charismatique et déterminé.

Mais je veux une politique française et cela pour deux ordres de raisons. D’abord, parce que, pour le moment, seule une politique française peut faire vivre une société cohérente et volontaire. Ensuite parce que seules les politiques nationales peuvent s’organiser avec le citoyen pour base. Les partis européens ne fonctionnent pas. C’est pourquoi les partis nationaux doivent se parler entre eux… l’exemple, triste, qui vient à l’esprit, c’est le Komintern ; mais le parti libéral fin XVIII° et ses suites constituent des exemples d’une « société politique » européenne et internationale possible. Mais jamais ils n’ont eu la faiblesse de tomber dans les vapeurs illusoires de la fin des nations.

Je suis Français et je considère que c’est en tant que Français que nous pourrons rénover la vie politique de nos concitoyens immédiats. C’est parce que je considère que les autres pays doivent faire de même que je veux multiplier les liens avec ces concitoyens médiats. Je suis européen, c’est pourquoi je considère que les Nations d’Europe doivent s’organiser, tantôt sur un mode « communautaire » (au sens juridique), c’est-à-dire éminemment technique, tantôt sur un mode international, c’est-à-dire une coalition. Seule cette dernière forme permettra de dépasser les clivages politiques, notamment internationaux. Elle les neutralise en permettant la réduction de l’assiette de la coalition, et elle ne prend pas l’Europe en otage en la réduisant à l’impuissance. Français européen, je veux que la France mette toute son énergie à l’effectivité des matières communautarisées, et qu’elle mette tout son poids pour la formation de coalitions aussi larges que possibles.

Published in: on 18 octobre 2009 at 5:49  Comments (2)  
Tags: , ,

Retour de Milan

A Milan se tient du 3 au 21 septembre 2009 la « Festa Democratica », héritière de la « Festa de l’Unità », organisée par le Partito Democratico et déclinée dans toute l’Italie à des dates différentes mais toujours selon le même mode : beaucoup de convivialité, des conférences et des tables rondes. C’est dans ce cadre que j’ai été invité, et je les en remercie, par nos amis italiens.

Arrivé sur place Samedi, je suis reparti Lundi et arrive à l’instant à Lyon.  J’en garde un excellent souvenir. D’abord l’amitié toujours vivace avec Allessandro Zunino et Matteo Cazzulani qui m’ont successivement accueilli chez eux. Ensuite le rafraîchissement dont on bénéficie lorsque l’on se plonge dans l’aventure du Parti Démocrate. Les Italiens ont réussi le pari de réunir une quinzaine de partis politiques sous une seule et même entité, opposant ainsi aux forces réactionnaires de Silvio Berslusconi une force progressiste unifiée.

Bien sûr, il serait naïf de ne pas parler de la part d’ombre de cette initiative. Depuis sa création le 14 octobre 2007, le Parti Démocrate n’a pas connu les succès auxquels on pouvait s’attendre après la mobilisation de plusieurs millions d’électeurs lors des primaires de 2005 pour désigner Romano Prodi (alors pour l’Unione mais qui était l’ébauche du PD) et Veltroni en 2007. C’est cette part d’ombre qui conduit les Démocrates italiens à se donner aujourd’hui, avec leur Congrès, le temps du débat et de l’affirmation d’une identité.

Trois candidats présentent trois motions à ce Congrès : Pier Luigi BERSANI, Dario FRANCHESCHINI et Ignazio MARINO. La lutte se joue entre les deux premiers protagonistes. Au dire des militants avec qui j’ai pu discuté, un des points positifs est que l’origine partisane n’entre pas vraiment en ligne de compte : BERSANI vient des Démocrates de Gauches (anciens communistes, puis socialistes, puis DS) tandis que FRANCHESCHINI est originaire de la Margherita. Ce point est important car on pouvait craindre que le PD ne soit qu’une simple addition de vieux appareils.

Dans ce débat pour l’identité du centre-gauche (il est notable d’ailleurs que tous parlent de centrosinistra et jamais de la Gauche véritablement, qui confine plus à notre extrême-gauche, peut-être déjà une première leçon), il y a bien sûr les idées, mais il y a aussi la stratégie. En lisant les motions et en discutant avec les militants, j’ai cru comprendre que BERSANI reste à la fois attaché à une politique plus ancienne, d’une position sociale plus affirmée, mais prend aussi le pari de solidifier le PD rapidement. FRANCHESCHINI semble avoir une attitude plus prudente. Sa motion est beaucoup plus centrée sur une attitude générale, sur des principes d’ouverture, parce qu’il vise à faire du PD un parti majoritaire, capable de gagner les élections sans se soucier trop des éventuelles alliances, ce qui suppose donc de ne faire fuir personne.

J’essaierai de revenir sur ces deux motions dans les jours prochains…

Je termine ce billet sur la soirée d’hier, qui était finalement l’objet premier de mon invitation. J’étais convié à une table ronde sur le « PD dans le mouvement progressiste mondial ». Il y avait Sandro Gozzi, député italien, Gianfranco Susta, député européen avec qui nous avons dîné (et qui parle très bien Français !), un concitoyen, Thomas Boquillon, qui anime la section PS de Milan, la responsable des Democrats Abroads,

Mon intervention aura été très courte car je tenais à m’exprimer en Italien. J’ai simplement tenu à dire que ce qui se passe en Italie est très important. Les mots communistes, socialistes, chrétiens démocrates, etc. sont des mots anciens. Mieux vaut les oublier un peu lorsqu’ils ne peuvent que diviser le camp progressiste. Mais juste un peu, parce qu’ils portent encore du sens. Les deux motions principales rappellent toutes les deux que le PD doit s’inscrire dans l’histoire politique italienne et ne pas sortir de nulle part.

Au fond, nous ne sommes pas obligés de penser exactement la même chose (allers vers la flexsécurité par exemple ou non? qui est une question dont parlent les militants). Le débat, le parlementarisme, sont l’essence de la démocratie. Mais nous sommes obligés d’aller tous dans la même direction, c’est-à-dire vers plus de progrès, de justice sociale, d’égalité, d’épanouissement pour l’individu. Cela parce que sinon, l’alternative à la droite ne sera jamais autre chose qu’une bonne intention, parfois auréolée d’une belle primaire ou d’un coup médiatique.

Ce qui se passe en Italie est pour moi une invitation, parce que la plupart des politiques sociales et économiques n’auront de sens qu’au niveau européen, et que cela suppose que les forces progressistes non seulement soient au pouvoir dans une majorité d’Etats européens, mais se parlent et se préparent à avoir une politique cohérente, commune. En France, nous en sommes encore à débattre de l’opportunité de parler entre nous. Nous avons un train de retard. Et c’est Sarkozy qui reste le chef de gare…